L’avocat de l’année

Marc Castagnède vise les sommets du M&A

Publié le 19 décembre 2017 à 12h26    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h56

Associé au sein d’Allen & Overy depuis 2011, Marc Castagnède s’est illustré sur nombre d’opérations. De ses débuts d’avocat d’affaires généraliste, ce passioné de montagne conserve une curiosité et une envie de se perfectionner qui entretiennent son amour du métier.

A la salle de réunion XXL et impersonnelle, Marc Castagnède a préféré le petit salon attenant. Un lieu agréable mais dénoué d’esbroufe à l’image de cet homme calme et posé qui se livre avec douceur et pudeur. Sa quiétude apparente ne doit toutefois pas masquer une certaine détermination qui l’a conduit à devenir l’un des associés phares du M&A.

D’origine bordelaise, Marc Castagnède grandit aux Antilles. Les eaux turquoise de l’archipel lui donnent envie d’être océanographe. «Mais j’ai rapidement compris que mon niveau en mathématiques ne me permettait pas de suivre cette voie», explique-t-il. Il se tourne alors vers des études de droit, certainement inspiré par son père Bernard Castagnède, fiscaliste, et intègre l’université Panthéon-Sorbonne. A sa sortie en 1991, un DEA de droit international privé en poche, il envisage de poursuivre par un LL.M. Mais faute d’attention, il laisse passer les dates d’inscription… Cet acte manqué s’avère bénéfique puisque le jeune diplômé décroche, à 22 ans, un stage à la direction juridique du Fonds monétaire international. Accepté initialement pour un mois, il reste finalement près d’un an à Washington. Une année extraordinaire où il côtoie les différents membres de gouvernements et assiste, aux premières loges, à la reconfiguration de l’Europe de l’Est après la chute de l’URSS.

La découverte du marché parisien

Les obligations militaires le rattrapent et l’adressent à la caserne du Mont-Valérien. Ce féru de montagne, passionné de ski et de randonnée, aurait sans doute préféré prendre un peu plus de hauteur ; les quelque 161 mètres d’altitude de cette colline francilienne offrant un dépaysement pour le moins limité. Son service terminé, il repart outre-Atlantique. Son stage au FMI lui ouvre en effet les portes de la prestigieuse Harvard Law School où il effectue finalement son LL.M (1994), tout en retrouvant le soir sa fille aînée, alors âgée de quelques mois.

A l’issue du cursus, un choix s’impose : s’installer aux Etats-Unis et retourner au sein de l’institution internationale ou revenir en France. Il opte finalement pour la seconde option, découvrant par là même un marché parisien jusque-là peu connu. Le hasard des opportunités le conduit à intégrer, en 1995, Debevoise & Plimpton qui lui propose une collaboration. Le bureau français compte alors une vingtaine d’avocats. Une taille réduite qui invite à un fonctionnement quelque peu artisanal. «L’ensemble des avocats intervenaient sur tous les sujets, de l’assistance réglementaire sur les problématiques anti-trust à la négociation des deals», se souvient-il. Aux côtés d’Antoine Kirry, il traite des dossiers en M&A comme en contentieux et arbitrage.

Le duo pour éviter les egos

En 2002, l’associé américain Louis Begley le sollicite pour conseiller Dentsu lors du rachat de Bcom3 par Publicis. L’opération de 3 milliards de dollars permet au groupe de Maurice Levy de doubler de taille. Le genre de méga deal qui marque une carrière. Marc Castagnède rencontre à cette occasion plusieurs «avocats de talent» à commencer par Olivier Assant, de Bredin Prat, et Olivier Diaz, à l’époque chez Darrois Villey Maillot Brochier. Promu associé un an plus tard, il arrête progressivement le contentieux pour se concentrer sur le corporate. Mais notre avocat de l’année n’aime pas être enfermé dans des cases. Il profite de la liberté qui lui est offerte au sein Debevoise & Plimpton pour élargir sa pratique aux marchés de capitaux et au private equity. Apax Partners est ainsi un des premiers fonds à lui faire confiance : «Un de mes associés avait croisé Marc sur un dossier, il conseillait les dirigeants d’une société dans laquelle nous souhaitions investir, se souvient Bruno Candelier, directeur associé chez Apax Partners. Sur ses recommandations, je l’ai contacté pour nous accompagner lors du rapprochement entre Histoire d’Or et Marc Orian, orchestré avec Bridgepoint.» Une première collaboration réussie qui, depuis lors, est régulièrement renouvelée. «Marc est un homme fiable, posé, créatif et rigoureux, témoigne Bruno Candelier. Il sait défendre les points importants avec fermeté tout en étant constructif. J’ai une grande confiance en lui, ce qui me permet d’avancer rapidement pour réussir l’opération.» Les deals se sont enchaînés depuis, comme récemment l’acquisition du groupe Europe Snacks, cette fois accompagnée de l’équipe d’Allen & Overy avec laquelle il accompagne également d’autres fonds comme Eurazeo ou Weinberg Capital.

