Un an et demi après un tour de table de 125 millions de dollars (110 millions d’euros) mené par le fonds Astanor Ventures, la start-up française Ÿnsect, société productrice d’insectes pour l’alimentation animale, a réalisé une nouvelle levée de fonds d’un montant de plus de 224 millions de dollars (190 millions d’euros).
Aux côtés de ses trois investisseurs principaux que sont Astanor Ventures, Upfront Ventures et Bpifrance, de nouveaux entrants tels que FootPrint Coalition, le fonds de l’acteur hollywoodien Robert Downey Jr, ont contribué à ce financement. Au total, la pépite française a réuni 372 millions de dollars (316 millions d’euros) afin de finaliser la construction de la plus grande ferme verticale d’insectes au monde située à Poulainville, près d’Amiens. Baptisée Ynfarm, cette ferme est basée sur l’élevage d’insectes en grande quantité, et notamment sur celui du Tenebrio Molitor, une espèce de scarabée riche en protéines. Le site, entièrement carbone négatif, a pour but de produire 100 000 tonnes d’ingrédients par an. Sa mise en production est prévue pour début 2022, et devrait amener à la création de près de 500 emplois directs et indirects dans la région des Hauts-de-France. L’opération permettra également à la société de se tourner vers l’international, et en particulier vers les marchés européens de nutrition animale et de fertilisants. Fondée en 2011 par Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Alexis Angot et Fabrice Berro, Ÿnsect vise à donner le jour au leader mondial de la nutrition animale premium et durable, valorisant les ressources naturelles des insectes à une échelle industrielle. Ÿnsect a été conseillé par Baker McKenzie avec Matthieu Grollemund et Hélène Parent, associés, Gautier Valdiguié et Charlotte Berger en private equity, ainsi que par August Debouzy avec Xavier Rohmer, associé, et Hélène Delurier, counsel, sur la structuration et les aspects fiscaux ; Virginie Devos, associée, en droit social ; Vincent Brenot, associé, et Hélène Billery, counsel, en droit public ; Julien Wlodarczyk, counsel, et Myles Begley en construction et immobilier ; Basile Ader, associé, et Amélie Tripet, counsel, sur les aspects médias ; Olivier Moriceau, counsel, et Leslie Ginape en financement bancaire. Orrick a représenté Upfront Ventures et FootPrint Coalition avec Benjamin Cichostepski, associé, et Vincent Babin en corporate.
Le conseil d’Ÿnsect : Matthieu Grollemund, associé chez Baker McKenzie
Que reflète cette levée de fonds dans le secteur de la French Tech ?
Cette opération est l’illustration majeure de l’apparition en France du growth equity, jusque-là très peu ou mal adressé dans l’Hexagone. On assiste massivement à cette émergence, avec de nouveaux acteurs mais aussi des fonds de private equity classiques qui s’engouffrent dans la brèche. Dans le cadre de cette levée, nous avons ainsi un financement hybride alliant à la fois equity et dette. Elle comprend notamment un tour de table en série C avec des tranches successives, une subordination dans les intérêts des actionnaires, des répartitions préférentielles, mais également des règles de gouvernance. Cette opération reflète en outre le succès de la politique du gouvernement en matière de soutien au financement du growth equity en France. Indéniablement, ce n’est plus seulement la start-up nation qui intéresse, mais l’émergence de nouveaux champions.
Du point de vue de la technique juridique, quelles ont été les principales subtilités de l’opération ?
Ce type d’opération se rapproche du niveau de sophistication du LBO, avec la coexistence de dette, d’equity et de «waterfall» à mettre en place. Nous avons dû déployer beaucoup d’ingénierie juridique pour organiser tout cela, d’autant que les investisseurs en dette et en capital sont entrés en plusieurs étapes. Par ailleurs, l’un des points les plus prégnants pour ces sociétés de croissance, c’est la gestion de l’actionnariat, avec près d’une centaine d’actionnaires à chaque fois. Cela entraîne donc des difficultés matérielles de gestion des assemblées, notamment au regard du contexte sanitaire actuel car tout se fait à distance, mais également dans la gestion des délais. Ce qui nous amène à la dernière particularité de cette opération, dont le closing, en période de Covid, a dû se faire de manière totalement dématérialisée.
Ces financements sont destinés à donner le jour à la plus grande ferme verticale d’insectes au monde. Que retiendrez-vous principalement de cette opération peu commune ?
Qu’il est très rare de compter parmi ses clients des entreprises aussi transformatives, dont l’objectif premier est de faire du bien à la planète. Toutes les technologies présentes au sein de l’usine Ynfarm sont disruptives et contribuent à bâtir un monde qui n’existait pas il y a encore quelques années. Si l’on m’avait dit il y a dix ans que j’allais travailler aux côtés d’une société qui construit des usines géantes d’élevage d’insectes par des robots, je ne l’aurais jamais cru !