M&A et Private Equity - L'avocat de l'année 2025

Gaëtan Gianasso, l’art de durer

Publié le 24 octobre 2025 à 12h09    Mis à jour le 27 octobre 2025 à 18h45

Delphine Iweins    Temps de lecture 8 minutes

Discret, Gaëtan Gianasso, associé du cabinet Latham & Watkins, a su instaurer une véritable relation de confiance avec des fonds d’investissement réputés tels qu’Ardian et TA Associates. Cette longévité lui vaut d’être nommé avocat de l’année en private equity par ses pairs.

Gaëtan Gianasso est de tous les deals et tous les financements marquant le marché du private equity. Le rachat de la legaltech Predictice par son principal concurrent Doctrine ? C’est lui. Derrière la prise de participation de PSP Investments dans le groupe de santé animale Céva pour 9,2 milliards d’euros ? Lui encore. A cette liste, rien qu’en 2025, il est possible d’ajouter son accompagnement du fonds TA Associates dans la vente de Solabia, producteur de matières premières destinées aux industries cosmétiques, pharmaceutiques et nutraceutiques. Ou bien encore son rôle auprès de Peugeot Invest dans la prise de participation dans le groupe d’enseignement privé Novetude aux côtés du fonds Charterhouse Capital Partners. Entre Londres et Paris, cet avocat spécialisé en private equity et en LBO, œuvrant depuis 21 ans chez Latham & Watkins, cultive un rapport au métier mêlant exigence, endurance et plaisir du travail collectif. « L’esprit d’équipe constitue une des valeurs fondamentales du cabinet. C’est également une valeur essentielle pour réussir dans le domaine du private equity », nous explique-t-il.

Une rencontre déterminante

Pourtant, rien ne prédestinait ce « pur produit européen » comme il aime se définir – il est né à Bruxelles d’une mère allemande et d’un père italiano-allemand – à devenir avocat d’affaires. Passionné de mathématiques, Gaëtan Gianasso hésitait entre la biologie et le droit à l’issue de son bac scientifique. Un avocat d’Aix-en-Provence, où il a vécu pendant 15 ans, ami de la famille, le convainc de l’intérêt du métier par son éloquence. Après une maîtrise et un DEA en droit des affaires à l’université d’Aix-Marseille III, Gaëtan Gianasso met le cap pour la première fois vers Londres. Il y décroche son premier poste de juriste interne dans une firme spécialisée en droit de l’immobilier. Un an plus tard, il reprend les annuaires des cabinets parisiens et envoie spontanément sa candidature. En 1995, un entretien marquant avec Thomas Forschbach, alors jeune associé private equity chez Ashurst, décide de la suite. « Quand j’ai rencontré Gaëtan pour la première fois, j’étais encore jeune et, pendant tout l’entretien, Gaëtan s’était demandé quand l’associé responsable allait venir pour l’interviewer jusqu’au moment où je lui ai fait une offre de collaboration », se souvient son confrère avec amusement. Pendant longtemps, les deux hommes traitent tous les aspects du private equity, des négociations au financement en passant par la dette. Gaëtan Gianasso est un touche-à-tout. Cependant, épuisé par le rythme, en 1997, notre avocat de l’année décide de saisir une opportunité de collaboration au sein de Freshfields Bruckhaus Deringer, l’autre cabinet leader de la pratique à cette époque. Au bout de deux ans, Thomas Forschbach lui demande de revenir, Ashurst est alors en pleine expansion. Gaëtan Gianasso accepte puis le suit, dans la foulée en 2004, chez Latham & Watkins. C’est l’un des grands retournements du marché des avocats d’affaires de cette année-là.

Gaëtan Gianasso y devient associé et bâtit, au fil des crises et des succès, une réputation de technicien complet et de deal-maker intuitif. A cette période, les opérations de private equity sont en plein boom, les dossiers pleuvent. En juillet 2007, les banques et les fonds d’investissement se bousculaient pour prendre part à la vente du groupe français Diana Ingredients, l’un des plus gros LBO de l’année. Un mois après, l’ambiance se refroidit. C’est le début de la crise des subprimes et de deux années remplies de difficultés. L’avocat s’accroche et ne pense pas faire autre chose, même si la machine est grippée. Il réfléchit à sa pratique en apprenant un peu le restructuring. « Cette période m’a permis de réaliser que rien n’est jamais acquis dans ce métier », nous confie-t-il.

