Associé au sein de CMS Francis Lefebvre Avocats depuis septembre 2007 et ancien membre du Conseil d’Etat, Stéphane Austry est un redoutable bretteur fiscal dont les talents sont récompensés cette année par le titre d’avocat de l’année. Cet amoureux du football et de la cuisine japonaise est un infatigable artisan qui n’hésite pas à appliquer le conseil de Nicolas Boileau en remettant cent fois son ouvrage sur le métier pour trouver la parade ultime qui fera la différence. Portrait d’un discret acharné.
Austère, voire timide mais affable, Stéphane Austry n’aime rien tant que la précision. Il s’impatiente quand un nom vient à lui échapper avant de le retrouver bien vite grâce à la mécanique bien huilée de son cerveau. Ce Parisien de 56 ans, dont les racines familiales plongent dans le vert Aveyron, a grandi dans une famille bourgeoise du XIVe arrondissement au sein d’une fratrie dont l’un est architecte comme leur père et l’autre un jeune retraité, longtemps directeur juridique de la MAAF. Avocat fiscaliste émérite, Stéphane Austry n’a pas fait d’études de droit. Des études à Sciences Po lui ont permis de se familiariser avec le droit public avant d’enchaîner avec un DESS en banque/finance à la Sorbonne en 1989. Il aurait pu travailler au Gabon comme VIE ou pour un établissement bancaire mais, à la troisième tentative, il entre finalement à l’ENA en 1991. De l’ENA au Conseil d’Etat, il n’y a qu’un pas qu’il franchit en 1993. Lui qui confesse ne pas avoir eu à l’époque un attrait démesuré pour les questions régaliennes mais un intérêt plus marqué pour la chose économique, se spécialise dans le droit fiscal. «J’étais rattaché à la section du contentieux et j’ai rejoint la 8e chambre spécialisée en contentieux fiscal. Tout jeune auditeur, j’avais comme commissaires du gouvernement Olivier Fouquet et Jacques Arrighi de Casanova et mon tuteur était Gilles Bachelier. J’ai été à bonne école.» Stéphane Austry participe comme rapporteur à la Commission Ducamin chargée d’étudier les prélèvements fiscaux et sociaux sur les ménages. En 1996, il succède à Guillaume Goulard à la tête du centre de documentation fiscale du Conseil d’Etat. «A ce poste, j’intervenais souvent dans des conférences pour porter la voix du Conseil d’Etat sur des sujets de jurisprudence», se souvient-il.
Au cœur du réacteur politique
La période des quatre années pendant lesquelles il doit rester au Conseil d’Etat à la sortie de l’ENA expire en 1997 au moment où a lieu un changement de gouvernement. Il rejoint alors le cabinet de Dominique Strauss-Kahn et Christian Sauter à Bercy en tant que conseiller pour la politique fiscale. Une fonction où il lui faut «parler de politique aux techniciens et de technique aux politiques». Epoque passionnante et un peu grisante pour le fiscaliste qui participe à des réunions avec le Premier ministre. Trois ans plus tard, retour place du Palais-Royal pour devenir commissaire du gouvernement : «J’ai conclu non seulement sur des questions fiscales mais aussi sur des affaires personnellement très marquantes, comme ce recours contre un décret accordant une aide aux orphelins de déportés juifs.» En 2003, la direction du Trésor lui propose un poste de correspondant à Tokyo. Le poste qu’il occupe jusqu’en 2007 comble son envie d’avoir une expérience professionnelle à l’étranger. «Cela reste un souvenir très fort pour moi et pour ma famille», souligne Stéphane Austry dont la fille de 25 ans parle japonais. L’avocat en a gardé un goût pour la cuisine japonaise qu’il partage avec Laurent Olléon, avocat associé chez Orrick, passé lui aussi par le Conseil d’Etat. «Stéphane et moi avons occupé à quelques années d’intervalle les mêmes postes : rapporteur, responsable du centre de documentation fiscale et rapporteur public. C’est non seulement un confrère, mais aussi un ami. Quand j’ai à mon tour décidé de devenir avocat, j’ai eu besoin de deux parrains. Stéphane a été l’un d’eux. Notre compagnonnage n’a jamais cessé depuis 20 ans et a même franchi les frontières. Ainsi, en juin 2002, nous sommes allés à Irkoutsk pour former des magistrats et inspecteurs des impôts de Sibérie orientale au droit fiscal, dans le cadre d’une coopération avec l’Union européenne pour la remise à niveau des législations financière, fiscale et commerciale de la Russie. Nos déjeuners sont aujourd’hui l’occasion d’un joyeux ping-pong où nous testons la solidité des arguments que nous comptons développer pour défendre nos clients respectifs», confie l’avocat.
