Elue avocate de l’année en droit fiscal par ses pairs, Priscilla van den Perre, associée de De Pardieu Brocas Maffei, sait faire apprécier le droit fiscal aux plus réfractaires.
C'est avec un enthousiasme sincère et communicatif que Priscilla van den Perre accueille sa nomination d’avocate fiscaliste de l’année. L’associée du cabinet De Pardieu Brocas Maffei partage aussitôt la bonne nouvelle avec son équipe, fidèle à cette spontanéité qui la caractérise. « Je n’ai jamais eu de plan de carrière », nous confie-t-elle, le sourire dans la voix. Originaire de Bordeaux, Priscilla van den Perre y effectue l’essentiel de ses études. Elle envisage de s’y ancrer, loin de la frénésie parisienne et du droit fiscal, mais sa mère – qui remplit le formulaire du DESS droit et fiscalité de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne – en décide autrement. Devant le fait accompli, l’étudiante débarque à Paris pour deux ans, pense-t-elle. La rencontre avec celui qui deviendra son mari et le père de ses trois enfants, ainsi qu’avec le monde des avocats d’affaires, changera la donne.
Une soif d’apprendre
Littéraire dans l’âme, mais dotée d’une agilité certaine pour les chiffres, Priscilla van den Perre s’amuse très tôt des questions juridiques complexes. La fiscalité lui a permis de poursuivre ce raisonnement sophistiqué tout en observant l’application immédiate au cas d’espèce. « J’aime bien structurer les opérations. Lorsqu’il y a des contraintes juridiques ou financières particulières dans un dossier, j’aime parvenir à les concilier avec les objectifs du client », reconnaît l’avocate. Après un DESS en droit et fiscalité obtenu en 2002, Priscilla van den Perre multiplie les stages dans des cabinets américains et anglais, avant de rester chez Ashurst. Elle arrive en 2003, le même jour que Nadine Gelli, alors encore collaboratrice senior ; les deux femmes ne se quittent plus durant quatorze ans. « Elle m’a tout appris sur le plan technique », révèle l’avocate de l’année. « Quand vous avez en face de vous quelqu’un qui a une telle soif d’apprendre, vous ne pouvez qu’avoir envie de la former », se souvient Nadine Gelli, devenue associée fiscaliste du cabinet Kirkland (et sacrée avocate fiscaliste de l’année dans notre édition 2022). Depuis, il ne se passe pas une semaine sans que les deux femmes échangent.
Dans cette équipe resserrée de la firme britannique, Priscilla van den Perre apprend l’exigence et la rigueur du métier, tout en cultivant son goût pour les autres. Elle commence par les management packages, mais s’intéresse très vite aux autres pratiques du cabinet. La fiscalité est présente dans l’ensemble des opérations et Priscilla van den Perre se plaît à expliquer sa matière. « Elle synthétise et vulgarise de façon pertinente des sujets très techniques », confirme Julien Rigon, associé de Kartesia, gestionnaire européen spécialisé dans la dette privée qui propose des solutions de financement aux petites et moyennes entreprises. Avec le temps, Priscilla van den Perre a su faire évoluer sa pratique, passant des mémos aux notes, puis à la modélisation financière sur Excel. Nommée counsel d’Ashurst en 2014, elle suit Nadine Gelli en 2017 chez De Pardieu Brocas Maffei avec un projet en tête : l’association. Cette ambition se réalisera deux ans plus tard, en 2019.
Une approche pédagogique
Là-bas, l’avocate développe une relation client plus profonde et durable grâce notamment aux bons conseils de Jean-François Pourdieu et Cédric Chanas. « Nous gardons nos clients au quotidien, au-delà de la transaction. Nous les voyons grandir et mettre en œuvre ce que nous leur avons conseillé », explique-t-elle. Aux côtés d’Anne-Laure Drouet, Priscilla van den Perre couvre l’ensemble de la fiscalité, à l’exception de l’immobilier, avec une prédilection pour le private equity, le droit boursier et la fiscalité patrimoniale. Elle intervient à ce titre principalement auprès de fonds d’investissement et d’entreprises de toutes tailles dans le cadre de transactions corporate, en particulier des opérations de LBO et des restructurations. Elle est également régulièrement impliquée dans des opérations de fusions-acquisitions et possède une expertise dans la mise en place de véhicules d’investissement.
