L'avocat de l'année

David Aknin ou l’art de la négociation

Publié le 5 février 2014 à 12h55    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h55

Associé du cabinet Weil Gotshal & Manges, David Aknin a été désigné par ses confrères comme l’avocat de l’année en private equity. Retour sur le parcours d’un homme qui ne laisse personne indifférent.

Pudique et soucieux du respect de sa vie privée, il ne voulait au préalable pas en parler. Et pourtant le sujet de ses racines oranaises arrive bien vite dans la conversation. Car c’est un élément important de la vie de David Aknin. Il est né dans une famille d’Afrique du Nord ayant quitté précipitamment l’Algérie en 1962. Un déracinement qui a bouleversé le cours de l’histoire de la famille Aknin.

Comme près d’un million de rapatriés, la famille doit se reconstruire en métropole et pose ses valises en région parisienne. Intéressé et studieux, le benjamin de la fratrie considère l’école comme «l’ascenseur social de la République» et fait preuve d’un intérêt certain pour l’apprentissage. Une fois le baccalauréat obtenu, David Aknin s’inscrit en droit, suivant ainsi la voie tracée par son grand frère Yves. En parallèle d’une maîtrise de droit à la Sorbonne, il suit les cours de l’Institut de droit des affaires de Paris II et obtient son diplôme d’études comptables supérieures au CNAM. «Je voulais effectuer des études rapidement, pressé d’entrer dans la vie active et persuadé que l’on pouvait être opérationnel en quelques années. J’ai enchaîné les cours et lorsque la question du troisième cycle s’est présentée, j’ai choisi de m’orienter vers le droit fiscal. Non seulement j’aimais les chiffres, mais j’avais aussi été initié à la matière à Paris II avec intérêt. Ma prise de décision a été rapide», se souvient-il. Il intègre le DESS de fiscalité des entreprises de l’université Dauphine en 1990, en parallèle de l’EFB.

Son stage de l’école du barreau est effectué dans l’équipe de Richard Beauvais chez Gide Loyrette Nouel, sur les conseils d’Hervé Pisani, qui l’avait précédé à l’Institut de droit des affaires. L’étudiant se sent privilégié d’être entré dans ce qu’il considérait être le nec plus ultra des cabinets d’affaires. «Les stagiaires étaient formés à l’ancienne : on les jetait à l’eau et l’on regardait s’ils savaient nager. Je n’y ai pas échappé. La méthode est un peu surprenante, elle peut déstabiliser, mais a été au final très instructive», reconnaît-il. A la fin de son stage, Gide Loyrette Nouel lui propose de rejoindre leur équipe fiscale. Mais le jeune avocat a envie d’international. Il postule chez Linklaters qui lui ouvre les portes de son bureau de Londres.

 

Les débuts chez Linklaters

Il se rappelle : «Chez Linklaters, j’ai suivi le parcours d’apprentissage habituel : six mois en capital market, six mois en corporate, six mois en tax, etc. J’ai découvert avec intérêt plusieurs mondes qui coexistaient». Après deux ans de vie londonienne, de retour à Paris, David Aknin intègre l’équipe fiscale de Linklaters. Il y rencontre de jeunes collaborateurs devenus aujourd’hui des avocats d’affaires réputés comme Nathalie Hobbs, Patrick Laporte, Pierre Clermontel, Alain Garnier ou encore Agathe Soilleux et Olivier Jauffret qui ont depuis rejoint Weil Gotshal. «La machine incroyable qu’est devenue Linklaters était en train de se mettre en marche à Paris. Nous étions très soudés et heureux», se remémore-t-il, le sourire aux lèvres.

Il partage à cette époque le bureau de Thierry Marembert, alors jeune avocat spécialisé en corporate et aujourd’hui associé de Kiejman et Marembert. «Alors que Thierry s’apprêtait à partir pour quelques jours de vacances, le cabinet s’est vu confier le dossier de l’entrée du capital de Vodafone dans SFR, raconte David Aknin. Pendant son absence, il m’a demandé d’y jeter un œil.» Et le fiscaliste accroche bien vite avec la matière. A tel point qu’il décide de mettre de côté le droit fiscal pour se spécialiser, lui aussi, en corporate. «J’avais envie d’être au cœur des opérations, de pouvoir travailler sur la stratégie de développement et la croissance des clients, justifie-t-il. Je crois que le droit fiscal ne me suffisait pas.»

Lorsqu’en 1998, Europe Capital Partners engage la vente de Gerflor, PAI Partners se positionne comme acquéreur. Hervé Couffin, alors senior partner du fonds d’investissement, confie le dossier à Linklaters. «David était un nouveau venu dans le milieu du private equity, mais j’ai tout de suite senti en lui une intelligence brillante et une très grande rapidité intellectuelle», se souvient ce dernier. A force de travail et de volonté, les qualités de l’avocat se font bien vite remarquer par le marché. «Il a une extraordinaire capacité à dominer les sujets d’une très grande complexité, à les expliquer d’une manière qui semble simple et, in fine, à les rendre naturels voire évidents», poursuit Hervé Couffin. Linklaters le coopte equity partner en 2000. David Aknin n’a pas encore 33 ans. «Mon métier me passionnait, mais j’étais trop jeune pour avoir une quelconque influence dans les orientations stratégiques du cabinet. Par deux fois, j’ai eu la désagréable impression de devoir m’effacer au profit d’associés plus seniors, contre ce que je considérais être l’intérêt collectif. J’avais l’impression de vivre, à mon niveau, la fameuse citation de Jean-Pierre Chevènement : “Un ministre, ça ferme sa gueule. Et si ça veut l’ouvrir, ça démissionne”». Deux semaines après une troisième déception, David Aknin fait le choix de quitter le cabinet.

