Elu avocat de l’année par ses pairs, Pierre-Louis Cléro est à l’aise autant avec des fonds d’investissement qu’avec des entreprises. L’associé de Latham & Watkins est l’un des chefs de file du M&A industriel.
Du pragmatisme, aucun dogme particulier, de la liberté, de l’indépendance et du travail. Beaucoup de travail. Telle pourrait être la recette à appliquer pour être élu avocat de l’année par ses pairs. C’est en tout cas celle qui a fonctionné pour Pierre-Louis Cléro. L’associé M&A du cabinet Latham & Watkins a plus d’un atout pour réussir. D’abord, fait suffisamment rare pour être souligné, il ne cache pas ses échecs. Pour un gros dossier, tant d’autres n’ont pas abouti ou ont été stoppés pour des raisons économiques ou politiques. « C’est un métier d’endurance. Il ne faut bien entendu jamais lâcher l’affaire. Et ne pas oublier que la chance joue un rôle important », nous confie Pierre-Louis Cléro. Est-ce la chance qui lui a permis de mener la plus grosse acquisition de L’Oréal pour un montant de 2,5 milliards d’euros ? Plutôt une réputation solidement acquise. En avril 2023, le group general counsel de L’Oréal Alexandre Menais, que Pierre-Louis Cléro a connu lorsqu’il était secrétaire général du groupe Atos, a naturellement fait appel à lui pour l’acquisition d’Aesop. « Le M&A parisien est historiquement très segmenté entre le corporate d’un côté et le private equity de l’autre. Pierre-Louis est l’un des premiers avocats à avoir conjugué les deux, ce qui est assez malin », estime Alexandre Menais. En plus, notre avocat de l’année, âgé de 47 ans, fait partie de cette génération d’avocats qui a grandi avec le rôle croissant des directions juridiques en interne. « Il se met à notre place, il comprend notre logique et nos contraintes. Preuve en est, lors de la communication des deals, il nomme toutes les équipes qui y ont pris part, même celle de ses clients », complète Alexandre Menais.
Assumer la responsabilité de ses choix
Pierre-Louis Cléro a été attiré dès ses études par la dimension business du droit et le rapprochement entre entreprises. L’aspiration pour une profession libérale inscrit dans ses gènes, il sera avocat-conseil, c’est certain. « Le caractère libéral et entrepreneurial de la profession a été un facteur déterminant de mon choix », détaille-t-il. Diplômé de l’ESCP et d’une maîtrise en droit des affaires et fiscalité de l’Université Paris X, l’ancien stagiaire d’Allen & Overy décroche sa première collaboration chez Linklaters, au département fusions-acquisitions, en 2000. Là-bas, il fait ses armes grâce à des dossiers comme la fusion entre Air France et KLM en 2004. Surtout, Pierre-Louis Cléro y fait l’une des rencontres les plus importantes de sa vie professionnelle : Patrick Laporte. Il suivra cet avocat, star du M&A industriel des années 1990-2000, jusqu’à Latham & Watkins en 2012. Patrick Laporte lui confiera d’ailleurs ses dossiers le moment venu de sa retraite, en janvier 2022.
Avant tout cela, les deux hommes partent, en 2005, développer un département M&A chez l’Américain Debevoise & Plimpton. La période est excitante, les fusions-acquisitions ont le vent en poupe. Avec 70 avocats à Paris, la firme prend sa place sur le marché dominé notamment par Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, White & Case, Sullivan & Cromwell et Davis Polk. Jusqu’à la crise économique de 2008, où tout s’effondre. Touché de plein fouet, le cabinet subit une forte crise de gouvernance et voit ses meilleurs associés partir. L’avenir de Pierre-Louis Cléro se floute. La promesse d’association s’éloigne. Avec Patrick Laporte, ils prennent alors la direction d’un autre Américain, et non des moindres. A l’époque, en 2012, Latham & Watkins veut renforcer le corporate. C’est donc logiquement que la firme s’octroie les services des deux avocats. De son côté, Pierre-Louis Cléro obtient la crédibilité auprès des clients grâce au statut d’associé et intègre un réseau international de poids. « Etre associé, c’est assumer la responsabilité de ses choix vis-à-vis de ses clients et de son équipe », insiste l’avocat. Ce qu’il aime dans son métier ? La nécessité de faire la synthèse, de trouver des terrains d’entente tout en rencontrant de nouvelles personnes issues d’environnements très variés. « Je travaille sans dogme, avec humilité, je rends un service à un client pour qu’il réalise son projet », admet-il.
