C’est l’année de la consécration pour Marcus Billam qui s’est imposé sur la majeure partie des grands dossiers de fusions-acquisitions de ces derniers mois. Fin négociateur, diplomate et discret, son professionnalisme lui vaut d’avoir été nommé avocat de l’année en M&A par ses confrères et les directeurs juridiques interrogés par la rédaction.
Marcus Billam est un avocat fidèle et impliqué. Et ses clients le lui rendent bien. La plupart d’entre eux lui font confiance depuis plus de dix ans. A l’image de Vivendi, groupe au côté duquel l’associé s’est fait remarquer en un an sur les dossiers SFR, Canal + France et GVT. «Marcus Billam est quelqu’un que l’on ne quitte pas, témoigne Sébastien Bazin, P-DG d’Accor, un autre de ses clients fidèles. Avec les groupes qu’il conseille, il a su nouer une relation de confiance et de franchise. Les rapports avec lui sont riches et précieux.» Et Frédéric Crépin, secrétaire général de Vivendi, d’ajouter : «Sa force est de bien connaître le monde de l’entreprise. Il apporte un conseil clair et pragmatique au management et, durant les négociations, il sait mettre en avant les intérêts de son client avec calme et habileté.» Professionnalisme et discrétion, tels seraient les atouts de Marcus Billam qui ressemble en effet plus à un avocat gentleman et diplomate qu’à un requin ambitieux et showman.
La magistrature comme projet de carrière
Dernier de quatre enfants, Marcus Billam est né australien. Ses parents ayant toujours apprécié l’Europe, au décès soudain de son père en 1971, sa mère a rapidement emmené la famille faire le tour du continent européen pour leur ouvrir de nouveaux horizons. Après un séjour de quelques mois à Genève, en Suisse, la petite troupe s’installe finalement sous le soleil de la ville de Grasse à partir de 1972. Marcus Billam a alors 9 ans et ne parle pas encore le français. «Nous étions inscrits dans une école semi-privée et nous avons vite appris la langue, se rappelle-t-il. Nous avons tout de suite aimé la France, son histoire, sa culture et notre intégration a été rapide.» Aujourd’hui, il reste à l’avocat un très léger accent anglais qui donne à sa voix une certaine douceur. «On l’entend uniquement lorsque je suis un peu fatigué», explique-t-il comme pour se justifier.
Après l’obtention d’un baccalauréat scientifique, Marcus Billam suit la trace de ses deux grands frères et s’installe à Paris pour ses études. «Je n’étais pas très studieux au lycée, mais j’étais toujours à l’écoute. Mes frères et ma sœur m’ont dit de m’inscrire en droit, à Assas, je l’ai fait», raconte-t-il sans plus d’argumentaire. L’étudiant est alors assez lucide pour savoir qu’il doit désormais travailler. Et évoluer dans un cadre universitaire parisien qu’il considère comme «prestigieux» lui apporte autant de satisfaction que de motivation.
Il se spécialise en droit des affaires et en fiscalité, «un peu comme tout le monde». Il a pourtant pour ambition la magistrature. «Malgré ma grande timidité à cette époque, j’aimais discuter et argumenter. Je pensais qu’une carrière de magistrat conviendrait à ma personnalité», se souvient-il. Mais pour intégrer l’Ecole nationale de la magistrature, l’étudiant doit d’abord être naturalisé français. Le sésame est finalement obtenu en 1984. Il se souvient : «J’étais très fier de devenir français, de faire partie d’un pays qui, pour ma famille et moi, a toujours été mythique.» L’étudiant s’inscrit donc en prépa-ENM et réalise plusieurs stages en cours d’appel. Il y découvre une facette de la profession qui le déçoit : le syndicalisme. «Je sortais de l’université avec des paillettes dans les yeux et un plan de carrière tracé, mais on m’a tout de suite expliqué qu’il était indispensable d’être affilié politiquement pour pouvoir accéder aux plus beaux postes», raconte-t-il. C’est une véritable douche froide. Entre les écrits et les oraux du concours, Marcus Billam évoque le sujet avec un ami de sa famille, Jean-Michel Darrois, qui lui déconseille cette voie et lui propose un stage dans son cabinet.
Formé à l’école Darrois
Marcus Billam entre au cabinet Darrois, en 1989, à l’époque du grand développement de la boutique. Il raconte : «Le cabinet comptait alors une dizaine d’avocats très proches qui enchaînaient les beaux dossiers de conseil et de contentieux. L’ambiance était extraordinaire et je me sentais presque membre d’une deuxième famille.» L’ENM est vite oubliée et le jeune juriste s’engage avec passion dans son nouveau métier et pour l’essor du cabinet. «Nous savions tous que cette expérience professionnelle serait la chance de notre vie. Nous travaillions beaucoup et bénéficiions d’un accès direct aux associés qui faisaient preuve d’une grande pédagogie à notre égard», témoigne-t-il. Son premier dossier, Marcus Billam s’en souvient encore aujourd’hui : un contrat d’armement en anglais. «Il s’agissait d’un langage extrêmement technique, que je n’avais jamais étudié à l’université. J’ai passé un week-end à analyser le contrat», au Club 55 à Saint-Tropez… «C’était l’apprentissage Darrois, l’école de la rigueur et de la richesse intellectuelle.» Passé du statut de conseil juridique à avocat en 1992, le collaborateur s’impose un dur labeur pour accéder à l’association. Et, en 1998, à tout juste 34 ans, il est le premier des cooptations internes du cabinet.