 

La consécration chez Weil Gotshal & Manges

«Mon frère, qui était expert-comptable du cabinet Serra Leavy Cazals, m’a mis en contact avec Claude Serra, que j’avais déjà rencontré lors d’un dossier quelques mois auparavant. Celui-ci venait de fusionner avec la firme américaine Weil Gotshal & Manges. Avec son équipe, ils étaient au début d’un beau projet. Claude, qui est depuis devenu un ami très proche, m’a proposé de rejoindre le navire, je n’ai pas hésité», raconte-t-il. Claude Serra se souvient : «J’avais repéré David sur un dossier dans lequel les négociations auraient pu devenir tendues. Mais j’ai tout de suite été impressionné par l’adresse et la pertinence de ce jeune avocat. J’ai beaucoup apprécié sa posture durant les échanges. Je savais qu’il serait une recrue de choix pour notre cabinet.»

David Aknin rejoint Weil Gotshal & Manges en 2003, accompagné de cinq avocats : Emmanuelle Henry, Jean Beauchataud, Alexandre Duguay (qui sont tous les trois devenus associés), Pascale Desautel et Yannick Olivier. L’aventure se construit en commun. «Nous avons cherché à créer un cabinet où les associés se respectent, sont solidaires et amis. Je crois que nous y sommes parvenus», se félicite David Aknin.

Agé de 35 ans, le nouvel associé apporte avec lui une clientèle de choix. Car la quasi-totalité des fonds d’investissement pour lesquels il travaillait chez Linklaters, lui font suffisamment confiance pour le suivre chez Weil Gotshal. Apax, Montagu Private Equity, PAI Partners, Candover, 3i, Chevrillon, Axa Private Equity, Sagard lui confient rapidement de nouveaux dossiers, d’autant que le marché du capital-investissement connaît à cette époque une forte expansion. L’activité de l’équipe de David Aknin connaît rapidement un bel essor. Elle se fait par exemple remarquer aux côtés de la famille Deconinck lors de l’entrée de KKR au capital de Tarkett, sur la reprise de Ceva par son équipe de management, sur le LBO de Sebia par Montagu, sur celui de PAI sur la Saur, sur l’acquisition de Cegelec par le groupe Vinci ou lors de la reprise de Fives par Axa PE et Frédéric Sanchez. Très récemment, l’équipe s’est illustrée sur le LBO d’Anios mené par Ardian avec la famille Letartre ou sur les introductions en bourse de Numéricable et de Tarkett.

Le talent de négociateur de David Aknin est mis à l’honneur par la clientèle. Dominique Gaillard, directeur général Fonds Directs d’Ardian, témoigne : «Une des principales qualités de David est sa très grande créativité lorsqu’il s’agit d’imaginer des solutions élégantes pour résoudre des points difficiles de structuration juridique. David fait partie de ces avocats qui manient avec tellement de brio la dialectique qu’ils marquent des points dans les négociations sans que l’avocat de la partie adverse en ressente frustration d’ego et amertume.» Claude Serra confirme : «David est quelqu’un d’une grande fulgurance. Porté par ses valeurs, il est doté d’un sens inné de ce qui est juste. Il est constructif pour trouver des solutions permettant aux parties de se rejoindre.»

Bon négociateur ? David Aknin n’aime pas beaucoup l’expression. Il explique qu’il s’attache toujours à «écouter et comprendre les objectifs de son interlocuteur avant de venir au soutien des intérêts du client». Toujours dans le calme et le respect.

C’est sans doute ce talent qui lui aura permis de se faire également remarquer sur le marché de la renégociation de dette en situation de crise, depuis quelques années. Aux côtés de ses associés Philippe Druon et Jean-Dominique Daudier de Cassini, auxquels il voue une admiration sans limite, il a su concilier les intérêts des parties sur des dossiers particulièrement tendus. Une matière qu’il apprécie car «elle est complexe, technique et nécessite de faire prévaloir une solution viable pour l’entreprise en dépit d’un grand nombre d’intérêts nécessairement divergents».

Que ce soit avec l’équipe restructuring ou avec celle de private equity, David Aknin a toujours aimé travailler en équipe. Il reconnaît : «Je me sens bien dans un rôle de meneur, mais j’ai besoin d’évoluer dans un projet collectif. Depuis 10 ans, j’ai la chance de partager le quotidien d’associés et de collaborateurs que j’admire et avec qui nous avons construit une marque solide à Paris». Et de conclure : «J’espère que les dix prochaines années se feront avec eux.» 

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