Technicien et deal-maker

Le spécialiste revendique un style où la technique ne suffit pas. Il ne laisse rien au hasard. Aucun détail ne lui échappe et il garde toujours le sourire. « Il est très accessible et toujours disponible, ce qui est rare à ce niveau d’expérience et de séniorité », insiste l’associé d’un fonds international qui le connaît depuis près de 20 ans. En 2022, alors qu’il est en vacances en safari au Botswana, les négociations autour d’un deal s’accélèrent. Après un tour en jeep, Gaëtan Gianasso se connecte pour sept heures de discussions, encore habillé en tenue de safari. Personne autour de la table ne s’en soucie vraiment, toutes les parties à l’opération connaissent son humour et son endurance dans les négociations. Patient, calme, technique : les qualificatifs laudatifs ne manquent pas pour le désigner. « Gaëtan a compris le plus important dans notre métier : savoir écouter et comprendre l’autre afin de construire des compromis », résume Thomas Forschbach, avec qui il continue de travailler. Ses clients apprécient sa disponibilité permanente, son sang-froid dans les tractations, sa capacité à transformer une opération en relation humaine durable. D’ailleurs, Gaëtan Gianasso consacre une grande partie de son temps à entretenir ce lien. Chaque année depuis deux ans, il réunit à Londres une centaine d’acteurs du private equity francophone.

Le père d’une famille de cinq enfants a longtemps vécu au rythme effréné des transactions. Ses souvenirs de deals sont autant de jalons de carrière comme la nuit de la mort de la princesse Lady Di, en 1997, passée en salle de négociations du cabinet alors situé près du pont de l’Alma. Le 11 septembre 2001, qui stoppe net un carve-out de l’équipementier automobile Goodyear, mené par le fonds Littlejohn & Co, avant de repartir trois mois plus tard. Les coulisses d’un carve-out, en 2015, de l’équipementier pour stations-service, Tokheim, où chaque rendez-vous était orchestré au sein du cabinet pour maintenir la tension entre deux potentiels acquéreurs. « C’est d’abord un grand technicien, mais à cette technicité s’est ajoutée la rondeur commerciale d’un deal-maker », assure Charles Andrez, senior managing director de la banque d'affaires Evercore.

Construire la confiance

Avec le temps, pour ses collaborateurs, Gaëtan Gianasso est devenu un mentor instinctif cultivant un esprit de responsabilité et de confiance. « L’une de ses grandes qualités est qu’il a su faire grandir des personnes en dessous de lui », confirme Thibault Basquin, membre du comité exécutif du fonds Ardian, co-head et membre du buy-out management committee. « Chez lui, l’exigence se mêle toujours à la complicité : je l’ai vu rédiger une clause d’earn-out from scratch à quatre heures du matin et, sur d’autres deals, quelques mots suffisaient pour que nous soyons totalement en phase en vue de les closer dans les meilleures conditions », témoigne l’un de ses anciens collaborateurs Timothée Brunello, parti fonder le cabinet Pragma Partners. Thomas Forschbach, son complice de 30 ans, salue « l’un des avocats les plus complets ».

Aujourd’hui, son quotidien s’est un peu plus équilibré. Le matin, Gaëtan Gianasso privilégie le petit-déjeuner avec sa femme plutôt que la lecture de ses mails dès le réveil. Trois fois par semaine, il s’entraîne avec un coach sportif. L’hiver, il dévale les pistes de Méribel, où il possède un chalet, et l’été, il s’offre de longues randonnées de montagne. Néanmoins, avec Gaëtan Gianasso, le plaisir n’est jamais très loin des affaires. Amateur de sensations fortes, il participe à des courses automobiles aux côtés de clients de longue date devenus des amis. Les closings se célèbrent toujours autour d’une bonne bouteille de vin, de préférence du bourgogne rouge, dans le jardin du cabinet dès que le temps le permet. Et à Londres, si vous le cherchez, vous aurez grande chance de le trouver dans l’un des bars à vins de Manchester Street. En effet, depuis 2014, notre avocat de l’année partage sa vie entre Londres et Paris. « Lorsque vous êtes basé à Londres, les clients ont tendance à vous percevoir comme un avocat ayant une dimension plus internationale », admet-il. Dans l’Eurostar, au lieu de s’agacer de la connexion wi-fi capricieuse, l’associé de Latham & Watkins en profite désormais pour lire. Preuve d’un nouvel équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Bâti sur la durée, son succès repose sur une conviction simple : dans les deals, l’essentiel n’est pas seulement la technique, mais la confiance. A Londres comme à Paris, en montagne comme autour d’une table de négociation, Gaëtan Gianasso continue de le démontrer, sourire aux lèvres et verre à la main.

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