L’émancipation au profit de l’indépendance
Deux ans plus tard, Frédéric Peltier, également jeune associé de la boutique, lui propose de rejoindre avec lui la firme Clifford Chance. «Si je n’avais pas vraiment l’ambition de quitter l’équipe de Darrois, j’étais néanmoins conscient que le modèle de boutique qu’était à l’époque le cabinet ne permettait pas à un jeune associé de développer sa clientèle, raconte-t-il. Je n’avais pas la réputation de Jean-Michel et je devais me démarquer des autres pour gagner des clients. Or il manquait des équipes en droit fiscal, en droit bancaire ou encore en droit de la concurrence pour m’appuyer.»
Au début du nouveau millénaire, les firmes anglaises étaient celles qui étaient les plus structurées sur la place parisienne et bénéficiaient de la force de frappe de leur réseau mondial. Marcus Billam fait alors le pari de l’international et rejoint le bureau parisien de Clifford Chance comme associé.
«Il fallait que je fasse mes preuves pour pouvoir bénéficier du réseau, démontrer que j’avais des clients et que je savais traiter des dossiers M&A de place. Or en partant de chez Darrois, je n’avais aucune certitude sur la fidélité des clients», reconnaît-il. C’est presque avec surprise que Marcus Billam reçoit les appels de plusieurs grands patrons avec lesquels il travaillait. L’un d’entre eux étant Sébastien Bazin, alors jeune directeur général de la branche européenne du fonds d’investissement américain Colony Capital. Celui-ci raconte : «J’ai tout de suite confié des dossiers à Marcus Billam car j’avais confiance en lui, en ses conseils avisés et francs. Il rejoignait en outre un cabinet international avec lequel Colony Capital travaillait déjà aux Etats-Unis. Son choix de rejoindre une firme mondiale a sans aucun doute étoffé et accru ses compétences.»
Parmi les dossiers qu’il traite pour le fonds, on rappellera la prise de participation dans Carrefour (2,5 milliard d’euros), son entrée chez Accor (1 milliard d’euros) ou son rôle dans le rapprochement du groupe Barrière et des casinos Accor. L’avocat se souvient : «J’ai beaucoup travaillé sur des opérations de private equity dès son introduction en France. Mais j’ai toujours préféré les dossiers de fusions-acquisitions dans lesquels la documentation n’est pas figée, chaque clause doit être négociée et la relation “intuitu personae” est plus forte.» Et si l’associé s’intègre finalement parfaitement dans la firme du Magic Circle et apprécie son cadre de travail, au bout de dix ans, il a envie de bousculer ses habitudes.
La consécration chez Allen & Overy
C’est à cette époque qu’Allen & Overy le contacte. La firme cherche à développer son bureau parisien et présente à l’avocat un projet de développement ambitieux. Le pari l’intéresse, mais Marcus Billam veut faire bouger les lignes et mettre en œuvre une véritable politique de changement. «Je crois que je suis assez diplomate dans les négociations en externe, pour le compte de mes clients. Mais lorsqu’il s’agit de l’interne, je dévoile plus ma détermination…. Je n’aime pas les structures d’avocats où tout est organisé pour que rien ne bouge.»
L’équipe anglaise lui fait confiance et, en 2010, Marcus Billam rejoint Allen & Overy accompagné de son équipe de cinq collaborateurs. Aux côtés de Jean-Claude Rivalland, managing partner du bureau français, l’associé s’engage alors avec entrain dans le développement de l’équipe parisienne. Nouvelle stratégie, nouveaux locaux, arrivée de prestigieux associés comme Michel Struys en droit de la concurrence, Jean-Yves Charriau en fiscalité, mais aussi Marc Castagnède en corporate, Denis Chemla en contentieux et plus récemment Claire Toumieux en droit social. Très impliqué dans la gestion du cabinet, sa pratique M&A ne se trouve pourtant pas reléguée au second plan. Il n’a d’ailleurs jamais été aussi visible. Mais c’est sans fausse modestie que celui-ci rappelle qu’il n’aurait rien fait «sans l’équipe d’Allen & Overy qui est extrêmement efficace». Il ne manque pas non plus de citer son ami et confrère Dominique Bompoint avec lequel il forme une remarquable équipe sur les dossiers Vivendi. Le secrétaire général du groupe témoigne d’ailleurs de «la parfaite complémentarité de ce duo composé de grands professionnels du droit».
A l’âge de 51 ans, la carrière de Marcus Billam atteint donc un sommet. «Ce n’est qu’une étape j’espère. C’est un métier où la maturité est importante, reconnaît-il. En M&A, plus on vieillit, plus on nous écoute !» Le meilleur est donc encore à venir.