M&A - L'avocat de l'année 2020

Hubert Segain, le voyageur

Publié le 2 novembre 2020 à 15h55    Mis à jour le 3 novembre 2020 à 17h52

Dans le cadre professionnel comme lors de ses escapades à l’étranger, Hubert Segain privilégie le collectif et le mélange des cultures. Portrait d’un avocat au plus près des autres.

C’est avec le sourire aux lèvres qu’Hubert Segain fait irruption dans la salle de réunion. Décontracté, l’associé de 49 ans aborde l’exercice du portrait comme il semble avoir appréhendé toute sa carrière : avec enthousiasme et modestie. Une carrière qui a néanmoins fait de lui l’un des spécialistes du M&A les plus reconnus sur la place de Paris mais pas seulement, comme en témoignent les classements de Chambers, Legal 500 et Best Lawyers entre autres. Au départ, pourtant, rien n’était tracé. Sans réseau et avec pour seule envie celle d’arpenter le globe avec un sac à dos, l’associé de la firme Herbert Smith Freehills a entamé des études de droit à Assas par hasard. Mais très rapidement, il apprivoise la matière et commence à nourrir avec son groupe d’amis de l’époque des ambitions solides. Le train est en marche.

Envie d’ailleurs

En maîtrise, son goût des voyages le rattrape. Hubert Segain décide alors de partir faire la deuxième moitié de son cycle à Madrid, grâce au programme Erasmus. Un dépaysement tout en douceur et sans barrière linguistique, puisqu’il avait vécu au Mexique de ses sept ans à ses treize ans. «Mon père, qui travaillait dans le marketing, avait été muté là-bas. A notre retour, mes parents s’inquiétaient pour moi car mon français était devenu très limite. Je leur répétais que je souhaitais prendre la nationalité mexicaine», raconte-t-il en riant. L’étudiant rentre ensuite en France. Un DEA de droit privé à la Sorbonne et un autre de droit des affaires à Assas plus tard, il passe le barreau puis intègre en 1998 l’équipe de Jacques Buhart au sein du cabinet Coudert Frères. «J’ai débuté par deux nuits blanches consécutives, se rappelle-t-il, amusé. Je me suis immédiatement retrouvé au cœur de négociations aux côtés de Jacques Buhart, alors que je n’avais aucune expérience. C’est une expérience qui marque. Et surtout, cela m’a conforté dans l’idée que je souhaitais faire du M&A. Une fois que l’on reçoit cette piqûre d’adrénaline, il est difficile de faire marche arrière.» Mais au bout d’un an et demi, alors que le cabinet connaît une période faste, l’envie d’ailleurs le taraude une nouvelle fois. Il met alors le cap vers les Etats-Unis pour entamer un troisième cycle au sein de la prestigieuse Yale Law School, à l’issue duquel il reçoit une bourse d’études Fulbright. «Cela a été une expérience incroyable, assure-t-il. Quelque part, j’ai regretté d’avoir découvert cela si tard. La façon d’enseigner et l’empathie des professeurs à l’égard des élèves, les moyens de l’université, l’ambiance entre les élèves, tout m’a plu.» A tel point qu’à l’issue de son cursus, Hubert Segain décide de passer le barreau de New York et de rester encore quelque temps là-bas. «Mon objectif était d’intégrer un cabinet américain en tant qu’US lawyer, et que l’on oublie que j’étais français. Je voulais recommencer à zéro.» Cette nouvelle chance lui est donnée en 2000 par le cabinet Simpson Thacher & Bartlett, «l’une des plus belles maisons de M&A au monde». «On se retrouve dans le grand bain», assure l’avocat, avant d’ajouter en riant : «Les tout premiers mois, lorsque je rentrais chez moi le soir, je répétais à ma femme qu’ils allaient finir par regretter de m’avoir fait confiance.»

