Le marché du M&A est-il désormais un long fleuve tranquille ? Le cru 2018 semble en tout cas être le «très bon millésime» espéré par Hernan Coristera, coresponsable mondial des fusions-acquisitions de JP Morgan. Une vitalité dont les cabinets d’avocats ont tiré profit cette année.
* Responsables de pratique
Méthodologie de classement propre au M&A
Option Droit & Affaires a ici entendu classer les cabinets d’avocats intervenant sur des opérations de fusions-acquisitions corporate (à l’exclusion du private equity, du capital risque et du capital développement qui feront l’objet de classements dans la prochaine édition, à paraître début 2019).
Le classement des cabinets a été divisé en deux tableaux correspondant aux principaux segments de valeurs d’entreprise : inférieur à 200 millions d’euros ou supérieur à 200 millions d’euros.
Les cabinets sont classés dans un seul tableau. Cela n’implique pas que certaines équipes n’aient pas de pratique sur l’autre segment de valeur. Le classement porte sur le segment de M&A sur lequel les cabinets ont effectué la majorité de leurs opérations ou se sont particulièrement illustrés sur la période considérée.
* Responsables de pratique
M&A : optimisme et prudence dans un climat toujours au beau fixe
Le marché du M&A est-il désormais un long fleuve tranquille ? Le cru 2018 semble en tout cas être le «très bon millésime» espéré par Hernan Coristera, coresponsable mondial des fusions-acquisitions de JP Morgan. Une vitalité dont les cabinets d’avocats ont tiré profit cette année.
L’effervescence perdure
Si l’année 2017 a été dynamique, 2018 a démarré en trombe : le seul mois de janvier signait son record de transactions depuis la crise, à 215 milliards de dollars. Certes, la prudence est malgré tout de mise, mais la reprise initiée en 2016 et l’effervescence notée en 2017 semblent pourtant bien se confirmer cette année : les conditions de financement sont toujours favorables, avec des taux d’intérêt qui restent bas malgré le relèvement récent de certains taux directeurs, comme celui de la Fed. L’environnement macroéconomique est au beau fixe malgré les conséquences du Brexit et l’imprévisibilité de l’administration Trump, et les niveaux de liquidités restent élevés. Un environnement général satisfaisant qui profite aux cabinets d’avocats, dont l’un d’eux nous confie : «Nous vivons une période très dynamique, nous abordons la fin de l’année 2018 ainsi que l’année 2019 avec une grande confiance.» Une confiance dans l’air du temps, à l’instar de celle accordée par les investisseurs étrangers, qui poussent davantage le marché que quelques années auparavant. En effet, l’accession à la présidence d’Emmanuel Macron a donné un coup de fouet au marché et le top départ d’un intérêt croissant des entreprises étrangères qui n’hésitent plus à investir dans l’Hexagone. «Des pays comme la Suède ou la Norvège, qui ne regardaient pas les dossiers français auparavant, arrivent les uns derrière les autres sur du mid-cap», nous précise-t-on. La politique «pro-business» de Macron paye donc, et bien que l’application de certaines nouveautés réglementaires – issues notamment du précédent quinquennat – comme la loi Hamon soit vivement critiquée, les réformes réglementaires récentes, qu’elles soient fiscales ou sociales, sont quant à elles saluées par les cabinets de la place qui applaudissent des mesures «renforçant l’attractivité de la France, la compétitivité de son marché et l’incitation à l’investissement». Toujours est-il que ces transactions internationales impliquent davantage de contraintes, qui concernent en particulier des opérations soumises aux contrôles sur la concurrence, et à l’autorisation du gouvernement dans le cadre d’investissements étrangers. Une tendance qui risque de croître, à en croire les avocats. Par ailleurs, le rapport de Thomson Reuters «M&A Insights» pointe le retour d’opérations transfrontalières importantes, en hausse de 21 % au cours du premier semestre 2018, atteignant 60,3 milliards de dollars contre 47,5 milliards de dollars l’année précédente. Certaines opérations phares en font notamment partie, comme le rachat par la Société Générale d’une partie des activités de marché de Commerzbank, opération à laquelle Allen & Overy a contribué.
