M&A - Classements 2020

Une dynamique positive dans un environnement incertain

Publié le 2 novembre 2020 à 17h08    Mis à jour le 3 novembre 2020 à 17h51

A de rares exceptions près, l’année qui va bientôt s’achever aura été plutôt fructueuse pour les cabinets de la place mais la véritable question est désormais de savoir à quoi va ressembler 2021. En effet, en dépit d’un rattrapage fulgurant, l’activité en M&A reste en recul de 30 % par rapport à 2019 depuis janvier dans le monde, à 1 828 milliards de dollars. En France, les défaillances risquent de se multiplier tout comme les dossiers de distressed M&A.

A l’heure où une deuxième vague de Covid-19 déferle sur l’Hexagone, le moins que l’on puisse dire, c’est que les cabinets d’avocats viennent tous de traverser une expérience unique avec, pour un grand nombre d’entre eux, un effet start & stop sur leur encours de dossiers lié à la période du confinement. Passé un premier ralentissement somme toute naturel au vu des circonstances, les cabinets ont été de nouveau très sollicités par leurs clients pour closer les deals qui avaient pu être mis en pause au moment du confinement ou pour accélérer le bouclage des process déjà entrés dans la dernière ligne droite. Pendant cette période particulière, la plupart des cabinets ont bénéficié des effets de traîne d’un deal-flow dynamique hérité des mois précédents et de la mise en place de closings entièrement dématérialisés pendant le confinement. Les négociations se sont parfois tendues avec l’obligation pour certains avocats de devoir agiter la clause d’exécution forcée pour emporter les dernières réticences d’acheteurs devenus soudainement frileux ou de procéder à l’introduction d’assurances de gap pour plus de sécurité. Mais comme l’a montré le dossier LVMH/Tiffany, aussi bien tournée soit une clause MAC (material adverse change), elle n’évite pas les sorties de route vers du contentieux. On verra quelle sera l’appréciation faite par la Delaware Chancery Court de la clause MAC de cette fusion avortée lors du procès fixé début janvier prochain. Un dossier de place riche en rebondissements qui aura notamment mobilisé Skadden et White & Case côté LVMH, tandis que Tiffany & Co s’est entouré de Sullivan & Cromwell et d’UGCC Avocats. Plus récemment, les fonds américain Alphatec holdings et LFPI Gestion ont aussi actionné des clauses MAC pour annuler les offres lancées respectivement sur EOS imaging et Document Store. Pendant ce temps, l’autre grande fusion de 2019 entre PSA, notamment conseillé par Bredin Prat et Linklaters, et Fiat Chrysler (FCA), accompagné par Sullivan & Cromwell, continue sur sa lancée et devait être bouclée d’ici la fin du premier trimestre 2021 pour donner naissance à un nouvel ensemble baptisé Stellantis. Autre opération d’envergure : le spécialiste du paiement Worldline, conseillé par Cleary Gottlieb et Latham & Watkins, a bouclé son offre publique d’achat (OPA) amicale sur son concurrent français Ingenico, conseillé par Bredin Prat. Worldline détiendra 88,64 % du capital et au moins 83,20 % des droits de vote à l’issue du règlement-livraison qui interviendra le 28 octobre. En septembre, Alstom, conseillé entre autres par Cleary Gottlieb et PwC Société d’Avocats, a finalisé le rachat de Bombardier Transport, représenté notamment par Jones Day, à un prix revu à la baisse néanmoins, eu égard aux retombées économiques de la pandémie. Le prix d’acquisition devrait atteindre jusqu’à 5,3 milliards d’euros, alors que la fourchette initiale était comprise entre 5,8 et 6,2 milliards d’euros.

Des secteurs résilients qui ont concentré les transactions

2019 aura été une année à deux vitesses pour le M&A. Pourtant bien commencée, l’année a enregistré un ralentissement de 24,2 % dans les transactions de fusions et acquisitions entre le premier et le second semestre. Plus globalement, l’activité mondiale de fusions et acquisitions a enregistré une baisse en valeur de 6,9 % par rapport à 2018 à 3 900 milliards de dollars. Toutefois, 2019 a été la quatrième année la plus importante de l’histoire du M&A, selon Refinitiv.

En France, certains secteurs, qui ont été les plus résilients à la crise, ont tiré l’activité du M&A. Parmi eux figurent les télécoms, l’énergie, les «infras» au sens large, le digital ainsi que les nouvelles technologies et la santé. Il n’en reste pas moins que les conditions financières dans lesquelles les négociations ont repris post-confinement sont différentes, rendant délicate la valorisation des cibles, notamment celles déjà fragilisées avant l’électrochoc de la pandémie. A contrario, cette crise rend d’autant plus désirables les entreprises qui ont bien encaissé le double choc de l’effondrement de la demande et de l’offre subi par l’économie mondiale. Les entreprises françaises ont d’ailleurs montré un fort appétit en 2019 pour des acquisitions à l’international et les projets de build-up et de carve-out continuent donc d’être étudiés attentivement.

