L’avocat de l’année

David Aknin imprime sa marque dans le M&A

Publié le 30 novembre 2018 à 10h37    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h55

C’est donc David Aknin qui remporte en 2018 le titre d’avocat de l’année dans la pratique M&A. Les suffrages de la profession viennent saluer non seulement une année exceptionnelle mais aussi les 15 ans chez Weil Gotshal & Manges d’un professionnel respecté.

Un large sourire accueille le visiteur, rapidement suivi d’une poignée de main franche et d’une invitation à s’asseoir sur une confortable banquette, devant une petite table basse en bois. Pour la discussion, David Aknin préfère le coin salon de son vaste bureau. Notre avocat de l’année ne quitte ni la veste et encore moins la cravate – nouveau statut oblige ? – mais sait très bien se jouer des convenances. A l’image des deux tableaux de Bob Thomson, un peintre noir américain des années 1960, accrochés aux murs de la pièce, dont les aplats de couleurs vives tranchent avec les boiseries et moulures de l’hôtel particulier un brin austère qui héberge l’équipe de Weil, à quelques encablures du parc Monceau. Lorsqu’il décrit son parcours scolaire «très classique», David Aknin le fait dans son style, décontracté et volubile, avec une pointe d’ironie. Une fois le baccalauréat en poche, il met de côté ses premières envies de professeur d’histoire et opte pour le droit, une voie généraliste qui devait lui permettre de «décider plus tard». A l’heure du choix, son goût de la technicité le fait pencher vers la fiscalité, et c’est au sein de cette pratique qu’il commence sa carrière dans l’équipe de Linklaters à Londres. Nous sommes en 1992. Le cabinet anglo-saxon, membre du «magic circle», nourrit alors l’ambition de se développer à Paris et fait le choix de ce jeune diplômé, encore malléable, pour le former «à la sauce british» et le renvoyer en France une fois son stage de deux ans achevé. De retour à Paris, le jeune avocat, vacciné contre la grisaille, vit son baptême du feu avec l’entrée de Vodafone au capital de SFR. Malheur à celui qui avait laissé traîner ce dossier sur un coin de bureau le temps de ses vacances, il ne l’a plus revu. David Aknin gravit les échelons, porté par le dynamisme du M&A dans la deuxième partie des années 1990. Il devient associé en 2000. «C’était le temps des grandes batailles boursières, se souvient-il. La période était propice au M&A et beaucoup ont vu leur carrière s’accélérer à ce moment-là.» On le retrouve ensuite sur l’acquisition de Legrand, que Schneider a vendu à Wendel allié au fonds américain KKR, un deal à 5 milliards d’euros.

Nouvelle dimension

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Associé, il participe dorénavant aux décisions stratégiques du cabinet, portant leurs lots de discussions et parfois de désaccords profonds, notamment à propos des nominations de nouveaux partners. Homme de compromis, il sait aussi trancher et décide «en à peine 15 jours» de quitter sa première maison. «Il faut savoir couper le cordon quand les choses ne vont plus, explique-t-il, quitte à se mettre en danger. En tant qu’avocat, nous avons une aversion profonde pour le risque, notre formation nous pousse à le limiter au maximum. Mais à ce moment-là, il fallait le prendre.» Nous sommes en 2003. Le cabinet américain Weil Gotshal & Manges vient de planter un drapeau en France. L’associé fondateur du bureau parisien, Claude Serra, accueille David Aknin et son équipe composée de cinq avocats. Trois d’entre eux, Emmanuelle Henry, Jean Beauchataud et Alexandre Duguay, sont aujourd’hui associés. Les jeunes recrues fraîchement débarquées donnent une impulsion nouvelle, développant notamment l’activité private equity, qui offre davantage de fréquence et de récurrence des opérations. David Aknin essaye aussi de sentir et d’anticiper les tendances de marché. A titre d’exemple, l’activité de restructuring est prête dès 2008, ce qui conduira Weil à mener la plupart des opérations de place. En vrac : Terreal, SGD, Sequana, Camaïeu et encore récemment Fraikin.

