Avocat de l’année distingué dans le nouveau classement de la rédaction en immobilier, Emmanuel Fatôme incarne une pratique exigeante et collective. L’associé historique de De Pardieu Brocas Maffei a accompagné la financiarisation du secteur, traversé ses crises et contribué à bâtir l’une des équipes les plus réputées de la place.
Le choix était évident. En distinguant Emmanuel Fatôme comme avocat de l’année, ses confrères saluent un parcours étroitement lié à celui du cabinet De Pardieu Brocas Maffei, l’une des références en droit immobilier. A ses côtés, sept associés, cinq counsels et une quinzaine de collaborateurs sont aujourd’hui dédiés à la matière. Derrière cette réussite collective se dessine une trajectoire, faite de fidélité, d’intuition et d’une construction patiente.
Né à Caen, Emmanuel Fatôme a grandi dans une famille où le droit et la médecine occupent une place centrale. Son père, professeur de droit, et son grand-père, magistrat, lui ont transmis ce goût de la rigueur intellectuelle. Pourtant, il reste le seul avocat de la famille. Au moment du bac, lorsqu’il hésite encore sur l’avenir, il choisit le droit, matière lui laissant un vaste champ des possibles. Il entame ses études à l’université de Caen avant d’intégrer HEC. En plus d’une vision très business de sa matière, l’associé de De Pardieu Brocas Maffei conserve de cette époque de fidèles amis. En 1991, en troisième année d’HEC, son premier stage, chez Gide, marque un tournant. Là-bas, il fait la connaissance de Jacques Henrot, qui impactera profondément la suite de sa carrière. « Je crois beaucoup aux rencontres. Un parcours professionnel se dessine au gré de rencontres et d’heureux hasards », nous confie-t-il. Remarquant le potentiel de sa nouvelle recrue, Jacques Henrot lui propose une collaboration.
Le tournant De Pardieu Brocas Maffei
Le temps de passer le CRFPA, Emmanuel Fatôme devient salarié du cabinet. Il y exerce, ensuite, pendant quatre ans en tant que collaborateur. Avec Jacques Henrot et Paul Talbourdet, ils forment un trio soudé, intense humainement et professionnellement. Puis vient le temps du service militaire. En 1995, direction la Guadeloupe, dans les troupes de la Marine. Beaucoup de planche à voile, déjà. Les sensations sur l’eau font de lui un homme heureux. Il pratique toujours un peu, comme le surf. Deux maisons familiales jalonnent sa géographie intime : l’une dans le Nord-Cotentin, l’autre dans les Landes.
A son retour, Emmanuel Fatôme suit son mentor vers une nouvelle aventure : le développement de la pratique immobilière de De Pardieu Brocas Maffei. Les fondateurs du cabinet « comprenaient parfaitement les enjeux liés à son développement et à la transmission », explique l’avocat. Le contexte national, marqué par la crise immobilière du milieu des années 1990, ouvre un espace inédit. L’arrivée à Paris de fonds anglo-saxons, rachetant à prix décoté les créances immobilières, relance le marché. « J’ai eu la chance de prendre part à ce mouvement de financiarisation de l’immobilier », se souvient-il. Cette tendance s’accompagne de l’installation des firmes anglo-saxonnes à Paris. A cette période, son portable ne cesse de sonner pour lui proposer de partir. Pourquoi rester dans un cabinet français ? La question se pose, inévitablement, mais Emmanuel Fatôme ne doute pas. « J’ai immédiatement eu le sentiment d’avoir rencontré les bonnes personnes. J’étais convaincu que nous allions bâtir un cabinet de premier plan, et nous n’avons pas démérité à cet égard », insiste l’avocat, fidèle depuis 26 ans à De Pardieu Brocas Maffei. La structure prend le virage de la sophistication imposée par les exigences américaines. Cette évolution permet de bâtir une pratique de premier ordre, capable d’intervenir sur le financement, l’asset management, les fusions-acquisitions. « Grâce à son leadership, le cabinet offre toutes les expertises nécessaires pour avoir une vision holistique d’un dossier », confirme Emmanuelle Bons-Barreau, responsable financements immobiliers chez BNP Paribas.
