Il est l’un de ceux qui ont fait plier l’Etat devant la Cour de justice de l’Union européenne, aux côtés de l’AFEP et de près d’une vingtaine de multinationales françaises. Gauthier Blanluet fait bouger le droit, et c’est sans doute notamment pour cela que ses confrères l’ont élu avocat de l’année.
Même s’il avait l’envie de devenir avocat depuis bien longtemps, Gauthier Blanluet ignorait vers quelle matière s’orienter avant de rencontrer Jean-Pierre Le Gall lors de son troisième cycle de droit à l’université Paris II Panthéon-Assas. C’est au contact de ce grand fiscaliste que notre avocat de l’année découvre la matière. A sa demande, il intègre le cabinet Jeantet en 1989, dont Jean-Pierre Le Gall est alors un important associé, et commence une pratique de fiscaliste tout en exerçant en M&A et corporate.
Juriste et fiscaliste
C’est en aidant son associé à rédiger des articles pour diverses revues que Gauthier Blanluet a eu envie d’écrire une thèse sur la propriété économique en droit civil et fiscal. Un thème transversal qui reflète bien sa pratique variée en fiscalité, en corporate et M&A et qui prouve son envie de ne pas s’enfermer dans la maîtrise d’une seule discipline. «Gauthier est un homme très cultivé. En tant qu’agrégé de droit privé et fiscaliste, il dispose d’une profondeur juridique que peu de personnes possèdent. Il replace les dossiers complexes dans une vision juridique beaucoup plus large», explique Alfred de Lassence, directeur fiscal du groupe Air Liquide. Considérant cette thèse comme un véritable projet personnel, il la rédige seul le week-end, sans en parler à personne au cabinet. Hyperactif, il se lance dans ce projet en même temps qu’il est promu associé de Jeantet, à l’âge de 29 ans. Seuls Jean-Pierre Le Gall, son directeur de thèse, l’éminent professeur de droit Pierre Catala, et sa femme, sans laquelle rien n’aurait été possible, sont dans la confidence.
Pierre Catala n’a pas pour autant vraiment dirigé ses travaux, et ce n’est qu’une fois sa thèse terminée que Gauthier Blanluet vient lui présenter son travail. Pierre Catala lui suggère alors, à quelques semaines de la soutenance, de s’adjoindre un co‑directeur de thèse pour la partie fiscale. Il s’agira du professeur Maurice Cozian. «J’avais envie d’écrire. C’était à la fois un intérêt intellectuel et un intérêt de plume. C’était aussi un défi», avoue-t-il en toute simplicité. Une fois sa thèse obtenue en 1998, Pierre Catala l’incite à se présenter au concours d’agrégation de droit privé. Redoutant un échec ou du moins une mauvaise place dans le classement, là encore il n’en parle à personne chez Jeantet. «J’ai voulu le faire sérieusement mais, comme pour ma thèse, j’ai essentiellement cherché à me faire plaisir, avec application», continue-t-il. Une recette qui fonctionne, puisque malgré une préparation de quelques mois – à peine le temps de s’entraîner à l’exercice minuté de la «leçon» –, il est reçu deuxième.
Gauthier Blanluet commence alors à enseigner, notamment le droit des obligations, le droit commercial et le droit bancaire, à la faculté de Rouen. Au-delà du plaisir de la transmission, pour lui l’enseignement est, comme l’avocature, une véritable passion : «Je ne peux pas concevoir le métier de professeur sans celui d’avocat, et réciproquement. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Ma pratique passe dans mon enseignement, et mon enseignement nourrit ma pratique.» Enseigner exige d’être à jour de sa matière de prédilection et grâce à son activité de praticien, il est au contact permanent de l’actualité. Notre avocat de l’année sait ainsi parfaitement allier pédagogie et justesse technique. «Gauthier a la capacité d’exposer de manière pédagogique et simple des sujets parfois très complexes», témoigne Nathalie Mognetti, directrice fiscale du groupe Total. En 2003, la carrière universitaire de Gauthier Blanluet prend un nouveau tournant. Il devient professeur de fiscalité à l’Université Paris II Panthéon-Assas, puis crée avec Guy Gest le master 2 «droit fiscal» de la faculté.