Grâce au private equity, David Aknin développe le M&A plus traditionnel, sa clientèle de fonds attirant les industriels désireux d’appliquer les mêmes méthodes. Quand Patrick Kron vient le voir pour lancer la cession de la division énergie d’Alstom, il veut mener cette opération «en mode commando» comme le ferait un fonds d’investissement. Ce «très beau dossier, un des plus marquants en France ces dernières années» est vivement critiqué à l’époque, le politique voyant d’un très mauvais œil le départ outre-Atlantique d’un fleuron national. General Electric, en effet, emporte en effet le morceau avec une offre ferme pour une valorisation de 12,35 milliards d’euros, devant l’Allemand Siemens allié à Mitsubishi, qui ne souhaite reprendre que certaines activités. Quatre ans plus tard, d’aucuns saluent un deal pertinent pour Alstom et bien ficelé par ses conseils : GE devrait déprécier la quasi-totalité, ou presque, du goodwill figurant dans les comptes au titre de GE Power. Une ligne à 23 milliards de dollars, héritée en partie d’Alstom.

Préparer l’avenir

Cette convergence du private equity et du M&A traditionnel, comme la présence plus fréquente d’acquéreurs étrangers, David Aknin la retrouve dans un nombre croissant d’opérations, que ce soit Club Méditerranée acheté en 2015 par le conglomérat chinois Fosun ou bien Sanofi qu’il a conseillé cette année sur la cession de Zentiva, son activité génériques en Europe, Russie et Turquie, au fonds d’investissement américain Advent. A l’entendre, l’attrait des investisseurs pour le non-coté n’est pas près de diminuer. L’avocat constate, en effet, une désaffection progressive pour la bourse, malmenant les sociétés en leur imposant trop souvent une courte vue, en plus d’un régulateur contraignant et d’activistes menaçants. «Auparavant, explique-t-il, l’entrée en bourse pouvait permettre de valoriser davantage une entreprise. Aujourd’hui, la valorisation des sociétés non cotées est supérieure et les investisseurs privés se bousculent pour investir en capital et soutenir leur croissance. Je pense donc que nous allons vers moins d’IPO et plus de retraits de cote.»

David Aknin se dit attentif à la montée en compétence des collaborateurs et au développement de ses associés, les plus jeunes notamment, qu’il aide à s’affirmer comme des incontournables dans leur domaine. Après 15 années chez Weil, il est admiratif de ce qui a été accompli par chacun et très heureux de poursuivre cette aventure collective. La matière première le passionne toujours autant, et son regard sur le métier semble aussi enthousiaste qu’à ses débuts. «J’exerce un métier dans lequel je m’épanouis réellement et qui m’a permis, je ne l’oublie pas, d’accéder à une situation très confortable. Je n’ai pas hérité d’une charge, je suis en fait le seul avocat de la famille. Dans notre métier, l’accompagnement de clients dans ce qui est peut-être l’opération d’une vie est à la fois une grande responsabilité et aussi une source de motivation très forte, grisante même. Cela joue souvent sur l’estime de soi, parfois sur l’ego, mais, malgré la compétition, la confraternité entre avocats demeure très forte.»

L’école du Caravage

De retour à la maison, David Aknin s’attelle volontiers à la rédaction de fiches d’histoire ou de philosophie pour son aînée, étudiante en classe préparatoire. Laissant à ses enfants le libre choix dans leur future carrière, les incitant à l’épanouissement culturel, les motivant au dessin et à l’aquarelle, il leur enseigne aussi les fondamentaux du droit, à sa manière toujours, laissant par exemple la série Netflix «The People v. OJ Simpson» traiter en maître le volet pénal. Au droit est venue s’ajouter au fil des années une autre passion, irrépressible et envahissante : l’art, sous toutes ses formes, auquel l’avocat prête un amour sincère. Admirateur de Simon Vouet, il se passionne notamment pour la période baroque et pourrait deviser à l’envi sur les caravagesques, autant que sur certains artistes américains contemporains, avec des détours par de grands maîtres comme Vélasquez, Ingres ou Goya, qu’il convoque volontiers avec Francis Bacon. «Je suis amateur mais aussi acheteur compulsif, confesse David Aknin. Des photos, des œuvres d’art… ma collection est éclectique, même si l’on retrouve dans beaucoup d’œuvres des aplats de couleurs, que j’affectionne particulièrement. Je vais dans les ventes aux enchères, dans des galeries et surtout dans des foires.» L’avocat a garni son bureau de tableaux, et s’attaque à tous les murs vides du cabinet, couloirs, salles de réunion... De préférence le week-end, pour s’éviter soupirs voire réprobations de ses associés, toujours à trouver qu’il y en a trop, que telle photo n’est pas engageante, voire carrément déprimante, que telle acquisition récente mettant en scène un individu pointant un revolver en direction d’un autre aurait peut-être sa place ailleurs que dans la grande salle de réunion. Encore un tour que joue David Aknin, avec une malice gourmande, à son petit monde, affirmant son style, imposant sa patte.

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