Cet état d’esprit lui permet d’intervenir pour le compte d’entreprises issues de secteurs d’activités variés tels que les médias, la publicité, les compagnies aériennes, l’énergie et la finance. « Il est l’associé référent avec qui je discute de la stratégie des deals français et étrangers et de la composition des équipes. Pierre-Louis dispose d’une vision transversale du marché car il connaît le corporate et le private equity », partage Anne-Sophie Poirier, general counsel d’Atos. Elle a fait appel à lui, notamment, au moment de l’acquisition par Worldline de Six Payment Services pour 2,3 milliards d’euros, en 2018.
La clé de la communication
Au-delà de la technique, de la « liberté d’action », du « challenge intellectuel » et de la « qualité des interlocuteurs », Pierre-Louis Cléro apprécie, dans le métier d’avocat, le fait d’aller chercher les clients. C’est une forme de séduction, un manque de pudeur parfois, mais surtout la satisfaction de réussir à convaincre. Le business development est central dans son activité. « Il faut savoir communiquer, dire ce que nous faisons et en quoi nous pouvons être utiles » : c’est l’une des leçons qu’il a tirées de ses sept années chez Debevoise & Plimpton.
Marqué par cette crise de gouvernance, Pierre-Louis Cléro s’emploie chaque jour en tant que deputy managing partner du bureau de Paris de Latham & Watkins à ne surtout pas reproduire ce qu’il a pu observer à cette époque. « Je veux que nous positionnions le bureau pour faire en sorte que le cabinet continue à être une success story à Paris dans les dix à quinze prochaines années », ambitionne-t-il. Auparavant à la tête du département corporate de la firme au niveau européen, Pierre-Louis Cléro est aussi attentif aux besoins de son équipe de collaborateurs et à leur équilibre vie privée-vie professionnelle. Pourtant, il est le premier, reconnaît-il, à ne pas réussir à se déconnecter. La disponibilité est attendue de la part de ses clients. « Ma priorité, ce sont mes clients et mes dossiers. Les fonctions de management passent toujours après, en plus », précise celui qui a accompagné le fonds américain de capital-risque Andreessen Horowitz – plus connu sous le nom A16z – dans sa participation de 385 millions d’euros au capital de Mistral AI. A l’issue de cette deuxième levée de fonds, en décembre 2023, la start-up vedette de l’IA en France est désormais valorisée à 2 milliards de dollars (1,82 milliard d’euros environ). « Il a le sens du client, il est très présent. On ne sent pas qu’il a d’autres dossiers, il a une vraie disponibilité », ajoute Edouard de Chavagnac, directeur juridique du groupe Carrefour. Lire ses mails est la première chose que Pierre-Louis Cléro fait en se levant le matin et la dernière en se couchant. Cependant, le matin reste un moment privilégié avec ses trois enfants. Les magazines de décoration et d’architecture sont de bons moyens pour s’aérer l’esprit et les vacances dans la nature, au ski ou à la mer ne sont pas prohibées, tant qu’il y a du réseau.
Un courtois négociateur
Cette stratégie lui réussit, mais n’explique pas seule son succès. Pierre-Louis Cléro est aussi un fin négociateur, d’un calme olympien. Rares sont les personnes qui l’ont déjà vu s’agacer ou perdre patience. « C’est un facilitateur dans les négociations. Il sait créer un environnement très sain et constructif », explique Edouard de Chavagnac, avec qui il a notamment mené la cession de la fintech Market Pays à Anacap et l’acquisition de Cajoo, pionnier du quick commerce en France, par Flink en 2022. Pierre-Louis Cléro sait être un négociateur agressif si son client le lui demande, mais cela serait forcer sa nature. Selon lui, dans les négociations, l’agressivité est souvent l’illustration d’un manque de confiance. Néanmoins, l’attitude de l’avocat de l’année va bien au-delà d’un service à l’occasion de dossiers. « Il ne nous voit pas comme un simple client, mais comme un partenaire avec qui une relation de confiance est nouée », précise Anne-Sophie Poirier. Il apprécie de construire des amitiés professionnelles sur le long terme, échanger sur des ballets de danse ou des opéras à aller voir ou tout simplement prendre des nouvelles autour d’un déjeuner.