Associée du cabinet White & Case et à la tête du département contentieux civil et commercial, Diane Lamarche est de tous les dossiers techniques faisant avancer la gouvernance des entreprises. Une raison pour ses pairs de l’élire avocate de l’année.
la liste des qualificatifs utilisés pour décrire Diane Lamarche, nous aurions pu ajouter infatigable. L’avocate associée de White & Case ne sait pas faire les choses à moitié et il faut le dire, cela lui réussit bien. « Elle déploie une énergie très motivante pour son équipe. Elle pourrait se réincarner 1 000 fois, elle serait toujours avocate », atteste Antoine Brocas, directeur juridique, affaires publiques, communication et RSE de Pernod Ricard Asie Pacifique.
Pourtant, ce métier n’est pas une vocation pour cette Franco-Américaine élevée dans la culture de la méritocratie et de la liberté. Son père, arrivé aux Etats-Unis par bateau comme de nombreux immigrés, gravit les échelons pour devenir patron de la Bank of America pour l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, puis l’Europe et le Moyen-Orient. Naturalisé américain, il inculque à Diane Lamarche l’idée que le travail et la responsabilité sont les clés de la réussite. « Si on a un système où on est libre et où le travail est récompensé, on peut permettre à ceux qui le veulent de s’en sortir », répète-t-il souvent. Ces valeurs fondamentales, partagées par sa mère spécialiste de la restructuration de dette chez Lazard, guident notre avocate de l’année dans ses choix de vie. « Je suis toujours allée chercher ce que je voulais, je n’ai jamais attendu, je n’ai pas demandé la permission », confirme Diane Lamarche. Un bac S option mathématiques en poche, la jeune femme intègre une prépa HEC scientifique avant de rejoindre l’Essec. Durant cette période, l’avocate multiplie les stages en banques d’affaires, mais sans grande conviction. Or, Diane Lamarche est capable de beaucoup lorsqu’elle est convaincue. L’exercice qui lui plaît le plus ? Les face-à-face, les confrontations, les débats d’idées, professionnels ou personnels. Ses amis en témoignent : pas un repas n’est envisageable sans échanges nourris. Alors qu’elle est étudiante en finance, le contentieux la nourrit déjà, mais il faudra attendre encore un peu pour qu’elle le pratique aisément. Avec son mari entrepreneur, rencontré à l’Essec, Diane Lamarche comprend vite qu’elle doit connaître le droit. Elle complète donc sa formation par une maîtrise en droit des affaires de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, avant de passer le barreau de Paris avec succès, en 2006. Après un premier stage chez Gide, elle continue au sein de Bredin Prat aux côtés de Jean-Daniel Bretzner. Ce sont les prémices d’une collaboration qui va changer la première partie de sa vie professionnelle.
Jean-Pierre Martel, le mentor
A la fin de l’année 2007, Diane Lamarche intègre le cabinet Orrick Rambaud Martel. Dix ans plus tard, elle en devient associée à seulement 32 ans. Dès les premiers mois, Jean-Pierre Martel devine son potentiel. Entre eux, les portes ont souvent claqué, les avis ont souvent divergé, mais aucune affaire ne leur résiste. « C’est mon mentor, un homme qui m’a fait confiance et m’a donné une chance incroyable », affirme Diane Lamarche avec enthousiasme. De lui, elle apprend, notamment, comment être un bon bras droit de dirigeant. Dès sa deuxième année de collaboration, l’avocate se concentre sur le corporate en plus du contentieux. En 2008, Diane Lamarche travaille activement sur un dossier qui fait trembler le petit monde de l’audit et de la finance : l’affaire Deloitte Milliman. Une trentaine de salariés de Deloitte partent chez le principal concurrent américain Milliman. Le géant de l’audit les poursuit pour détournement de clientèle et d’activité. Ce contentieux dure dix ans jusqu’en Cour de cassation. Devenue associée, Diane Lamarche gagne l’affaire et Deloitte devient alors un fidèle client.