Ce qu’elle aime dans le private equity ? L’adrénaline du closing. En octobre 2023, par exemple, Priscilla van den Perre a mené, pour Dentressangle, l’acquisition particulière du groupe Naturacare. En même temps qu’elle animait l’acquisition de la filiale française, la holding familiale d’investissement a ciblé la société italienne Dietopack du groupe. Cette double acquisition simultanée a demandé la réalisation d’une solide structuration fiscale des deux côtés des Alpes. Ce défi n’a pas effrayé Priscilla van den Perre. « Outre une grande pédagogie dans sa manière d’expliquer sa matière, elle a une approche pragmatique et business, et c’est précisément ce que l’on attend de nos avocats », témoigne Camille Dussaix, directrice juridique private equity de Dentressangle. « Elle est toujours très équilibrée dans les options d’arbitrage proposées entre prise de risques et gains vis-à-vis des objectifs à atteindre », ajoute Julien Rigon qui la connaît depuis une dizaine d’années et qui a vécu avec elle tous les scénarios possibles d’opérations de private equity.
Une quarantaine de deals
Grâce à son caractère fédérateur, son équipe est pleinement intégrée au cabinet, ce qui explique cette diversité de dossiers. En 2024, l’avocate a mené une quarantaine de deals et a pleinement contribué à l’éclosion des fonds de continuation. Elle a accompagné, en mai 2024, 21 Invest France dans le cadre de la réorganisation du capital de PLG, expert mondial du conseil en matière d’affaires réglementaires et de conformité pour les acteurs de la santé. Lors de cette opération, outre le management qui se réengage significativement, PLG est repris en co-contrôle par Oakley Capital associé à 21 Invest France qui réinvestit avec son fonds VI ainsi qu’un fonds de continuation. Ce fonds dédié a été levé avec le support d’Evercore PCA et a reçu le soutien d’Eurazeo et Hayfin en qualité d’investisseurs de référence.
En décembre 2024, Priscilla van den Perre a conseillé le fonds d’investissement Apheon – l’un de ses clients historiques – dans le cadre de son réinvestissement via un fonds de continuation et de l’entrée au capital du groupe Haudecœur de LFPI comme actionnaire minoritaire de référence. Après avoir doublé de taille depuis sa reprise par Apheon, en 2018, pour atteindre 280 millions d’euros de ventes, Haudecœur poursuit l’aventure avec son actionnaire accompagné de LFPI dans le cadre d’une opération qui le valorise près de 440 millions d’euros.
Un besoin d’équilibre
Pour Priscilla van den Perre, cette multitude de dossiers amène aussi un certain pragmatisme. Elle délègue avec bienveillance, convaincue que l’intelligence collective prime, tout en s’assurant de ne mettre personne de côté. Elle fonctionne au coup de cœur, assumant pleinement cette dimension affective. Sa famille et ses amis comptent autant que ses clients. « Elle a réussi à trouver un bel équilibre, c’est un exemple inspirant pour les nouvelles générations d’avocats », souligne Camille Dussaix. Son quotidien est rythmé par une marche matinale de 45 minutes pour rejoindre le cabinet, sauf le mardi, où elle arrive à 8 heures pour un cours de yoga. Impatiente et dynamique, elle a appris à composer avec l’imprévisibilité du métier. Depuis quelques années, l’associée fiscaliste s’autorise même à partir en vacances sans rester joignable en permanence. Cet été, cap sur le Vietnam en famille, pour une parenthèse bien méritée.
Un engagement moteur
Au-delà de la technique, Priscilla van den Perre s’investit dans la vie du cabinet. Elle siège au conseil d’association et s’engage dans le fonds de dotation. Cet été, notre fiscaliste de l’année présidera le jury du concours d’éloquence de la prison de la Santé. La transmission et le management sont devenus des moteurs essentiels de sa carrière. Même lorsqu’il ne s’agit pas de questions fiscales, les collaborateurs de De Pardieu Brocas Maffei peuvent se tourner vers elle. « Priscilla est très soucieuse du bien-être des gens qui l’entourent », confirme Nadine Gelli.
Quand on l’interroge sur l’avenir, Priscilla van den Perre répond sans détour : « Que rien ne bouge, que je puisse continuer comme ça longtemps. » Ce vœu d’équilibre est fidèle à la trajectoire de cette avocate qui a su conjuguer exigence professionnelle et épanouissement personnel, sans sacrifier l’un à l’autre.