Associé au sein de Darrois Villey Maillot Brochier depuis 2010, Bertrand Cardi a su faire sa place au sein de ce cabinet français de renom. Cet amateur de photographie épaule de nombreux grands groupes dans leurs opérations stratégiques.
Doté de sang froid, déterminé et intègre. Quand nous avons contacté quelques personnes de l’entourage de Bertrand Cardi, ce sont ces qualificatifs qui sont revenus le plus fréquemment. «Il est capable de travailler de façon très intense tout en gardant parfaitement son calme», apprécie Laurence Debroux, CFO et membre du directoire de Heineken. Et il est vrai que ce professionnel du M&A dégage une forme de sérénité qui lui est sans doute très utile pour résister aux affres du stress des négociations…
Originaire d’Alsace, Bertrand Cardi grandit dans une famille plus tournée vers la littérature et l’histoire que vers les Codes et les contrats. Ses parents sont tous deux professeurs d’histoire, voie que suivra également l’une de ses sœurs, tandis que son autre sœur se tournera vers l’édition, dirigeant aujourd’hui la maison JC Lattès. L’aîné de la fratrie opte quant à lui pour une inscription à HEC où il suit également des cours de droit. Une double formation, juridique et économique, qui constitue aujourd’hui un atout certain dans son exercice professionnel : «Il possède une véritable perception stratégique des dossiers, souligne Jacques Dumas, conseiller du président du groupe Casino, et client de longue date. C’est une qualité importante qu’il faut souligner.» De cette période d’études, Bertrand Cardi garde visiblement un bon souvenir, la décrivant comme «des années d’insouciance qui ont fait naître de belles amitiés qui perdurent malgré les parcours très différents».
Formé à l’excellence par Thierry Vassogne
A sa sortie en 1996, il est recruté chez Gide, par l’équipe de droit boursier de Thierry Vassogne : une école de rigueur et d’excellence qui lui permet d’intervenir sur les principaux dossiers de la place. Deux ans plus tard, il suit l’associé vedette dans son mouvement vers Linklaters. A l’époque détaché à New York par Gide, il demande alors à prolonger l’expérience américaine et intègre, dans un premier temps, le bureau new-yorkais du cabinet anglo-saxon. L’occasion pour le jeune avocat de s’ouvrir au financement d’actifs dans une équipe d’avocats américains. Puis, de retour à Paris, il retrouve l’équipe de son mentor et la pratique boursière.
Ensemble, ils accompagnent en 2004 Sanofi dans son offensive visant le rachat d’Aventis. Une longue bataille boursière qui aboutit au rachat du laboratoire pour plus de 53 milliards d’euros. L’une de ces opérations d’envergure qui marquent une carrière et réunissent de nombreux talents, parmi lesquels Thierry Vassogne, Jean-Pierre Martel et Jean-Michel Darrois : «Bertrand évoluait entre ces ténors du barreau de manière respectueuse mais déterminée», se souvient Laurence Debroux, à l’époque directrice des projets stratégiques de Sanofi. «Nous avons travaillé près d’une année ensemble sur ce projet, y passant nos journées, et de nombreuses soirées et week-ends. Ce dossier a donné un coup d’accélérateur à nos carrières respectives et scellé une amitié.» C’est d’ailleurs cette même année que Bertrand Cardi est promu associé.
L’arrivée chez Darrois Villey Maillot Brochier
Lorsque six ans plus tard, Jean-Michel Darrois lui propose de le rejoindre, la réponse semble presque évidente : «On ne résiste pas aux charmes du cabinet Darrois», indique-t-il en souriant. L’associé, alors âgé de 36 ans, ne part pas seul. Il est accompagné par Olivier Huyghues Despointes et Christophe Vinsonneau, qui seront tous deux promus associés respectivement en 2011 et 2012, sans oublier son assistante, Christelle Secher, qui travaille avec lui depuis 2003 «et sans laquelle je n’aurais pas bougé», confesse-t-il. Adam O. Emmerich, associé à New York au sein de Wachtell, Lipton, Rosen & Katz, cabinet «ami» de Darrois Villey Maillot Brochier depuis presque 30 ans, se souvient de sa rencontre avec Bertrand Cardi : «Il m’a semblé évident que le cabinet avait réussi un “coup” avec le recrutement de Bertrand, raconte-t-il. Je fus d’abord saisi par son énergie, puis rapidement, j’ai pu apprécier sa bonne compréhension des besoins du client, et la détermination dont il faisait preuve pour y répondre. Il sait se montrer créatif dans les solutions proposées, est pointu techniquement tout en comprenant le contexte business de la transaction. Des qualités qui lui ont permis de construire de solides relations avec ses clients, comme avec des confrères.»