Une vision à 360 degrés
D’ailleurs, ce qu’Emmanuel Fatôme aime dans son métier tient à cette diversité. « Les dossiers immobiliers offrent l’intérêt de combiner une grande diversité de problématiques économiques et juridiques. Au fil du temps, cela m’a procuré la capacité d’intervenir sur une variété de dossiers », confirme-t-il. En 1998, l’avocat se fait remarquer en menant le financement par BNP, Crédit Agricole, Paribas et Société Générale de la construction par Unibail de l’ensemble Cœur Défense à Paris. Toujours conseil de BNP (devenu BNP Paribas), mais cette fois-ci aussi d’Allianz, il intervient, en 2021, sur le financement de la construction d’une autre tour célèbre de la Défense, la Tour Triangle. En 2025, Emmanuel Fatôme accompagne Icade dans le cadre de la cession de l’immeuble sis au 29-33, avenue des Champs-Elysées, pour un montant de 400 millions d’euros. Dans un tout autre secteur, en novembre 2025, il soutient aussi Carrefour dans la vente de 21 hypermarchés et supermarchés à Supermarket Income REIT pour un montant de 123 millions d’euros.
Surtout, avec son équipe, Emmanuel Fatôme a mené l’une des plus grosses transactions immobilières de l’année 2025 : l’acquisition par Blackstone du centre d’affaires du Trocadéro à Paris pour 700 millions d’euros. La vente s’est déroulée en un mois et demi. Ce sprint a nécessité d’être opérationnel à tout moment, même après des dîners en famille. « Il s’engage à l’aune de sa capacité juridique. Il connaît très bien ses dossiers et sait prendre position lorsque cela s’avère nécessaire », salue Guillaume Lecois, managing director de Blackstone, avec qui il a travaillé, notamment, sur cette acquisition.
L’adrénaline des négociations
Aucune situation ne se ressemble, aucun interlocuteur non plus. « L’une de ses plus grandes qualités est qu’il dispose d’une très bonne lecture des forces en présence et qu’il sait trouver des solutions pertinentes respectant toutes les parties autour de la table des négociations », révèle Emmanuelle Bons-Barreau qui l’a rencontré en 2002. Depuis plus de trente ans, l’ajustement d’Emmanuel Fatôme est permanent. « Sympathique et calme, il sait très bien s’adapter à son auditoire sans pour autant changer de personnalité », témoigne Guillaume Lecois. Certains dossiers ont façonné son rapport à la matière. « Notre métier est fait de beaucoup d’interactions et d’échanges. Quand on travaille dans les dossiers transactionnels, il faut trouver un équilibre pour préserver les intérêts de son client tout en appréhendant les lignes rouges de la partie en face », considère l’avocat de l’année. En 2015, le rachat par Blackstone de l’intégralité de GE Capital, soit 30 milliards d’euros d’actifs répartis dans le monde, constitue un deal hors norme. Emmanuel Fatôme conseille le fonds sur la partie française : 96 actifs acquis d’un seul bloc, via des achats d’immeubles et de sociétés. L’opération le mobilise pendant six ans, jusqu’à la revente des actifs.
En 2006, Emmanuel Fatôme intervient côté vendeur lors de la vente du Printemps par PPR, dans un contexte d’appel d’offres très concurrentiel. En 2014, il accompagne la vente de Beaugrenelle par Gecina. Et puis il y a ce dossier des débuts, inattendu : la faillite du groupe coopératif Codec. Alors jeune collaborateur, pendant 18 mois, il sillonne les tribunaux de commerce de France, au rythme de deux à trois audiences par semaine, une centaine de plaidoiries au total. Cette expérience rude, mais formatrice, en dit beaucoup de son endurance.
La satisfaction de la transmission
Cependant, derrière le technicien et le négociateur se trouve un pédagogue. Emmanuel Fatôme a participé à la formation d’une génération de confrères, dont plusieurs sont aujourd’hui ses associés. « C’est très motivant et satisfaisant de contribuer à former des collaborateurs. C’est une dimension importante de notre pratique », reconnaît-il. Ce goût de la transmission irrigue son approche managériale. Le travail collectif demeure l’un de ses moteurs essentiels.
Par ailleurs, depuis huit ans, il assume la fonction de managing partner du cabinet, aujourd’hui dans son troisième mandat. « Il me paraît naturel de m’impliquer dans son fonctionnement. C’est passionnant de faire évoluer notre structure et nos modes de travail. Chaque matin, j’ai des idées pour le cabinet », se réjouit-il. L’homme, pourtant, ne se laisse pas enfermer dans ces rôles. Le nez au vent, en glissant sur l’eau, il retrouve le calme et la distance nécessaires pour continuer à construire.