Face à l’augmentation massive du nombre de dossiers de fusions-acquisitions, les avocats ont dû s’organiser. Tout d’abord en interne, ils ont joué à plein du partage de dossiers entre les équipes en impliquant au maximum les avocats en droit de la concurrence. Une spécialité qui fait désormais partie des questions stratégiques visées par les hautes sphères des clients. Tiré par les opérations large cap, le marché du smid cap a connu une belle reprise imposant aux cabinets de renforcer leurs effectifs. C’est un véritable mercato qui s’est alors organisé à Paris durant plusieurs semaines. La rédaction d’Option Droit & Affaires fait le point sur douze mois d’activité.
* Responsables de pratique
Les cabinets ayant une pratique reconnue en fusions-acquisitions mais n’ayant pas répondu à l’enquête d’Option Droit & Affaires (les cabinets sont cités par ordre alphabétique)
Aramis, Archers, Ashurst, Brandford Griffith, Cabinet Bompoint, Chammas & Marcheteau, Cohen Amir-Aslani, Courtois Lebel, Davis Polk & Wardwell, De Gaulle Fleurance & Associés, Dethomas Peltier Juvigny & Associés, DS Avocats, Eversheds, Fidal, Goodwin, K&L Gates, Lamartine Conseil, Latournerie Wolfrom Avocats, McDermott Will & Emery, Norton Rose Fulbright, Olswang, Orsay, Reinhart Marville Torre, Viguié Schmidt, Villey, Girard Grolleaud, Winston & Strawn
* Responsables de pratique
M&A : le marché des avocats en ébullition
Le marché du M&A a indéniablement repris. L’ensemble des avocats d’affaires fait état d’une augmentation massive du nombre de dossiers traités, qu’ils soient small, mid ou large cap. L’étude du Boston Consulting Group (BCG) publiée au mois d’août dernier confirme cette tendance en concluant à une forte hausse du M&A en 2015 de 40 % de la valorisation totale des contrats. Selon l’étude, les entreprises étaient en moyenne valorisées 14 fois leur Ebitda, soit 1,5 point de plus qu’en 2014. Si le BCG craignait l’apparition d’une bulle fin 2015, une baisse d’activité de 25 % ainsi qu’une succession de deals avortés au début de l’année 2016 ont apaisé les tensions. Dans le même sens, Thomson Reuters relève que depuis le début de l’année, le montant des projets abandonnés atteint 668,3 milliards de dollars.
Une tendance à la concentration des secteurs
Dans l’environnement économique actuel, le principal moyen pour une entreprise pour augmenter sa valeur est de se tourner vers la croissance externe. Or la tendance est aujourd’hui à la concentration de certains secteurs au niveau mondial. Le rapprochement entre Monsanto et Bayer en est l'un des derniers exemples. Après la création de Syngenta ChemChina et le mariage entre DuPont et Dow, cette dernière fusion entraînera le contrôle par trois groupes du marché international des semences et des moyens de subsistance. La France n’échappe pas à cette tendance, notamment au niveau du secteur des télécoms, de la santé, des transports et de la logistique, de la défense et de l’aéronautique, ou encore de la distribution. Des rapprochements qui impliquent le traitement de plus en plus minutieux de questions de droit de la concurrence et l’implication des équipes d’avocats spécialisées dès l’amont du dossier. Le marché a en effet souffert de la surveillance accrue des autorités anti-trust qui a entraîné l’échec de plusieurs opérations d’envergure comme le rapprochement de Staples et d’Office Depot, ou la fusion de Baker Hughes et Halliburton.
La grande majorité des avocats reconnaissent aujourd’hui que le droit de la concurrence fait partie des questions stratégiques visées par les hautes sphères de l’entreprise cliente. Plusieurs cabinets font d’ailleurs valoir une proximité entre les équipes corporate et de concurrence. On notera d’ailleurs le renforcement de l’offre concurrentielle chez White & Case avec l’arrivée de Yann Utzschneider en provenance de Gide Loyrette Nouel. Il intervient en droit de la concurrence et des concentrations, avec une forte expertise en matière d’enquêtes réglementaires, d’ententes, en droit économique, de la distribution et de la consommation. Chez BDGS Associés, l’équipe corporate qui signe une nouvelle année exemplaire – et dont l’associé Jean-Emmanuel Skovron a été élu avocat de l’année en M&A – a été marquée par le renforcement de son offre concurrentielle avec l’arrivée de Maria Trabucchi en provenance de Freshfields Bruckhaus Deringer. AyacheSalama a pour sa part recruté Frédéric Fuchs pour fonder un nouveau département concurrence. Tandis que Marie Hindré a intégré Altana et qu’Emmanuel Durand a rejoint De Pardieu Brocas Maffei. Des mouvements qui s’expliquent aussi par une sévérité accrue de l’Autorité de la concurrence française et de la Commission européenne, justifiant de plus en plus souvent la présence d’avocats expérimentés, notamment dans le cas de perquisitions comme celle subie par SFR, qui se voit reprocher d’avoir fusionné en 2014 avec Numéricable avant d’avoir obtenu son sésame.