Energie, TMT, santé : émergence et maintien de secteurs porteurs
L’année 2018 a aussi vu l’émergence de secteurs porteurs, dont les TMT (technologies, médias, télécommunications) et le secteur santé-sciences de la vie qui ont dompté le marché à coup de megadeals. Toujours selon le rapport «M&A Insights», le secteur des TMT a réalisé un premier semestre 2018 record avec une valeur totale de transactions qui atteignait 625 milliards de dollars, affichant une hausse de 172 % par rapport à la même période l’année précédente. Côté sciences de la vie, le niveau record a également été atteint au cours du premier semestre, avec une hausse de 107 % pour atteindre 309 milliards de dollars. Selon le rapport, cette hausse s’explique notamment par la croissance de ces secteurs, la spécialisation de produits clés et la cession d’actifs non stratégiques par des acteurs majeurs du secteur. Pour illustrer l’activité de son secteur, Sanofi bouclait dernièrement un accord de cession de Zentiva, sa filiale européenne de génériques, au profit d’Advent, pour une valeur d’entreprise de 1,9 milliard d’euros (ndlr : une opération à laquelle a participé David Aknin, voir interview de l’avocat de l’année). Début 2018, la multinationale française mettait aussi la main sur Bioveratif, un jeune laboratoire américain qui produit et commercialise des traitements de l’hémophilie, coté au Nasdaq depuis février 2017. Une acquisition stratégique et prometteuse pour la firme. Plus tôt, c’est le groupe pharmaceutique Servier qui procédait à des acquisitions, dont l’activité mondiale d’oncologie de l’entreprise pharmaceutique britannique Shire, pour 2,4 milliards de dollars. Une opération que Baker McKenzie, qui intervenait pour le compte de Servier, ne manque pas de mentionner comme l’une des «plus belles réussites de cette année». La firme américaine, qui a par ailleurs publié ses résultats pour l’année clôturée en juin 2018, annonce un chiffre d’affaires record, en hausse de 10 %, à 2,9 milliards de dollars, illustration parfaite de l’activité soutenue des cabinets d’avocats.
Mercato bouillonnant
Il n’est donc pas étonnant que le mercato des avocats ait été, lui aussi, soutenu ces derniers mois, dans les cabinets de toutes tailles. Ces derniers ont en effet profité de cette activité pour étoffer leurs équipes. C’est ainsi que Saam
Golshani vient de rejoindre White & Case. De même, Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom a accueilli Arash Attar-Rezvani en tant qu’associé fusions-acquisitions. Racine a créé la pratique IP/IT/Data protection, affectant à sa tête le spécialiste des nouvelles technologies Eric Barbry, accompagné de trois collaborateurs. Quelques mois plus tard, c’est Dentons qui signe le recrutement de Marianne Schaffner, experte reconnue en propriété intellectuelle, qui rejoint le pôle IP/IT du cabinet international. Avril a vu la prise de poste de Bruno Lorit en tant qu’associé droit de la santé de Lerins & BCA, suivi de Frédéric Chevallier en mai, qui a rejoint le département IP/IT de Herbert Smith Freehills. De son côté, De Pardieu Brocas Maffei a effectué deux promotions : celles de Delphine Vidalenc et de Katia Belhiteche, qui ont été nommées à quelques semaines d’intervalle associées corporate-M&A. Dernièrement, c’est Osborne Clarke qui a pêché un gros poisson en la personne de Thomas Devred. A la tête de directions juridiques de plusieurs laboratoires pharmaceutiques internationaux pendant quinze années, il a rejoint début septembre le pôle santé du cabinet anglo-saxon. Les cabinets n’ont pas hésité à recruter pour affiner davantage leur expertise, une stratégie payante dont témoignent les commentaires de clients. Un client de Skadden salue par exemple «l’efficacité et la présence à l’international [d’un] cabinet qui ne laisse pas de place à l’approximation», avec une mention appuyée pour Armand Grumberg, associé M&A du cabinet. C’est carrément une «évaluation supérieure aux attentes» qui est soulignée par un client de De Pardieu Brocas Maffei. «Les associés et collaborateurs du cabinet ont prouvé leur capacité à être à la fois hyper-professionnels, réactifs, diligents, en restant accessibles et sympathiques», déclare-t-il aussi. Chez BDGS, on remercie les «très grandes qualités techniques et rédactionnelles».
Des actifs rares, une concurrence accrue et des prix élevés
Côté cabinets justement, les constats faits par les associés interviewés par la rédaction viennent confirmer les données fournies par Thomsons Reuters dans «M&A Insights» : les actifs sont rares, entraînant l’augmentation du nombre des opérations préemptives, tant côté industriels que côté fonds. En outre, une grande majorité d’entre eux constate une hausse des recours aux assurances «garanties de passif». Ces dernières permettent de sécuriser les cédants ainsi que les acquéreurs contre de potentiels manquements, et peuvent contribuer à réduire le temps des négociations afin de finaliser rapidement l’opération. Il faut aller vite, car la concurrence est rude et le nombre de cibles de qualité peu élevé. Un associé nous confie : «Les clients veulent aller de plus en plus vite. La période des due diligences est souvent raccourcie, un deal qui était finalisé en un an auparavant peut désormais l’être en moitié moins de temps.» En outre, nombreux sont les cabinets à noter le retour en force des mécanismes de locked box. «On les pensait désuets, mais il semblerait que les clients aient une préférence pour les opérations de transaction à prix fixe. Mais c’est peut-être une nécessité au regard des valorisations parfois très élevées et de la concurrence accrue», nous précise-t-on.