L’entrée dans le secteur privé
Lors d’un séjour en France pendant son expérience japonaise, Bruno Gibert, énarque passé par la direction de la Législation fiscale et associé chez CMS Francis Lefebvre Avocats depuis 2001, le contacte et lui parle du souhait du cabinet de développer son activité contentieuse. La mission au Japon ayant pris fin, Stéphane Austry accepte de rejoindre CMS Francis Lefebvre Avocats. Entouré de Sarah Dardour-Attali, avocat counsel, et Dov Milsztajn, avocat senior, ainsi que de deux collaborateurs juniors, Adrien Merchadier et Emilie Faravel, Stéphane Austry travaille sur des dossiers contentieux où les enjeux financiers ou de principes (conformité de la loi fiscale aux normes supérieures) sont élevés. «Chaque dossier apporte son lot de nouveauté et d’adrénaline quand on prend connaissance de la décision du juge. Cela peut me conduire à prononcer quelques jurons dans mon bureau, quand cette décision me contrarie», avoue l’avocat. «Il vit sa passion du droit fiscal sans tirer le maillot», dit de lui Bernard Bacci, directeur fiscal du groupe Vivendi, qui a travaillé avec Stéphane Austry notamment sur le contentieux relatif au régime du bénéfice mondial consolidé remporté par l’entreprise contre l’administration fiscale. «Stéphane conseille ses clients avec un souci permanent de sécurité juridique à long terme et sait résister aux solutions “à la mode”. Il est perçant dans ses analyses. Rigueur et bienveillance vont de pair chez lui», déclare-t-il.
Sa vision du métier d’avocat
«L’avocat peut être un adversaire de l’administration fiscale mais pas un ennemi, son rôle est de décrypter pour son client des problématiques extrêmement techniques et de lui expliquer, parfois, que l’administration fiscale a raison. Au contentieux, il faut être prêt à faire évoluer son argumentation à chaque stade de la procédure, être souple et créatif. Le contentieux reste aléatoire, il faut l’accepter», résume Stéphane Austry. Les dossiers qu’il traite sont des affaires au long cours. «Dans le dossier Crédit Agricole, que nous avons gagné l’année dernière, les enjeux étaient très importants. Les premiers contacts avec le client remontaient à 2013 et la décision est tombée en 2019. Pendant six ans, nous avons dû, avec Gauthier Blanluet, associé chez Sullivan & Crowwell, qui travaillait avec moi sur ce dossier, adapter notre stratégie contentieuse qui nous a d’abord amenés à soulever sans succès une QPC devant le Conseil constitutionnel. In fine, nous avons rebondi sur un nouvel argumentaire qui a fait la différence», rappelle-t-il. «Ce qui frappe chez Stéphane Austry, c’est sa retenue qui ne s’efface pas, même quand on apprend à mieux le connaître. Cela peut être un peu déroutant au début mais cela fait partie de sa personnalité. Il met en avant ses collaborateurs, avec lesquels il entretient des relations de confiance palpables, tout en restant très présent lors des rendez-vous», souligne à son propos Catherine Leblanc, directeur fiscal groupe Crédit Agricole SA qui a travaillé avec lui sur deux gros dossiers.
Lecture, golf et football pour se délasser
Attiré par l’histoire, Stéphane Austry lit des essais, des romans historiques, parfois des ouvrages de fiction. De son enfance, il garde la passion du football et du PSG dont il est supporter. Pour se mettre au vert, quand il ne tape pas quelques balles de golf, il affectionne la Normandie où vivent ses parents, la Bretagne où sa compagne a des attaches, l’Aveyron et la région toulousaine où se trouvent ses racines. La pandémie n’a pas trop perturbé le quotidien de Stéphane Austry et de son équipe dans leur mode de travail. «Je travaille souvent de chez moi, je ne suis pas adepte du 8h00-20h00 au bureau. Pour ne pas perdre de temps en allers-retours fastidieux, il m’arrive de m’arrêter dans un café entre deux réunions pour y travailler. Mon équipe aussi est habituée au télétravail», dit-il.
Des activités officielles et pédagogiques prenantes
Stéphane Austry enseigne le contentieux fiscal et le droit fiscal à la Sorbonne. «Il y a beaucoup de synergies entre ma pratique professionnelle et l’enseignement. Je donne souvent des cas pratiques issus de mon expérience professionnelle à étudier», explique-t-il. Stéphane Austry reste par ailleurs actif au sein de l’Institut des avocats-conseils fiscaux (IACF) qu’il a présidé de 2014 à 2017. Au sein du bureau, il est vice-président et anime la commission sur la fiscalité des entreprises. Il rédige régulièrement des analyses de la jurisprudence et vient ainsi de publier un article sur les conditions d’invocation des décisions du Conseil constitutionnel aux Feuillets rapides. L’avocat participe régulièrement à des commissions à la demande des pouvoirs publics. Membre du Conseil des prélèvements obligatoires jusqu’en 2018, il a également fait partie l’an passé du conseil d’experts mis en place à la demande du gouvernement par la Cour des comptes sur la lutte contre la fraude fiscale.