Aventures humaines

Ses craintes ne se sont jamais matérialisées. Au bout de deux ans, le cabinet l’envoie même à Hong Kong au sein de l’équipe corporate, où Hubert Segain enchaîne les deals en M&A et marchés de capitaux. Mais après quelque temps, ce père de famille finit par ressentir le besoin de revenir à une culture et un environnement plus familiers. Après un passage de deux ans au sein du bureau londonien de Simpson Thacher & Bartlett, il finit par intégrer Herbert Smith à Londres en 2005. «J’ai immédiatement perçu ce qu’il était capable de faire, raconte à son sujet James Palmer, senior partner de la firme. C’est un excellent avocat, passionné, avec une grande capacité d’analyse et une stratégie à toute épreuve. Nous n’avions aucun doute quant au fait qu’il deviendrait rapidement associé.» Ce sera chose faite en 2008 au sein du bureau de Paris, qu’Hubert Segain avait rejoint en 2006 en qualité de collaborateur. Depuis 2012, l’avocat dirige en outre le département corporate à Paris. Spécialisé en M&A, droit boursier, marchés de capitaux et gouvernance d’entreprises, il compte parmi ses clients de grands groupes industriels, des institutions financières et des fonds d’investissement. Très récemment, il a notamment accompagné le groupe Altran Technologies dans le cadre de l’OPA initiée par Capgemini pour un montant de 4,8 milliards d’euros. «C’était un dossier intéressant et innovant, qui mêlait à la fois des aspects M&A, concurrence, gouvernance et droit social», décrit celui qui confie n’aimer rien tant que de se retrouver au cœur de diverses problématiques juridiques… et en harmonie avec ses équipes et ses clients, comme ce fut également le cas sur la restructuration de la dette de Theolia en 2014. «J’aime créer des interactions entre les gens, que l’on soit sur le même bateau avec un équipage resserré qui s’entend bien. C’est cela qui m’amuse le plus et qui me fait aimer autant le M&A.» Un fonctionnement sur deux jambes, le «relationship» et le «deal-making», que décrit également Sophie Brézin, associée en droit du travail chez Herbert Smith Freehills Paris qui a notamment travaillé à ses côtés sur le deal Capgemini/Altran. «C’est un excellent chef d’orchestre qui sait faire travailler tout le monde ensemble, affirme-t-elle. Il sait nouer de véritables relations de proximité avec ses équipes et ses clients, et lorsqu’il y a des moments difficiles sur un deal, il est celui qui absorbe les tensions, trouve des solutions et apporte de la légèreté.»

Cosmopolite

Quatre ans seulement après sa nomination en qualité d’associé, il se voit proposer de prendre les rênes du bureau de Paris. Une fonction qu’il occupera jusqu’en 2016 avant de passer la main à Frédéric Bouvet, l’actuel managing partner. «L’objectif principal de mon mandat était de mettre à plat la gouvernance, explique Hubert Segain. On a créé à ce moment-là un conseil d’administration dans lequel les différentes pratiques sont représentées, avec un système de fonctionnement transparent et collégial. Cela a très bien marché, et nous avons aujourd’hui une gouvernance très apaisée. Par ailleurs, j’ai tenté, lorsque je le pouvais, de donner l’impulsion aux associés pour qu’ils travaillent ensemble le plus souvent possible.» Un management par le collectif et l’empathie qu’ont majoritairement apprécié les membres du cabinet. «C’était un managing partner très légitime, qui avait conservé son activité pleine et entière, atteste Sophie Brézin. Il a su faire confiance aux gens et les responsabiliser. Puis il a eu le mérite de retourner à ses seuls dossiers lorsque le moment lui a semblé opportun.» Car si les avocats du barreau de Paris ont salué son leadership, ses clients, eux, souhaitaient l’avoir à 100 % à leurs côtés. «Ce qui m’intéresse le plus, finalement, c’est de créer des relations sur le long terme avec les clients et de les développer», souligne Hubert Segain. Parmi eux Donatien de Longeaux, directeur des affaires juridiques au sein du groupe UBS. «C’est un avocat qui a toujours agi en respectant les différences au sein de notre groupe. Jongler avec les particularités culturelles des uns et des autres, c’est un peu sa marque de fabrique, confie ce dernier. Par ailleurs, il sait faire adhérer ses clients à ses idées et inscrire les relations dans la durée.»

S’il avoue avoir eu un peu peur que tout s’arrête durablement à l’annonce du confinement, Hubert Segain affirme être actuellement très occupé. «Au moment de la crise de 2008, le bureau de Paris a décidé de ne pas se focaliser sur le private equity et de se concentrer sur les clients avec une activité industrielle, de services ou financière. C’est ce qui nous permet aujourd’hui d’avoir un rythme de travail soutenu, car eux continuent à vendre et à acheter, analyse-t-il. Il y a certes une baisse du M&A à Paris, mais je pense que d’ici la fin de l’année, nous allons assister à une reprise qui va se poursuivre l’année prochaine.» En attendant, l’avocat siège également depuis mai dernier au sein du conseil d’administration de la firme au niveau mondial. Une nouvelle responsabilité qui, sans être trop chronophage, lui permet de garder un œil sur les chiffres et la stratégie à l’échelle internationale. «Le mot transnational est fait pour lui, commente James Palmer. Outre ses fonctions, il est reconnu et apprécié par les différents associés de la firme à travers le monde.» Au final, que manque-t-il aujourd’hui à cet avocat résolument cosmopolite et touche-à-tout ? «Les voyages un peu “roots”, comme celui que j’ai pu faire il y a deux ans en Mongolie, soupire-t-il. J’avais visité le pays en partie à moto, en m’arrêtant dormir chez l’habitant. J’aurais aimé visiter de la même manière le Kurdistan, mais au-delà du contexte sanitaire, il est difficile de concilier ce type de voyage avec mon métier.» Un obstacle qu’il parvient néanmoins à surmonter de temps en temps en déléguant ses dossiers à ses associés, pour mieux reprendre la main ensuite. La confiance, toujours. 

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