Ces mêmes équipes sont également impliquées dans la partie réglementaire des opérations transfrontalières. Rappelons en effet que le flux des étrangers acquéreurs de cibles françaises a également connu une forte accélération durant les derniers mois. Or depuis le décret dit «Montebourg», les investissements étrangers dans certains secteurs (dont la liste serait appréciée de façon extensive) doivent faire l’objet d’une autorisation préalable de Bercy. Ce système administratif, que certains avocats dénoncent comme désorganisé pour les dossiers de taille significative impliquant plusieurs ministères, nécessite une bonne connaissance des rouages de l’administration pour faire accélérer le traitement des demandes. Or quelques équipes françaises sortent du lot, comme celles de Darrois Villey Maillot Brochier ou de Bredin Prat. Un savoir-faire apprécié de leurs équipes corporate. Le travail en équipes n’a jamais été aussi efficace sur les dossiers de fusions et d’acquisitions. Mais certains s’inquiètent d’un ralentissement du traitement des dossiers dû aux élections présidentielles de 2017 qui commenceraient déjà à désorganiser, voire à démotiver les services administratifs.
Le Brexit pourrait faire les affaires des firmes américaines
Autre source d’inquiétude pour les avocats : le référendum britannique de juin dernier se prononçant en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Si après cette annonce, plusieurs opérations de M&A ont été suspendues (des recours à des MAC clauses ont même été annoncés dans certains deals), les inquiétudes sont néanmoins assez rapidement retombées en France. Certes l’indice Deal Flow Predictor, publié mi-septembre, démontre que le nombre d’opérations en négociation a chuté au deuxième trimestre de 1,4 % en rythme annuel au Royaume-Uni, à contre-courant de l’ensemble de la zone EMEA qui affiche une hausse de 15,7 % du volume de transactions en phase initiale. Mais il semble que ce ralentissement soit pour l’instant cantonné outre-Manche. Les avocats ont retrouvé la confiance. Même les bureaux parisiens des cabinets d’origine anglaise ne se disent pas impactés. Force est de reconnaître que la plupart d’entre eux initient leurs propres dossiers lorsque le marché est actif comme à l’heure actuelle. Cependant des mouvements d’associés, voire d’équipes d’avocats, ne sont pas à sous-estimer. Rappelons en effet que la baisse de la livre a déjà un impact notable sur la rémunération des associés. Or si la quasi-totalité des avocats affirment haut et fort ne pas être intéressés par l’argent, la rédaction s’attend tout de même à quelques mouvements. Et comme maisons d’accueil, la plupart d’entre eux pourraient être tentés de rejoindre des firmes américaines offrant des rétrocessions d’honoraires attractives. Orrick Rambaud Martel a ainsi été rejoint par Patrick Tardivy, associé M&A en provenance de Freshfields Bruckhaus Deringer. Kramer Levin a été marqué par l’arrivée d’Arnaud Guérin, accompagné de son équipe, issus de Gowling. La quasi-totalité des associés de l’équipe corporate de King & Wood Mallesons a pour sa part choisi d’ouvrir le bureau parisien de l’Américain Goodwin.
Les firmes américaines ont clairement le vent en poupe. Ainsi en est-il de Mayer Brown qui avait renforcé son équipe M&A avec les arrivées, il y a un peu plus d’un an, de Jean-François Louit et d’Arnaud Pérès. Une véritable réussite pour le bureau parisien qui travaille par exemple désormais avec Altice en juridique. L’un des clients de l’équipe loue «leur disponibilité, leur réactivité, leurs compétences techniques pointues et leurs réflexions». Dechert clôture également une excellente année en fusions-acquisitions et a été rejoint par deux associés spécialisés en boursier : Laurent Faugérolas et Charles Cardon.
