Si le cru 2019 ne s’annonce pas aussi prometteur que celui de 2018, le marché des fusions-acquisitions français continue de se montrer actif et de donner naissance à plusieurs transactions d’envergure. Mais cette vitalité relative est contrebalancée par un environnement économique plus incertain qui commence à générer une forme de prudence et d’attentisme.
Méthodologie de classement propre au M&A
Option Droit & Affaires a ici entendu classer les cabinets d’avocats intervenant sur des opérations de fusions-acquisitions corporate (à l’exclusion du private equity, du capital risque et du capital développement qui feront l’objet de classements dans la prochaine édition, à paraître début 2020).
Le classement des cabinets a été divisé en deux tableaux correspondant aux principaux segments de valeurs d’entreprise : inférieur à 300 millions d’euros ou supérieur à 300 millions d’euros.
Les cabinets sont classés dans un seul tableau. Cela n’implique pas que certaines équipes n’aient pas de pratique sur l’autre segment de valeur. Le classement porte sur le segment de M&A sur lequel les cabinets ont effectué la majorité de leurs opérations ou se sont particulièrement illustrés sur la période considérée.
Une activité en demi-teinte pour le M&A
Si le cru 2019 ne s’annonce pas aussi prometteur que celui de 2018, le marché des fusions-acquisitions français continue de se montrer actif et de donner naissance à plusieurs transactions d’envergure. Mais cette vitalité relative est contrebalancée par un environnement économique plus incertain qui commence à générer une forme de prudence et d’attentisme.
Au sein d’un environnement qui commence à connaître quelques turbulences, le marché français des fusions-acquisitions tient le cap. Plusieurs études attestent de la baisse des opérations au niveau mondial comme européen. Ainsi, selon les données de Mergermarket, le marché européen a enregistré une chute de 25 % de la valeur totale des transactions sur les trois premiers trimestres 2019. Les causes évoquées sont avant tout macroéconomiques : des négociations du Brexit qui n’en finissent plus, une croissance ralentie dans de nombreux pays, ou encore les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, qui ne font qu’entretenir les incertitudes et l’attentisme des investisseurs. Mais l’Hexagone semble aller à contre-courant. Il enregistre ainsi 643 transactions au cours des neuf premiers mois de l’année, pour une valeur totale de 38,7 milliards d’euros, soit une hausse en valeur de 6,7 %, par rapport à la même période de 2018, malgré une légère baisse du volume (687 deals).
Des opérations qui se font et se défont
Ces derniers mois ont ainsi vu s’initier quelques belles opérations à l’image de l’acquisition de Medidata, un fournisseur de logiciels pour le suivi des essais cliniques, par Dassault Systèmes pour environ 5,8 milliards de dollars, ou du rachat du spécialiste américain du data marketing Epsilon par Publicis pour 3,95 milliards de dollars. Sur le marché boursier, l’OPA de Capgemini sur Altran, conseillés respectivement par Cleary Gottlieb et Herbert Smith Freehills, s’annonce comme une autre opération majeure. Elle doit néanmoins faire face aux contestations de certains actionnaires minoritaires venus perturber les négociations. Car si ces derniers mois ont vu se concrétiser quelques belles opérations, ils ont aussi été marqués par plusieurs revirements à commencer par l’arrêt de la fusion entre les constructeurs automobiles Fiat et Renault. Les négociations ont néanmoins mobilisé de nombreux conseils de la Place, parmi lesquels Skadden, côté Renault, Darrois Villey Maillot Brochier pour Fiat, et Davis Polk pour le conseil d’administration de Renault. Autre opération mise entre parenthèses, la privatisation d’ADP suspendue pour cause de référendum populaire, tandis que la scission du groupe parapétrolier TechnipFMC vient mettre fin à un mariage «entre égaux» après seulement trois ans d’union. Des cas bien particuliers qui viennent néanmoins s’inscrire dans un environnement de prudence. «Les négociations sont plus longues. Les clients étudient les deals plus attentivement et font preuve d’un moindre appétit au risque», note un avocat.