Son recrutement, concomitamment à celui de l’ancien magistrat Christophe Ingrain, en contentieux et droit pénal, et d’Henri de Savoie, spécialiste du droit public à l’époque chez Skadden, marque aussi un renouvellement générationnel au sein du cabinet. L’évolution est suivie avec attention, le jeune associé doit faire ses preuves : «Le marché nous attendait un peu au tournant», reconnaît-il. Mais très vite, les belles opérations s’enchaînent, souvent traitées main dans la main avec les autres associés. C’est le cas notamment d’un dossier pour Casino. Le groupe de grande distribution est alors en conflit avec Alberto Diniz, avec lequel il partage le contrôle du principal distributeur brésilien. L’homme d’affaires tente à l’époque un rapprochement avec Carrefour Brésil, contre la volonté de son partenaire. «Le cabinet traitait tous les aspects du dossier, M&A et contentieux, piloté notamment avec Jean-Michel Darrois et Emmanuel Brochier, relate Bertrand Cardi. C’est ainsi qu’un jour Emmanuel rentre dans mon bureau et me demande de l’accompagner tout de suite au tribunal pour défendre le client.» Ce sera le début d’une belle coopération avec l’équipe contentieux du cabinet.
Quelques mois plus tard, dans le courant de l’année 2012, c’est avec Alain Maillot qu’il suit la réorganisation de l’ex-EADS. Le futur groupe Airbus œuvre alors à sa réorganisation et finit par adopter une nouvelle gouvernance réduisant de moitié la présence des Etats français, allemand et espagnol à son capital. Le fruit de très longues discussions entre les parties, nombreuses, et leurs conseils. «Ce fut des séances de négociations mémorables. Alain a même dormi par terre, sur le sol du bureau d’un confrère», se remémore-t-il amusé, avant d’ajouter que lui-même, ayant la chance de vivre à deux pas des fameux locaux, a pu bénéficier d’un peu plus de confort pour ses quelques heures de sommeil…
Le sens du collectif
Ces collaborations avec les fondateurs du cabinet, tout comme avec les autres associés, ainsi que des confrères qui l’inspirent, représentent une vraie richesse pour ce professionnel du droit : «Les clients sont aujourd’hui plus à la recherche d’équipes chevronnées que d’individus, affirme-t-il. Un cabinet a besoin de plusieurs locomotives, et c’est notamment ce que nous tentons d’offrir avec Marcus Billam (arrivé en 2015) et nos autres associés très réputés sur le marché, tant en corporate que dans les autres pratiques.» Un état d’esprit apprécié de ses clients qui lui font preuve de fidélité : «Il est ouvert au dialogue et à l’échange de points de vue, même quand ces derniers sont différents du sien, souligne Jacques Dumas. Nous avons construit une relation de confiance, favorisée aussi par l’environnement de son cabinet.»
Ce sens du collectif se retrouve également dans son engagement associatif pour la fondation de HEC, dont il est administrateur. Outre un accompagnement pro bono sur différents sujets juridiques de l’école de commerce, ce père de deux enfants a œuvré avec l’une de ses meilleures amies, Valérie Colloredo, également ancienne de l’école, à la création de la fondation 104, qui offre un soutien financier et un mentorat aux étudiants issus de milieux populaires. «Nous sommes deux provinciaux ayant bénéficié de la méritocratie à la française, analyse Laurence Debroux, elle-même membre du conseil d’administration de l’établissement supérieur. S’investir auprès de l’école, c’est une manière de rendre un peu ce que nous avons reçu.»
Un investissement associatif qui doit prendre place dans un agenda bien chargé. Ces derniers mois ont en effet été particulièrement intenses pour cet expert du corporate, intervenant entre autres sur le rapprochement entre Capgemini et Altran, la scission de TechnipFMC, l’opération Alstom pour Bouygues ou encore la tentative de fusion entre Renault et Fiat, ainsi que sur un certain nombre de dossiers concernant des approches d’émetteurs cotés non sollicitées ou d’activisme actionnarial. De quoi assurer à l’associé une diversité de clients et de typologies de dossiers qui lui donne aussi l’occasion de traverser les frontières : «Je n’ai jamais fait autant d’international que depuis que j’exerce au sein de Darrois», souligne-t-il.
De ses voyages d’affaires, il rapporte parfois quelques œuvres d’art complétant sa collection personnelle de photographies. Son bureau témoigne d’ailleurs de sa passion, qu’il partage avec son épouse, une ancienne avocate ayant monté sa start-up dans le digital. De nombreux clichés, provenant généralement d’autres continents, ornent les murs, comme l’image de cette femme noire avec son bébé, ou cette photographie représentant une mère africaine avec ses quatre enfants. Des œuvres des artistes maliens Malick Sidibé et Seydou Keïta, nous apprend-il. Et quelques mètres plus loin, posé sur le coin d’une table, un livre offrant une rétrospective du travail de Bettina Rheims, l’épouse de Jean-Michel Darrois. Autant d’œuvres qui viennent sans doute aiguiser l’œil de ce professionnel du droit dont le seul souhait pour la suite est de «continuer à s’amuser en travaillant».