L'avocat de l'année

Olivier Diaz, le franc-tireur du M&A

Publié le 5 février 2014 à 14h36    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h56

Olivier Diaz est un homme discret. Sur Internet, on trouve très peu d’interviews de lui, en dehors d’un article sur sa passion pour l’art contemporain et de quelques commentaires qui lui ont été arrachés par les journalistes sur des opérations boursières ou financières. Et pourtant, l’avocat est derrière tous les plus beaux dossiers de la place. Fidèle à lui-même : calme, franc avec une pointe d’anti-conformisme.

D’un père ingénieur et d’une mère commerciale dans le secteur bancaire, Olivier Diaz a été élevé à Chatou, à côté de Paris. Inscrit au lycée de Passy Buzenval, il est bon élève et obtient son bac B avec mention très bien. Le lycéen est attiré par la littérature. Son rêve : devenir diplomate pour voyager et écrire. «J’étais bercé par les parcours de Chateaubriand, Claudel, Saint-John Perse, Giraudoux ou Romain Gary. Ces grands noms de la littérature qui ont su allier leur passion pour l’écriture à leur mission de diplomate», justifie-t-il. Une vision romantique, presque romancée, de la diplomatie, mais qui le conduit à intégrer l’IEP de Paris en 1982 et d’avoir en vue l’ENA. Il raconte : «En deuxième année, j’étais inscrit dans la section service public et, avec un copain de l’époque, nous ambitionnions de faire un stage dans l’administration. Je me suis rapidement retrouvé à la direction des collectivités locales à travailler au milieu de fonctionnaires tristes et frustrés. En rencontrant des énarques, je me suis aperçu que ces gens avaient joué leur vie sur un diplôme. C’est finalement aussi absurde que le saut à l’élastique.» Olivier Diaz ne mâche pas ses mots, ce n’est pas vraiment dans son caractère. Il met un terme à ses ambitions énarquiennes.

En 1985, il s’engage alors dans ce qu’il appelle «la deuxième option de bon élève» : HEC. Attiré par les métiers de la banque d’affaires, il suit les cours de finance de marché avec un relatif intérêt mais toujours beaucoup de patience. Lorsqu’en deuxième année vient le choix de la spécialisation, il s’engage pourtant dans la majeure juridique et fiscale. «Nous étions l’une des premières promotions de cette majeure, raconte l’un de ses amis d’école devenu lui-même avocat d’affaires à Paris. Olivier n’était pas prédestiné à faire du droit, mais il a aussi été attiré par la gymnastique intellectuelle qu’impose la matière.»«Le droit prenait de plus en plus d’importance dans la vie des affaires et je pensais que des connaissances juridiques seraient utiles dans mon futur métier de banquier d’affaires», reconnaît Olivier Diaz, avant d’avouer que son choix a surtout été dicté par l’envie de suivre sa bande de copains. Cette majeure lui offre également l’opportunité de s’inscrire en parallèle au DEA de droit fiscal de Jean-Pierre Le Gall, à l’université de Sceaux. Un professeur qui l’a marqué en lui inculquant la rigueur d’esprit nécessaire pour approcher les problématiques juridiques.

Un début de carrière comme fiscaliste

Lors d’une journée de recrutement à HEC, l’étudiant rencontre Daniel Hurstel et Dominique Borde, deux avocats représentants du cabinet français Siméon Moquet Borde. «J’étais intéressé par rejoindre leur cabinet, mais ils m’ont tout de même conseillé de passer mes diplômes de droit au préalable. Après avoir obtenu mon DEA de droit fiscal, je me suis donc inscrit en deuxième cycle», explique-t-il en riant. Licence à Paris II, puis maîtrise à Paris X. L’étudiant ne fait rien dans l’ordre, mais il obtient tous ses diplômes par examen final. Et en janvier 1989, il repart sonner à la porte de Siméon Moquet Borde pour intégrer fièrement l’équipe fiscale. Cette première expérience ne dure pourtant qu’un an. Le jeune avocat s’ennuie rapidement et postule dans d’autres structures.