Les cabinets mid cap à l’assaut du marché
Les opérations large cap, âprement décortiquées dans la presse, ont cette année encore tiré le marché du mid cap vers le haut. Une augmentation du nombre de dossiers qui a justifié le renforcement de nombreuses équipes qui parfois, pendant la crise, avaient réduit les effectifs. On ne manquera bien sûr pas de citer les arrivées de Philippe Rosenpick et Isabelle Buffard-Bastide chez Desfilis qui, après une année d’exercice, ont réussi à faire pousser des ailes au cabinet. L’un de ses clients témoigne : «L’équipe du cabinet Desfilis s’est attachée à défendre nos intérêts tout en évitant les querelles et débats stériles avec les autres cabinets. L’équipe était compétente, disponible et a parfaitement répondu à nos attentes.» On aura également noté l’arrivée il y a un an de Nicolas Morelli chez Bird & Bird qui présente un profil restructuring mais intervient également sur des opérations de fusions-acquisitions plus classiques. Neil Robertson a pour sa part quitté CBR Law (dont il était l’un des associés fondateurs) pour développer l’offre de M&A international chez Bignon Lebray. Nova Partners a accueilli Loïc-Emmanuel Pellegrino, en provenance d’Axten. Osborne Clarke a pour sa part coopté Stéphane Catays, chargé de développer la pratique fusions-acquisitions avec un angle immobilier. L’un des clients de la firme note «l’efficacité et l’écoute de l’équipe qui présente de vraies expertises et une bonne compréhension des enjeux de l’entreprise». Alexandra Rohmert a pour sa part été cooptée au rang d’associé de CMS Bureau Francis Lefebvre. Brunswick a été marqué par l’arrivée d’Alban Van de Vyver en septembre dernier. Il intervient en fusions-acquisitions et capital investissement, notamment dans les secteurs des biotechs, de la santé, des nouvelles technologies ainsi qu’en grande distribution, médias et énergie. Autre mouvement du marché : le cabinet Volt Associés qui a ouvert ses portes en février dernier, fondé par des anciens partners de Reed Smith. Emmanuel Vergnaud et Lucas d’Orgeval interviennent en matière transactionnelle, plutôt sur le marché du smid cap.
La rédaction d’Option Droit & Affaires a par ailleurs noté la montée en gamme de plusieurs cabinets durant l’année. August Debouzy par exemple, qui signe une excellente année en s’imposant sur des deals large cap comme le rapprochement avorté de Bouygues et d’Orange. Son positionnement reste cependant principalement en mid cap, justifiant dès lors son maintien dans le tableau des acteurs intervenant majoritairement sur des opérations inférieures à 200 millions d’euros. Même remarque pour Franklin, dont le client fidèle Altice lui a permis de s’imposer sur plusieurs dossiers large cap, mais qui maintient majoritairement un positionnement mid cap. Le cabinet Pinsent Masons a également fait état d’un haut niveau d’activité auprès de nouveaux clients prestigieux.
Le bon positionnement des cabinets français en large cap
En revanche, les cabinets Hogan Lovells et Paul Hastings ont cette année réussi à s’imposer sur un nombre important d’opérations large cap, justifiant dès lors de monter de tableau. Une montée en gamme qui sera sans nul doute confirmée l’an prochain eu égard au niveau des équipes et à la satisfaction des clients. Le cabinet Hogan Lovells a notamment été très bien noté par l’un de ses clients qui a témoigné auprès de la rédaction : «Nous avons apprécié leur très grande disponibilité, leur réactivité à prendre en main le dossier dans des délais courts, leur approche business et leur capacité à nous accompagner très efficacement dans les négociations avec le vendeur et ses conseils. Ils ont pleinement répondu à l’ensemble de nos attentes et nous aurons grand plaisir à retravailler avec eux sur une prochaine acquisition.»
Toujours en large cap, la rédaction a remarqué la forte montée en gamme de l’équipe corporate de Gide Loyrette Nouel qui, après quelques années un peu plus compliquées, fait son grand retour parmi les acteurs du premier cercle du marché. De son côté, le cabinet De Pardieu Brocas Maffei confirme son excellent niveau M&A, avec des opérations remarquées tant au niveau français qu’au niveau international. Le cabinet a annoncé la cooptation de Frédéric Kelleren début d’année 2016 et devrait continuer à augmenter la taille de son équipe d’associés dans les prochains mois. Des performances qui rassurent sur l’avenir et la compétitivité des cabinets français dans l’Hexagone.