Sur ces transactions large cap, Bredin Prat, Cleary Gottlieb et Darrois Villey Maillot Brochier continuent de mener la danse, tout comme BDGS qui malgré sa relative jeunesse a su se positionner sur le marché. Un client témoigne ainsi de «la très bonne technicité de l’équipe» et apprécie sa «connaissance mixte des secteurs privé et public». La boutique a par ailleurs promu en début d’année François Baylion qui officie au sein du cabinet depuis 2013, après une première expérience chez Gide. Weil, Gotshal & Manges a lui élargi son offre aux infrastructures en accueillant, en avril, Benjamin de Blegiers, un ancien associé de Clifford Chance. Autre développement au sein de Lacourte Raquin Tatar : le cabinet a été rejoint par Guillaume Roche qui exerçait auparavant chez Skadden en tant qu’european counsel. Il conseille des groupes, institutions financières et investisseurs institutionnels lors de leurs opérations de fusions-acquisitions et de marchés de capitaux, apportant une nouvelle compétence en droit boursier au cabinet.
Un contrôle des investissements étrangers renforcé
Les hausses des obligations réglementaires participent également à l’allongement des process. Parmi elles, le contrôle des investissements étrangers qui se renforce dans de nombreuses juridictions. Les Etats-Unis ont ainsi étendu le champ d’action du CFIUS, le comité chargé de contrôler les investissements étrangers Outre-Atlantique. Plus récemment, la France a suivi la même démarche puisque Bercy a étendu le champ des secteurs relevant de la procédure d’autorisation. «Désormais, les entreprises dans les secteurs de l’aérospatial et de la protection civile, ou qui mènent des activités de recherche et de développement en matière de cybersécurité, d’intelligence artificielle, de robotique, de fabrication additive, de semi-conducteurs, ainsi que les hébergeurs de certaines données sensibles, entrent dans le champ du contrôle», indique le ministère. Parallèlement à cet élargissement, les autorités ont également prévu un volet de simplification avec la possibilité pour l’entreprise, faisant l’objet d’un projet d’investissement, de faire une demande d’autorisation préalable. Une bonne initiative sur le principe mais qui peut s’avérer difficile à appliquer : «Dans les faits, l’entreprise doit déjà avoir reçu des offres fermes pour que sa demande soit reçue par l’administration. Celle-ci exige par ailleurs des informations sur les acquéreurs qui ne sont pas toujours en possession de l’entreprise cible. In fine, nous sommes plus proches d’une procédure de prénotification que de ruling», regrette un conseil.
L’entrée en vigueur de la loi Sapin 2, qui vient accroître les obligations des entreprises en matière de lutte contre la corruption, impacte aussi les acquisitions. Conscientes des enjeux, tant en termes de responsabilité que de réputation, les entreprises intègrent progressivement les critères de compliance dans la liste des due diligence. Un travail mené main dans la main avec les cabinets d’avocats chargés d’identifier et réduire les risques. L’AFA (agence française anticorruption) s’apprête d’ailleurs à publier un guide sur ce sujet afin de sensibiliser les acteurs économiques et proposer des lignes directrices.
L’assurance GAP se démocratise
Les praticiens notent par ailleurs une percée de l’assurance de garantie de passif. Bien développé dans les pays d’Europe du Nord ou encore au Royaume-Uni, ce produit poursuit son développement en France. Les compagnies d’assurance sont de plus en plus nombreuses à proposer ce type de services, entraînant ainsi une diminution des tarifs. Si certaines entreprises sont encore réticentes, craignant que la négociation de l’assurance complique la transaction, d’autres, au contraire, en font un atout concurrentiel vis-à-vis des autres acquéreurs en lice. Fréquemment utilisée par les fonds de private equity, l’assurance de garantie de passif se diffuse donc progressivement auprès des acteurs industriels, y compris pour des opérations mid-cap.
Ces segments du small et mid-cap, traditionnellement plus résilients et moins sensibles au contexte macroéconomique, font d’ailleurs toujours preuve de dynamisme. Sur ce marché, August Debouzy est salué par un client pour sa «compétence» et sa «réactivité». A noter que si le cabinet français reste encore principalement positionné sur des transactions de moins de 300 millions d’euros, il est de plus en plus présent sur le segment supérieur.
