Aussi bon technicien que redoutable plaideur, l’associé du cabinet Maisonneuve, élu avocat de l’année par ses pairs, a une passion dévorante pour le droit pénal.
Le rendez-vous est pris au 3, rue Danton, dans le VIe arrondissement de Paris, à quelques minutes à pied du palais de justice de l’Ile de la Cité. C’est là où se situe le cabinet Maisonneuve que Rémi Lorrain a rejoint en tant qu’associé en septembre 2022. Patrick Maisonneuve a à cœur de transmettre son savoir. Aux côtés de son fils Antoine et de Bérénice de Warren, formée à l’école Veil Jourde, Rémi Lorrain complète l’équipe d’associés. Ne vous fiez pas à leurs âges, ces pénalistes des affaires sont la relève. Défense d’Eric Dupond-Moretti, affaire Bygmalion, Rémi Lorrain a enchaîné les affaires médiatiques ces derniers mois. Pourtant, ce n’est pas de ces dossiers qu’il a particulièrement envie de parler lorsqu’il nous reçoit dans son bureau où toute une collection de codes civils, depuis le premier de 1804, est soigneusement rangée sur des étagères.
Avec Antoine Maisonneuve, ils se connaissaient avant même de porter la robe. Ils se sont tous les deux affrontés au concours annuel de plaidoirie des élèves avocats du Mémorial de Caen, en 2011. Lui représentait l’école d’avocats de Strasbourg, Antoine Maisonneuve celle de Versailles. Ils se croisent ensuite au gré des dossiers. Au moment où Rémi Lorrain songe à quitter le cabinet Darrois Villey Maillot Brochier, dont il est devenu counsel, il se tourne naturellement vers eux. « Le droit pénal des affaires est notamment né avec Patrick Maisonneuve. Le cabinet est un label, une marque avec une profondeur historique », explique celui qui a été élu par ses pairs avocat de l’année en contentieux.
La Conférence ou rien
Le droit pénal des affaires justement. Rien ne prédestinait Rémi Lorrain à en devenir l’un des meilleurs praticiens. Ce natif de Pont-à-Mousson, village situé entre Nancy et Metz, fils d’une mère au foyer et d’un père cheminot, a choisi le droit un peu par hasard. La faculté est située à côté de son lycée et il trouvait que le droit ressemblait à un raisonnement mathématique dans un format littéraire. « Avec le temps, ce qui m’intéressait c’était le décalage entre l’élaboration de la norme et la violence de son application », évoque-t-il. Sur les bancs de la faculté, le pénaliste lit déjà les portraits des grands avocats : Jean-Michel Darrois, le regretté Hervé Temime, Patrick Maisonneuve et Eric Dupond-Moretti surnommé alors « Acquittator. » Il finira par travailler avec le premier, s’associer avec le troisième et défendre le dernier. Hervé Temime, quant à lui, a préfacé son livre « Nullitator » co-écrit avec un autre pénaliste, Léon Del Forno, son « fils de Conférence » [ndlr : son successeur à la Conférence], associé chez Temime.
Le déclic se réalise en troisième année de droit. L’étudiant découvre, à la télévision, un reportage sur la Conférence du barreau de Paris. C’est la révélation. C’est décidé, il deviendra avocat au barreau de Paris pour présenter ce concours. Seule la Conférence parisienne propose à ses secrétaires élus d’être avocats commis d’office pendant une année, Rémi Lorrain refuse de passer à côté de cette occasion. « Elle permet d’arriver avec n’importe quel profil et de faire cette formation accélérée en droit pénal », justifie-t-il.
Un diplôme de juriste conseil d’entreprise (DJCE) et un master en sciences politiques et gouvernance économique en poche, il prend la direction de Paris. Rémi Lorrain se forme d’abord en droit des affaires grâce à des stages dans les cabinets Sullivan & Cromwell, Bredin Prat ou encore Weil Gotshal & Manges. En 2012, il prête serment et se présente un an plus tard à la Conférence. L’avocat collaborateur en M&A chez Herbert Smith Freehills est élu 10e secrétaire à l’issue de ce concours d’éloquence. « Ma véritable prestation de serment a été la Conférence », confie Rémi Lorrain. En un an de comparution immédiate et avec ses premières assises pour un dossier de règlement de comptes dans un salon de coiffure, Rémi Lorrain prend goût au droit pénal. Commis d’office au pôle financier, il y découvre les écritures des grands cabinets d’avocats. Il ne lâchera plus jamais la matière.