L’interdépendance avec le corporate
Aujourd’hui, à 43 ans, cette dualité avec le corporate fait toute sa force. « Pour bien négocier un contrat, il faut en comprendre les risques, et pour bien le défendre, il faut en saisir les termes et l’esprit », indique l’avocate. Essayant de satisfaire sa vision à 360 degrés du droit, Diane Lamarche s’est intéressée à toutes les matières. Néanmoins, le contentieux finit toujours par prendre le dessus. Il est loin, le temps de sa première plaidoirie durant laquelle elle avait parlé tellement vite que le juge lui a dit « vous savez maître, vous pouvez respirer ». Depuis, Diane Lamarche a appris à gérer sa respiration et à prendre des coups grâce notamment à ses quatre heures hebdomadaires de boxe et de cross-fit. L’ancienne cavalière professionnelle vit à 400 à l’heure, analysant ses dossiers sous tous les angles. « Elle est habitée par une espèce de feu sacré qui la rend inarrêtable », assure Antoine Brocas. Aguerrie face aux juges, sa technique s’affûte avec l’expérience. En plus de notes, résumant sa plaidoirie, placées devant elle, l’associée de White & Case a une autre botte secrète. « Elle réalise un vrai travail d’équipe avec son client au tribunal », dévoile Bérengère Demoulin, directrice juridique groupe d’Emeis, ex-Orpea.
Régler les situations de crise en utilisant tous les moyens juridiques et judiciaires : c’est ce qui anime Diane Lamarche. Entre autres, récemment, elle a accompagné le groupe SMCP devant l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans la crise de gouvernance hors norme qui l’oppose à ses actionnaires chinois. « Quand je fais un contentieux, je vis avec le client. Perdre un dossier m’affecte », reconnaît celle qui tient ce caractère entier de ses origines maternelles corses. « Elle n’aime pas être surprise par des informations importantes pour le contentieux qui ne lui auraient pas été révélées par ses clients, mais elle transforme les mauvaises nouvelles en opportunités. Elle est un soutien moral important », explique Amaury de Beauvoir, secrétaire général de Deloitte. Diane Lamarche a été à bonne école avec la campagne d’Ambert Capital pour un changement de gouvernance chez Lagardère entre 2017 et 2021. Tous les coups judiciaires ont été permis entre le fonds d’investissement activiste britannique et le groupe français, un vrai vaudeville. Finalement, cinq ans après son entrée au capital de Lagardère, Amber Capital cède sa participation. En plus de la réalisation d’une belle plus-value, le fonds réussit à faire changer la gouvernance du groupe. Lagardère abandonne son statut de société en commandite par action pour devenir une société anonyme. Une évolution positive, estime l’associée de White & Case, conseil du fonds dans ce feuilleton médiatico-judiciaire.
Cependant, le dossier le plus marquant de sa carrière, à ce jour, est sans nul doute celui d’Orpea. Vingt-deux contentieux à son actif, tous gagnés. « A la barre, elle était très combative, elle ne se laissait pas faire », se souvient Bérengère Demoulin. C'est aussi au cours de ce dossier que Diane Lamarche rencontre Anne-Sophie Noury, alors associée de Weil Gotshal & Manges, avant qu’elles se retrouvent plus tard chez White & Case. Lors d’une audience, les deux avocates n’avaient pas prévu de plaider, pensant que l’affaire serait renvoyée. Le président en a décidé autrement. C’était la première fois qu’elles plaidaient ensemble, mais pas la dernière.
Poursuivre la transmission en valorisant
Après onze ans et demi chez Orrick Rambaud Martel, il est temps de partir. En 2019, au terme de six mois de discussions avec Jean-Pierre Martel, Diane Lamarche saute le pas. Elle intègre White & Case en tant qu’associée en contentieux commercial, département qu’elle animera après le départ de Philippe Métais deux ans plus tard. Notre avocate de l’année est aussi associée du département corporate du cabinet. C’est le reflet de sa complémentarité à laquelle elle tient. Poursuivant la tradition des plus anciens ténors du barreau d’affaires, Diane Lamarche veille à ce que ses collaborateurs travaillent sur des dossiers complexes mélangeant les deux expertises. « Elle a à cœur de s’entourer de collaborateurs et de collaboratrices aussi engagés qu’elle. Elle prend soin de les faire grandir à ses côtés », insiste Amaury de Beauvoir qui la connaît depuis ses débuts. Ainsi, son ancien collaborateur Félix Thillaye a été promu associé du cabinet. Cet engagement envers les autres la motive aussi dans sa vie privée. Notre avocate de l’année, mère de quatre enfants, s’investit pleinement dans plusieurs engagements associatifs. Administratrice du Crédit immobilier de France et de l’association Le Choix de l’Ecole, Diane Lamarche a aussi embarqué White & Case dans l’aventure de la French American Foundation.