D’autres équipes ont profité de l’année pour se renforcer. Récemment, Winston & Strawn s’est étoffé de quatre nouveaux associés en provenance de KL Gates : Jean-Patrice Labautière et Nicola Di Giovanni, tous deux spécialisés en M&A et private equity, ainsi que Mounir Letayf en banque/finance et Bertrand Dussert en fiscal. Altana, dont un client souligne «le très bon niveau d’écoute et de conseil», a lui procédé à la nomination en qualité d’associé de Fabien Pouchot (M&A et private equity) et Mana Rassouli (distressed M&A), tandis que Bruno Nogueiro a rejoint le cabinet fin septembre, accompagné de deux collaborateurs. En provenance de Fidal, qu’il avait intégré en 2015, après avoir exercé huit ans au sein de Darrois Villey Maillot Brochier, le nouvel associé intervient plus particulièrement dans les secteurs de l’énergie et des nouvelles technologies. Autre développement au sein de Ginestié Magellan Paley-Vincent qui a accueilli début 2019, Yves Ardaillou, qui exerçait depuis 19 ans chez Bersay & Associés, ainsi qu’Emmanuel Schulte, en provenance du même cabinet, qui intervient quant à lui sur les sujets de droit économique et droit de la concurrence. Foley Hoag a pour sa part élargi son champ de compétence grâce à l’arrivée de Frédéric Cohen au printemps 2018. Ancien associé de Courtois Lebel, ce dernier a pris en charge le développement des activités M&A et corporate au sein du bureau de Paris. Il intervient pour une clientèle majoritairement étrangère sur toutes opérations de croissance, de partenariats et joint-ventures ou de restructurations. Enfin, du côté des nominations, Chammas & Marcheteau a promu Julien Naginski tandis que Stéphanie Delage a rejoint les rangs d’associés d’Osborne Clarke.
Classements M&A 2019
Une méthodologie transparente pour l’établissement des classements
Notre méthodologie est le garant de la qualité de nos classements. Nous respectons un ensemble de procédures pour établir des classements reproduisant fidèlement l’état du marché des cabinets d’avocats d’affaires.
C’est avec cette seule méthodologie que l’équipe éditoriale d’Option Droit & Affaires construit la légitimité et l’impartialité de ses classements. Aucune interférence avec d’autres services du groupe Option Finance ne saurait être envisagée.
La méthodologie d’Option Droit & Affaires se décompose de la manière suivante :
1. envoi de questionnaires auprès des cabinets d’avocats,
2. entretien avec les équipes spécialisées d’avocats,
3. enquête auprès des directions juridiques et des clients,
4. vérification des classements par le Cercle Montesquieu.
Envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats
Dans un premier temps, l’envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats spécialisés en la matière, nous permet de réunir les informations à jour les plus précises possibles.
Entretien avec les équipes spécialisées d’avocats
Notre équipe éditoriale contacte chaque équipe spécialisée d’avocats afin d’approfondir les questionnaires pour une information complète et nécessaire à l’établissement de classements objectifs. Chaque entretien est organisé pour les seuls besoins du classement et demeure confidentiel.
Vérification des informations auprès des clients
Nous accordons une attention toute particulière aux informations collectées auprès des clients des cabinets d’avocats. Nous entrons donc en contact avec eux pour obtenir leur avis, confidentiel, sur le travail du cabinet avec lequel ils ont collaboré.
Nous veillons également à recueillir un maximum d’informations objectives sur leur vision du marché des avocats.
Vérification des classements par le Cercle Montesquieu
Le Cercle Montesquieu apporte son soutien à l’élaboration des classements d’Option Droit & Affaires afin de reproduire le plus fidèlement l’état du marché. Après l’enquête effectuée par la rédaction, plusieurs directeurs juridiques du Cercle Montesquieu se réunissent pour vérifier la bonne méthodologie de l’enquête et confronter leurs points de vue sur
les classements réalisés. Avec ce partenariat, Option Droit & Affaires met au service des directions juridiques un outil leur permettant de bénéficier d’une source d’informations résolument fiable et indépendante concernant les cabinets d’avocats.
Pour cette édition, nous remercions tout particulièrement Damien Catoir, directeur juridique adjoint d’Atos et Bénédicte Wautelet, directrice juridique du groupe Le Figaro et vice-présidente du Cercle Montesquieu, pour leur précieuse collaboration.
Classements
Nos classements couvrent la période du 1er juin 2018 au 1er juin 2019. Les cabinets d’avocats d’affaires sont classés de
5 étoiles à 1 étoile, 5 étoiles représentant les meilleurs cabinets dans leur domaine de spécialité. Au sein d’une même catégorie, les cabinets sont classés par ordre alphabétique.
Les critères pris en compte pour l’établissement des classements sont :
• Innovation juridique apportée au dossier et assistance au client
• Compétences techniques :
– Qualité de la prestation délivrée
– Diligence
– Implication de l’équipe auprès du client
• Nombre de dossiers traités et croissance de l’activité
• Taille des dossiers traités
• Type de clientèle (fonds d’investissement, banques d’affaires, entreprises…)
• Taille et autonomie de l’équipe