En 1990, il intègre le cabinet Gide Loyrette Nouel. A son arrivée, il est impressionné par le niveau des équipes, notamment par celui du collaborateur avec lequel il partage son bureau : Hervé Pisani. «Le cabinet nous laissait beaucoup d’autonomie. L’ambiance était amicale, mais très studieuse. Les dossiers s’enchaînaient et les collaborateurs travaillaient jour et nuit pour atteindre le niveau d’excellence du cabinet. Nous avions un réel sentiment d’appartenance à une grande maison», se rappelle-t-il.

Il entre dans l’équipe fiscale de Richard Beauvais et Philippe Derouin, «une étape très importante de sa formation où la technique et la rigueur étaient indispensables», raconte son ami d’enfance. Mais il est très vite conduit à intervenir sur des dossiers de fusions-acquisitions aux côtés de Thierry Vassogne. Il se souvient notamment de la fusion entre Arjomari-Prioux et Wiggins-Teape-Appleton, ayant donné naissance au groupe ArjoWiggins Appleton, lorsqu’il avait été chargé par l’associé de la rédaction d’une clause de distribution de bénéfices particulièrement compliquée alors qu’il n’était que novice en la matière. Ce même ami explique : «Les gens lui font confiance car Olivier n’a jamais transigé sur la qualité de son travail, ni sur le niveau de ses interventions. Il est en quête perpétuelle de l’excellence, dans sa vie professionnelle et privée, comme lorsque son œil s’anime devant une œuvre d’art contemporain ou lorsqu’il tente un revers au tennis.»

Un an et demi après son arrivée chez Gide, l’avocat ambitionne de partir aux Etats-Unis et cherche à être envoyé en détachement chez Simpson Thacher & Bartlett, une firme partenaire du cabinet français. Ne doutant de rien, il fait sa demande à Philippe Derouin qui la refuse : c’est trop tôt pour partir. Le hasard faisant bien les choses, quelques mois plus tard, le bureau de New York de Gide cherche un avocat. Aucun collaborateur senior parisien ne semble intéressé et c’est Olivier Diaz qui est alors envoyé. L’expérience américaine lui permet d’intervenir aux côtés d’Olivier d’Ormesson, associé résident, sur des dossiers aussi bien fiscaux que corporate et bancaires. Et à son retour à Paris en 1993, le fiscaliste retrouve Thierry Vassogne qui le fait monter en puissance sur plusieurs beaux dossiers de droit boursier.

De Gide à Darrois Villey en passant par Linklaters

En 1997, on lui propose l’association, mais il doit enfin faire un choix entre le fiscal et les fusions-acquisitions. «Je souhaitais être au cœur du réacteur et intervenir le plus en amont possible des opérations stratégiques, se rappelle-t-il. J’ai donc choisi le M&A.» Il devient alors l’associé de Thierry Vassogne et de Marc Loy et l’équipe s’entoure de collaborateurs efficaces comprenant notamment Fabrice de la Morandière, Arnaud de la Cotardière, Bertrand Cardi, Emmanuelle Henri, Thierry Riguet et Agathe Soilleux.

Mais le nouvel associé s’aperçoit très vite de la concurrence qui existe alors entre les équipes du cabinet. Et après plusieurs problèmes de conflit d’intérêts résolus en défaveur du trio corporate, l’équipe cède enfin au chant des sirènes de Linklaters. En 1998, toute l’équipe rejoint la firme du magic circle. «Les meilleures années de ma carrière ont été chez Gide. Nous étions une équipe d’amis solidaires et nous nous entraînions mutuellement vers le haut. Mais une fois arrivés chez Linklaters, l’ambiance a changé. Le fonctionnement du cabinet était un peu bureaucratique pour moi et je crois surtout que j’étais arrivé au bout de l’exercice avec Thierry Vassogne. J’ai compris qu’il fallait que je parte», raconte Olivier Diaz. Et au ton qu’il prend pour raconter cette période, on sent que cette décision a été difficile à prendre. «Olivier a souvent traversé des périodes de doute et de remise en question – d’ailleurs pas toujours faciles à vivre pour les personnes qui l’entourent –, mais il les a toujours dépassées et c’est aussi ce qui lui a permis progresser», retrace son ami de toujours.