Le tournant Allen & Overy

Car après seize années de fidélité à Debevoise & Plimpton, cet expert en corporate ressent l’envie d’entamer une nouvelle aventure. L’arrivée de Marcus Billam chez Allen & Overy en 2010 agit un peu comme un déclencheur. Il le suit un an plus tard. «Dès mon arrivée au cabinet, j’ai ressenti un souffle nouveau et une véritable envie de développement» se souvient-il. Un premier dossier, la cession du traiteur Lenôtre par Accor à Sodexo, suivi rapidement par la vente de l’activité plâtre de Lafarge à Etex, participent à asseoir sa position au sein de sa nouvelle maison. Il fait également évoluer sa pratique du métier. De Marcus Billam, il retient notamment l’intérêt de traiter un dossier en binôme : «Le fait d’être deux associés réduit évidemment le risque d’erreur mais surtout cela oblige à se remettre en question, explique-t-il. C’est un bon moyen d’éviter les problèmes d’ego.» Il confesse d’ailleurs, sans détour, avoir enrichi son expertise en private equity avec Romy Richter, pourtant de onze ans sa cadette, tout comme il reconnaît ne pas pouvoir traiter le dossier d’Areva sans Frédéric Moreau.

Certains dossiers sont en effet d’une complexité telle qu’ils nécessitent de multiplier les talents. La réorganisation du groupe nucléaire est de ceux-là. L’équipe de Bredin Prat, conduite par Patrick Dziewolski et conseil historique de la société, se concentre sur la cession d’Areva NP à EDF et l’offre publique de retrait. Sélectionné sur un pitch, Allen & Overy gère pour sa part le processus de recapitalisation du groupe incluant la création de New Areva Holding et l’entrée des investisseurs japonais au sein de cette nouvelle structure. Problématiques de détourage, création d’une fiducie, enjeux politiques et diplomatiques, secteur stratégique soumis au contrôle des investissements étrangers, les difficultés sont nombreuses. «Marc et Frédéric ont su gérer le dossier avec beaucoup d’efficacité et de réactivité dans un contexte parfois difficile», atteste Cyril Moulin, directeur de la stratégie et des fusions-acquisitions de New Areva Holding. Il se souvient amusé de l’image de Marc Castagnède rédigeant, dans un calendrier très contraint, la première version du protocole d’investissement et du pacte d’actionnaires dans le hall de l’aéroport de Tokyo. «Il dispose d’une vraie intelligence des situations, poursuit-il. Avec son compère Frédéric Moreau, il appartient à cette catégorie d’avocats qui misent plus sur la qualité de leur travail et leur capacité à anticiper les demandes des parties adverses que sur les “effets de manche” en réunion.»

A cette force de travail s’ajoute une certaine persévérance, comme l’illustre sa relation avec Airbus pour lequel il commence à pitcher en 2008 avant de décrocher un premier dossier sept ans plus tard… Ce père de quatre enfants, âgés de 24, 21, 11 et 9 ans, n’a en effet rien perdu de son amour du métier, entretenu par une soif d’apprendre continuelle. Cette curiosité, il la tient aussi de son environnement familial : une mère professeur de français et d’histoire, puis cadre bancaire, engagée un temps dans des mouvements féministes, et un père aux multiples casquettes, à la fois avocat, professeur de droit et homme politique mais également féru d’histoire et d’art. «Le métier d’avocat est extrêmement prenant et impacte la vie privée, reconnaît-il. Quitte à faire des sacrifices, autant les faire pour quelque chose que l’on aime.»

Sa femme, dont il partage la vie depuis 18 ans, connaît bien ces contraintes. Ancienne avocate, elle a d’ailleurs quitté la robe pour devenir traductrice. Notre avocat de l’année pourrait-il en faire autant et tout arrêter ? «Pourquoi pas, s’interroge-t-il. Mais dans ce cas, le changement doit être radical. Un problème demeure toutefois, j’aime ce que je fais ! A 48 ans, je peux encore rédiger des SPA et apprécier l’exercice.» L’abandon de la vie parisienne ne semble pas être pour demain.

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