Une méthodologie transparente pour l’établissement des classements
Méthodologie de classement propre au M&A
Option Droit & Affaires a ici entendu classer les cabinets d’avocats intervenant sur des opérations de fusions-acquisitions corporate (à l’exclusion du private equity, du capital risque et du capital développement qui feront l’objet de classements dans la prochaine édition, à paraître en décembre 2016).
Le classement des cabinets a été divisé en deux tableaux correspondant aux principaux segments de valeurs d’entreprise : inférieur à 200 millions d’euros ou supérieur à 200 millions d’euros.
Les cabinets sont classés dans un seul tableau. Cela n’implique pas que certaines équipes n’ont pas de pratique sur l’autre segment de valeur. Le classement porte sur le segment de M&A sur lequel les cabinets ont effectué la majorité de leurs opérations ou se sont particulièrement illustrés sur la période considérée.
Notre méthodologie est le garant de la qualité de nos classements. Nous respectons un ensemble de procédures pour établir des classements reproduisant fidèlement l’état du marché des cabinets d’avocats d’affaires.
C’est avec cette seule méthodologie que l’équipe éditoriale d’Option Droit & Affaires construit la légitimité et l’impartialité de ses classements. Aucune interférence avec d’autres services du groupe Option Finance ne saurait être envisagée.
La méthodologie d’Option Droit & Affaires se décompose de la manière suivante :
1. envoi de questionnaires auprès des cabinets d’avocats et des directions juridiques et clients ,
2. rencontre avec chacune des équipes spécialisées d’avocats ,
3. enquête auprès des directions juridiques et des clients ,
4. enquête auprès des acteurs émérites du secteur ,
5. vérification des classements par le Cercle Montesquieu.
Envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats
Dans un premier temps, l’envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats spécialisés en la matière, nous permet de réunir les informations à jour les plus précises possibles.
Rencontre avec chacune des équipes spécialisées d’avocats
Notre équipe éditoriale rencontre chaque équipe spécialisée d’avocats afin d’approfondir les questionnaires pour une information complète et nécessaire à l’établissement de classements objectifs. Chaque entretien est organisé pour les seuls besoins du classement et demeure confidentiel.
Vérification des informations auprès des clients
Nous accordons une attention toute particulière aux informations collectées auprès des clients des cabinets d’avocats. Nous entrons donc en contact avec eux pour obtenir leur avis, confidentiel, sur le travail du cabinet avec lequel ils ont collaboré.
Nous veillons également à recueillir un maximum d’informations objectives sur leur vision du marché des avocats.
Enquête auprès des acteurs émérites du secteur
Une enquête est également menée auprès des acteurs émérites du secteur (PDG, directeurs généraux, directeurs financiers, experts judiciaires et financiers, etc…). Ils nous font ainsi bénéficier de leurs connaissances sur le marché des cabinets d’avocats, nous permettant de confronter et confirmer nos opinions et informations.
Vérification des classements par le Cercle Montesquieu
Le Cercle Montesquieu apporte son soutien à l’élaboration des classements d’Option Droit & Affaires afin de reproduire le plus fidèlement l’état du marché. Après l’enquête effectuée par la rédaction, plusieurs directeurs juridiques du Cercle Montesquieu se réunissent pour vérifier la bonne méthodologie de l’enquête et confronter leurs points de vue sur les classements réalisés. Avec ce partenariat, Option Droit & Affaires met au service des directions juridiques un outil leur permettant de bénéficier d’une source d’informations résolument fiable et indépendante concernant les cabinets d’avocats.
Classements
Nos classements couvrent la période du 1er septembre 2015 au 1er septembre 2016. Les cabinets d’avocats d’affaires sont classés de
5 étoiles à 1 étoile, 5 étoiles représentant les meilleurs cabinets dans leur domaine de spécialité. Au sein d’une même catégorie, les cabinets sont classés par ordre alphabétique.
Les critères pris en compte pour l’établissement des classements sont :
• Innovation juridique apportée au dossier et assistance au client
• Compétences techniques :
– Qualité de la prestation délivrée
– Diligence
– Implication de l’équipe auprès du client
• Nombre de dossiers traités et croissance de l’activité
• Taille des dossiers traités
• Type de clientèle (fonds d’investissement, banques d’affaires, entreprise…)
• Taille et autonomie de l’équipe