«Pour continuer à travailler sur des opérations boursières, mon choix de cabinets était restreint», raconte-t-il. Quatre avocats se partagent à l’époque les dossiers et ils sont alors les seuls à pouvoir se targuer de relations de proximité avec les autorités boursières : Jean-François Prat, Thierry Vassogne, Jean-Pierre Martel et Jean-Michel Darrois. Il poursuit : «J’avais déjà croisé une partie l’équipe du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier – Jean-Michel Darrois, Philippe Villey et Marie-Noëlle Dompé – sur plusieurs dossiers et je m’entendais bien avec eux. J’ai donc décroché mon téléphone pour demander à Jean-Michel si je pouvais les rejoindre.» Les associés sont assez réceptifs à la demande et Olivier Diaz rencontre très vite le reste de l’équipe : Matthieu de Boisséson, François Sureau, Emmanuel Brochier et Alain Maillot. L’entente est immédiate. En 2000, Olivier Diaz devient associé du cabinet.

L’art de la négociation

Darrois Villey Maillot Brochier compte alors 17 avocats. Il n’existe pas de département et tout le monde met la main à la pâte. «A cette époque, j’étais pressé de grandir et de faire carrière. J’avais quitté le cocon presque infantilisant des grandes firmes pour intégrer un cabinet français où j’étais le plus jeune associé, entouré de personnalités du droit qui avaient déjà atteint les marches des plus hauts podiums et qui n’avaient plus rien à prouver», se rappelle-t-il. Le défi est lourd à relever, mais Olivier Diaz aime les challenges et il s’impose rapidement sur les plus beaux dossiers de la place. Pour ne citer que les plus récents : il accompagne Hermès dans son conflit face à LVMH, il a assisté Publicis lors de son rapprochement avec Omnicom, Gallimard pour son acquisition de Flammarion…

Sa force ? «Son intelligence, sa rapidité d’esprit et sa grande capacité de travail», témoigne un ancien directeur financier d’une société cotée qui n’hésite pas à le comparer à Jean-François Prat. Une mise en parallèle qui honore Olivier Diaz : «Jean-François est l’un des avocats dont j’ai le plus appris. Il était brillant et structuré dans sa pensée, avec toujours cet air détaché et amusé. Négocier face à lui était un réel défi.»

Or la négociation est sans aucun doute l’un des exercices dans lequel Olivier Diaz excelle. «Certains avocats sont très, voire trop, en rondeur ; d’autres demeurent froids et impassibles. Olivier est franc et direct. Il ne hurle pas, ne perd jamais son calme, mais ne passe pas par quatre chemins pour dire ce qu’il doit dire. Il instaure rapidement un climat de confiance avec la partie d’en face, ce qui permet souvent d’accélérer les négociations», témoigne son associé Christophe Vinsonneau. Une qualité que certains verront comme un héritage de Thierry Vassogne qui, en tant que joueur d’échec, n’était pas intéressé par le coup qu’il était en train de jouer, mais bien par celui d’après.

Dans la même rubrique

Gaëtan Gianasso, l’art de durer

Discret, Gaëtan Gianasso, associé du cabinet Latham & Watkins, a su instaurer une véritable relation...

M&A : une reprise progressive mais sélective

Porté par le segment smid-cap, le marché du M&A demeure contrasté dans un environnement marqué par...

Le M&A face aux défis réglementaires et politiques

Retour à un niveau « plus normal » pour l’activité M&A après l’euphorie post-Covid. Le secteur doit...

Voir plus

Chargement…