Le plaisir de l’exercice intellectuel au service du contentieux
La même année, à l’étroit chez Jeantet, où il devenait de plus en plus difficile de conserver ses clients internationaux ou ayant des activités à l’international, il intègre le cabinet Sullivan & Cromwell. Qualifiée de «cabinet de niche international», cette structure lui permet de développer une pratique de fiscalité de haut niveau avec son associé Nicolas de Boynes, mais aussi de traiter de nombreux dossiers de M&A boursier.
Grande nouveauté aussi, une partie importante de son activité en matière fiscale est tournée vers le contentieux : «Je retrouve dans le contentieux le plaisir du raisonnement juridique, de la puissance du droit manié au service d’une cause que l’on croit juste.» Une activité qu’il a créée et développée au fil des années, toujours dirigé dans le but précis de gagner, mais aussi de faire avancer le droit sur les questions nouvelles à fort enjeu pratique. Conseil d’Etat, Conseil constitutionnel et, dernière en date, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), il porte les dossiers devant toutes les juridictions qui font la fiscalité aujourd’hui. Dans un arrêt du 17 mai 2017, la CJUE a déclaré la contribution additionnelle à l’impôt sur les sociétés contraire à la directive européenne «mère-fille». L’Etat va devoir modifier sa législation. Un combat qu’il a mené avec Stéphane Austry, associé du cabinet CMS Bureau Francis Lefebvre, pour l’AFEP et près d’une vingtaine de multinationales françaises.
Ses clients voient en lui quelqu’un de simple, disponible et pédagogue. «Gauthier a toujours à cœur d’écouter l’objectif pratique de son client et de proposer des solutions vraiment concrètes», affirme la directrice fiscale du groupe Total. De son côté, Gauthier Blanluet considère qu’«il est vraiment très important de comprendre de façon intime ce que recherche le client, et pour cela il faut s’intéresser à lui et bien connaître ses préoccupations». Ce que notre avocat de l’année n’ose pas confier, mais que ces clients soulignent unanimement, c’est que grâce à son parcours d’universitaire et de professionnel du droit, son avis est très respecté par l’administration fiscale. «Pour lui, l’administration n’est pas un ennemi, mais un partenaire avec qui il peut avoir des désaccords», confirme Alfred de Lassence.
L’attachement à la transversalité de la fiscalité
Lui qui a choisi le droit parce que c’est une discipline rationnelle qui passe par les mots, n’aime pas le confort intellectuel. Il préfère, en effet, l’exploration des terrains nouveaux.
Un appétit de découverte qui se retrouve aussi dans sa vie privée. Il nous révèle discrètement qu’il prend le temps de lire tous les soirs, au calme, même s’il finit rarement un ouvrage et qu’il aime en parcourir plusieurs à la fois. Après s’être tourné vers le droit pour sa rigueur rationnelle et sa composante littéraire, il s’avère que ce sont les champs inexplorés de la fiscalité qui suscitent particulièrement sa curiosité.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Gauthier Blanluet est un fiscaliste reconnu. «Gauthier est à la fois excellent et accessible. C’est quelqu’un avec qui il est agréable d’avoir des relations de travail. Il ne s’est pas transformé en un commercial de la fiscalité», acquiesce Laetitia de la Roque, directrice des affaires fiscales de l’AFEP avec qui il collabore depuis plus de quatre ans. En tant que directeur scientifique du centre d’études sur la fiscalité des entreprises de Paris de l’Université Paris II Panthéon-Assas, le «Cefep», il organise des conférences – un grand rendez-vous annuel et des soirées tout au long de l’année – et participe ainsi activement au rassemblement de tous les praticiens de cette discipline hybride et transversale, qu’ils soient membres de l’administration, magistrats, avocats ou fiscalistes d’entreprise.
Il y partage ainsi sa vision de la fiscalité : «Le droit est l’aliment de la fiscalité. Pour être bon fiscaliste, il faut être bon juriste.» A l’occasion de ses déplacements à l’étranger pour un dossier ou une conférence, l’associé de Sullivan & Cromwell en profite pour visiter les musées locaux. Lui qui a beaucoup dessiné dans son enfance, une passion frustrée dont les agendas et quelques consultations sont aujourd’hui les seuls témoins, s’intéresse beaucoup à la peinture et au dessin. «C’est une nourriture, j’ai besoin de cela. Il y a comme quelque chose de charnel dans la contemplation de la grande peinture. Et c’est toujours la stupéfaction qui l’emporte. C’est vraiment une rencontre quand le tableau se tient là, bien debout, devant vous. La recherche constante de ces petits bonheurs fait partie de ma vie», nous confie-t-il en souriant.