L’art de la plaidoirie, l’amour de la doctrine
Sa première comparution immédiate ? Il se souvient d’avoir plaidé mollement et s’être dit qu’il fallait qu’il y travaille. On est loin des quatre heures exceptionnelles de plaidoirie, répartie à égalité avec sa consœur Jacqueline Laffont, devant la Cour de justice de la République en défense du garde des Sceaux. L’avocat de l’ex-ministre Michèle Alliot-Marie, de l’ancien PDG de Radio France Matthieu Gallet (désormais président du conseil de surveillance des Echos) et de tant d’autres dirigeants d’entreprises soupçonnés de crime de guerre, corruption, trafic d’influence ou bien encore pratiques commerciales trompeuses, n’aime pas les effets de manche ni les artifices de rhétorique. La plaidoirie n’est pas un discours, au contraire. D’après ce passionné, il est indispensable de donner un peu de soi. D’ailleurs, la veille de chacune d’entre elles, le pénaliste préfère rester tard au cabinet. « La plaidoirie demande un travail infini pour devenir naturel. Mon objectif est qu’à la fin les juges oublient que je porte une robe d’avocat », dit-il souriant, le regard déterminé.
Contrairement à d’autres pénalistes, ce n’est pas la plaidoirie qui angoisse le plus Rémi Lorrain. Ses mains deviennent moites surtout dans l’attente d’un délibéré. Quand il n’est pas dans une salle d’audience, dans le bureau d’un juge ou dans les locaux d’une autorité administrative indépendante, l’avocat est absorbé par ses dossiers. Son petit garçon est l’une des rares personnes à réussir à l’en extraire. Le chocolat et le Coca-Cola Zéro l’aident à tenir, parfois jusqu’à une ou deux heures du matin, week-end inclus. Le pénaliste le sait très bien, certains dossiers se gagnent grâce à la pure connaissance de la matière. Parfait pour lui qui aime chercher par mots-clés dans des bases de données et dans la doctrine, boîte à idées qu’il nourrit par ses articles régulièrement.
Ce plaisir intellectuel fait dire par certains de ses confrères qu’il est un technicien du droit pénal. Le principal concerné tique un peu sur l’expression appréhendant que son talent pour la procédure cache celui pour les audiences. Des dossiers complexes, il en a connu lors de ses huit années au cabinet Darrois. En 2014, il est recruté par Jean-Michel Darrois, lui-même, pour y développer le nouveau département de droit pénal des affaires, en tant que collaborateur, aux côtés de Christophe Ingrain. « Nous avons eu une sorte de coup de cœur professionnel. Nous apprenons ensemble et avançons côte à côte », estime Rémi Lorrain. Ce dernier se remémore, notamment, un dossier de délit boursier en appel dans lequel il a soulevé une prescription non vue au préalable pendant les sept ans de procédure.
Dans la tête de ses clients
Les premiers dossiers financiers comme EADS sont très techniques, mais Rémi Lorrain apprend vite. « Il est dans la tête de ses clients et est capable d’anticiper tous leurs besoins », confirme Morgane Boucher, directrice juridique, VP general counsel & compliance officer France de Bureau Veritas. L’associé du cabinet Maisonneuve est une bête sociale. Charismatique, il s’intéresse à tout ce qui l’entoure. « Je ne l’ai jamais vu ne pas sourire », affirme celle qui le connaît depuis la faculté de droit. Fidèle en amitié – avec un groupe d’anciens élèves avocats ils se voient tous les trois mois –, il l’est aussi à son ancienne formation. Tous les ans, il donne des cours au DJCE. « Rémi Lorrain est fidèle, loyal et extrêmement efficace », résume François Funck-Brentano, associé-gérant & directeur juridique de la banque d’affaires Lazard. Ce dernier l’a connu lorsqu’il était stagiaire dans sa direction juridique, en 2011. A la fin de cette expérience, le pénaliste lui avait offert une bouteille d’alcool de mirabelle estampillée de son nom de famille. Depuis, il gardait contact de temps en temps. C’est donc tout naturellement que François Funck-Brentano a fait appel à lui dans une affaire compliquée. « Nous avions besoin d’un cabinet de niche qui n’ait pas de conflit d’intérêts », ajoute le juriste. « Le travail produit a toujours été d’une qualité et d’une ponctualité irréprochables, n’ayant rien à envier à celles des grands cabinets d’affaires avec lesquels nous traitons habituellement. » C’est aussi cela la méthode Rémi Lorrain. Savoir gérer un grand nombre de dossiers sensibles, en même temps, sans jamais le faire ressentir à ses clients. Le tout avec le sourire.