Hausse des opérations non réalisées
Aussi exceptionnelle que cette année fût, un ralentissement pourrait néanmoins se faire sentir. Selon Dealogic, qui annonce une hausse du montant cumulé des transactions annoncées de 31 % à 3 081 milliards de dollars (2 633 milliards d’euros) par rapport à l’année précédente, un ralentissement s’est dessiné au troisième trimestre, avec une valeur globale de transactions en baisse de 10 %. Par ailleurs, selon Thomson Reuters, le nombre d’opérations abandonnées ou retirées depuis le début d’année est en hausse de 24,1 % par rapport à l’année précédente, soit 601,7 milliards de dollars. Son niveau le plus élevé atteignait, en 2016, les 735 milliards sur la même période. Au total, ce sont 882 opérations qui ont été concernées.
Une méthodologie transparente pour l’établissement des classements
Une méthodologie transparente pour l’établissement des classements
Notre méthodologie est le garant de la qualité de nos classements. Nous respectons un ensemble de procédures pour établir des classements reproduisant fidèlement l’état du marché des cabinets d’avocats d’affaires.
C’est avec cette seule méthodologie que l’équipe éditoriale d’Option Droit & Affaires construit la légitimité et l’impartialité de ses classements. Aucune interférence avec d’autres services du groupe Option Finance ne saurait être envisagée.
La méthodologie d’Option Droit & Affaires se décompose de la manière suivante :
1. envoi de questionnaires auprès des cabinets d’avocats ,
2. entretien avec les équipes spécialisées d’avocats,
3. enquête auprès des directions juridiques et des clients,
4. vérification des classements par le Cercle Montesquieu.
Envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats
Dans un premier temps, l’envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats spécialisés en la matière, nous permet de réunir les informations à jour les plus précises possibles.
Entretien avec les équipes spécialisées d’avocats
Notre équipe éditoriale contacte chaque équipe spécialisée d’avocats afin d’approfondir les questionnaires pour une information complète et nécessaire à l’établissement de classements objectifs. Chaque entretien est organisé pour les seuls besoins du classement et demeure confidentiel.
Vérification des informations auprès des clients
Nous accordons une attention toute particulière aux informations collectées auprès des clients des cabinets d’avocats. Nous entrons donc en contact avec eux pour obtenir leur avis, confidentiel, sur le travail du cabinet avec lequel ils ont collaboré.
Nous veillons également à recueillir un maximum d’informations objectives sur leur vision du marché des avocats.
Vérification des classements par le Cercle Montesquieu
Le Cercle Montesquieu apporte son soutien à l’élaboration des classements d’Option Droit & Affaires afin de reproduire le plus fidèlement l’état du marché. Après l’enquête effectuée par la rédaction, plusieurs directeurs juridiques du Cercle Montesquieu se réunissent pour vérifier la bonne méthodologie de l’enquête et confronter leurs points de vue sur
les classements réalisés. Avec ce partenariat, Option Droit & Affaires met au service des directions juridiques un outil leur permettant de bénéficier d’une source d’informations résolument fiable et indépendante concernant les cabinets d’avocats.
Pour cette édition, nous remercions tout particulièrement Denis Musson, directeur juridique d’Imerys et administrateur du Cercle Montesquieu, et Bénédicte Wautelet, directrice juridique du groupe Le Figaro et vice-présidente du Cercle Montesquieu, pour leur précieuse collaboration.
Classements
Nos classements couvrent la période du 1er juin 2017 au 1er juin 2018. Les cabinets d’avocats d’affaires sont classés de
5 étoiles à 1 étoile, 5 étoiles représentant les meilleurs cabinets dans leur domaine de spécialité. Au sein d’une même catégorie, les cabinets sont classés par ordre alphabétique.
Les critères pris en compte pour l’établissement des classements sont :
• Innovation juridique apportée au dossier et assistance au client
• Compétences techniques :
– Qualité de la prestation délivrée
– Diligence
– Implication de l’équipe auprès du client
• Nombre de dossiers traités et croissance de l’activité
• Taille des dossiers traités
• Type de clientèle (fonds d’investissement, banques d’affaires, entreprise…)
• Taille et autonomie de l’équipe