Toutefois, la crise de la Covid-19 rend les prévisions difficiles. Les douze prochains mois devraient, selon toute probabilité, voir une hausse des ouvertures de procédures collectives ainsi qu’un développement des dossiers de distressed M&A. Sans parler des sociétés déjà en difficulté avant l’éclatement de la crise sanitaire, pour lesquelles les PGE n’auront été qu’un cautère sur une jambe de bois. Ce qui est sûr, c’est qu’il va devenir plus délicat de définir des valorisations. Les fonds ont toujours beaucoup de liquidités à investir. Les industriels quant à eux vont continuer de recourir aux M&A stratégiques mais dans un contexte mouvementé. La concurrence devrait donc s’accroître sur les cibles résilientes.

Un mercato des avocats toujours dynamique

Côté cabinets, les mouvements n’ont pas cessé. Christophe Perchet a quitté en début d’année Davis Polk pour fonder sa structure aux côtés de Nicolas Rontchevsky, avocat et professeur agrégé de droit privé. Jean-Christophe Devouge, jusqu’ici avocat chez Davis Polk, vient de rejoindre cette nouvelle boutique dédiée au M&A et au contentieux. Altana s’est enrichi en septembre 2019 d’un nouvel associé, Bruno Nogueiro, et de deux avocats : Arthur Boutemy, collaborateur senior, et Olivier Carmès, collaborateur junior. Bruno Nogueiro conseille dans leurs opérations de fusions-acquisitions des sociétés cotées et non cotées, notamment dans les secteurs de l’énergie et des nouvelles technologies. Avant de rejoindre Altana, Bruno Nogueiro a exercé huit ans au sein du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier (2007-2014). Ayache Salama a accueilli Marie Pouget en tant que junior partner. Elle intervient principalement en matière de fusions-acquisitions, de capital investissement et d’opérations de retournement. En novembre 2019, Cleary Gottlieb a promu au titre d’associé Rodolphe Elineau, qui a conseillé Capgemini dans le cadre de son projet d’acquisition d’Altran Technologies. Jean-Luc Bédos a rejoint en septembre 2019 Vivien & Associés après 10 ans passés chez Dentons. Il conseille des entreprises et des fonds dans leurs opérations d’investissements, de fusions & acquisitions, et de restructuration. L’équipe de Mayer Brown a enregistré plusieurs départs. Thomas Philippe, plutôt actif en private equity, a rejoint Shearman & Sterling, Arnaud Pérès exerce désormais en individuel, tandis que l’équipe de Jean-François Louit et Caroline Lan, spécialisée dans l’accompagnement des managers, a rejoint Gide. Côté arrivées et promotions, Mayer Brown a recruté Gautier Elies, en provenance de Weil, Gotshal & Manges, et coopté au rang d’associé Hadrien Schlumberger. En octobre 2019, Charles Cardon a quitté Dechert pour rejoindre Paul Hastings qui a perdu David Revcolevschi au profit de McDermott Will & Emery en février dernier. Charles Cardon intervient principalement dans le cadre d’opérations complexes de fusions-acquisitions impliquant des sociétés tant cotées que non cotées. David Revcolevschi est particulièrement actif, pour sa part, sur des opérations de marchés de capitaux et des fusions-acquisitions en France et à l’international et plus généralement sur tout ce qui relève de la vie et de la gouvernance des sociétés cotées, en particulier sur les volets de droit boursier. En début d’année, Aramis a renforcé son pôle corporate avec l’arrivée d’Anne-Hélène Le Trocquer en qualité d’associée. Ancienne associée de De Gaulle Fleurance & Associés, elle a également été directrice juridique France du gestionnaire de fonds immobiliers CBRE Global Investors. Franklin, qui a vu revenir en février un de ses fondateurs, Alexandre Marque, comme co-directeur de la pratique corporate/private equity, a enregistré le départ de Magali Masson qui a rejoint De Pardieu Brocas Maffei en janvier. Une belle prise pour le cabinet car Magali Masson, entourée de ses deux collaborateurs Fabian Guéroult et Sarah Dirani intervient dans le cadre d’opérations complexes et/ou transfrontalières (M&A, private equity) ainsi qu’en distressed M&A. Les entrées-sorties chez Franklin incluent aussi le départ de Christian Sauer pour Bryan Cave Leighton Paisner (BCLP). C’est une arrivée en force puisque ce dernier intègre BCLP accompagné de Kai Völpel, of counsel, ainsi que de toute leur équipe (Virginie Brault-Scaillet, counsel, Justine Langer, Paul Ast et Dora Pucci). Villechenon a renforcé sa pratique corporate en mars avec la cooptation au titre d’associé d’Arnaud Levasseur, passé précédemment par Jeausserand-Audouard et Hogan Lovells. Enfin, signalons l’arrivée d’une nouvelle associée chez Reed Smith avec Caroline Ledoux, entourée de son équipe. Elle officiait jusqu’à présent chez K&L Gates. Reed Smith renforce ainsi son offre corporate sur des secteurs porteurs comme les énergies et les infrastructures.

Classement des cabinets d’avocats en fusions-acquisitions dont la majorité des opérations est supérieure à 200 millions d’euros

Les cabinets sont classés par ordre alphabétique au sein de chaque catégorie, les responsables de pratique sont indiqués en gras.

Classement des cabinets d’avocats en fusions-acquisitions dont la majorité des opérations est inférieure à 200 millions d’euros

Les cabinets sont classés par ordre alphabétique au sein de chaque catégorie, les responsables de pratique sont indiqués en gras.

L'intégralité du classement M&A 2020 en PDF

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