Le cofondateur du bureau parisien de Kirkland & Ellis, Vincent Ponsonnaille, élu avocat de l’année en private equity, est un discret mais redoutable deal maker.
La nouvelle avait fait l’effet d’un séisme dans le microcosme des avocats d’affaires parisiens. En 2019, la firme américaine Kirkland & Ellis ouvre, enfin, un bureau à Paris. Pour ce faire, elle s’appuie sur deux avocats de renom en private equity : Laurent Victor-Michel et Vincent Ponsonnaille. Ces derniers travaillent ensemble depuis des années chez Linklaters, ils forment un duo de choc reconnu sur la place. « C’était à ce moment-là de ma carrière qu’il fallait le tenter. Je savais que c’était dans cette direction que je voulais aller : créer à Paris un cabinet spécialisé en private equity offrant à ses clients la même qualité de services qu’à Londres et à New York », se souvient Vincent Ponsonnaille. Quatre ans après, le pari est réussi. Le cabinet est pleinement intégré dans le paysage hexagonal et international. Cette année, le bureau parisien de Kirkland & Ellis a facturé plus de 2 000 heures. Selon Mergermarket, il se place même à la 3e place en valeur de deals juste derrière Gide Loyrette Nouel et Cleary Gottlieb Steen & Hamilton avec 20 deals uniquement. Sa recette magique ? « Vincent a su attirer, former et faire monter en puissance une équipe d’excellence à Paris », remarque Alexandre Flavier, partner en charge de la France pour la société de capital investissement Hg Capital et client de longue date. Outre des équipes en private equity, financement et fonds – soit environ 25 avocats –, le bureau travaille étroitement avec les autres implantations de la firme : Bruxelles pour les dossiers antitrust et Londres pour le carve-out.
Le fol été 1999
Pourtant, rien ne prédestinait l’originaire de Chamalières, dans le département du Puy-de-Dôme (63), comme son confrère Pierre-Yves Chabert de Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, à cette carrière de deal maker. Rien à part probablement son esprit de compétition et son mémoire à HEC qui portait déjà, en 1995, sur la mécanique du LBO. Après 15 jours en médecine, peut-être pour suivre les traces de son père cardiologue, Vincent Ponsonnaille prend la direction de Paris. Il tente une prépa HEC avec succès. Le déclic de l’avocature arrive, comme souvent, grâce à de bons professeurs de droit. « L’idée que je me faisais du métier d’avocat avant de commencer à exercer n’a rien à voir avec la vie que j’ai actuellement », s’amuse l’avocat de 48 ans, le sourire en coin.
Sa carrière commence fort. Collaborateur chez Veil Armfelt Jourde la Garanderie, il travaille sur les plus gros dossiers de la place en droit boursier. L’été 1999 est celui de toutes les grandes fusions-acquisitions : TotalFina et Elf, BNP Paribas et Société générale. Vincent Ponsonnaille apprend vite et beaucoup sur le droit boursier aux côtés de Henri Brandford. Toutefois, en 2006, son envie d’élargir sa pratique le mène chez le membre du Magic Circle, Linklaters. Il y restera 17 ans et y construira sa réputation en private equity. « Vincent est un fin négociateur, il fonctionne comme un sparring partner dans les discussions avec son client. Il sait faire preuve de créativité pour ouvrir les options et sortir des situations de blocage », atteste Sébastien Metzger, general counsel M&A/finance de Wendel.
Une méthode anglo-saxonne
Avocat au barreau de Paris et solicitor of England and Wales, depuis plus de 25 ans, il conseille des fonds d’investissement, des fonds souverains et des groupes internationaux. « Je reste très attaché au marché français tout en m’inspirant des méthodes anglo-saxonnes », précise Vincent Ponsonnaille. « Nous passons beaucoup de temps avec nos clients étrangers à leur expliquer les particularités du marché tricolore », ajoute-t-il.
Avec son équipe, il s’est construit de deals en deals, s’imposant peu à peu comme l’une des stars reconnues du private equity en Europe. « Vincent possède une vaste connaissance du marché et des pratiques des deals de private equity. Ses conseils permettent de mettre le curseur au bon endroit afin d’assurer la compétitivité d’une offre tout en préservant les intérêts de son client », assure Sébastien Metzger avec qui il a, notamment, mené l’acquisition cet été de Scalian, classée dans le top 10 des sociétés françaises de conseils en ingénierie, pour 557 millions d’euros. Cette connaissance du marché est aussi l’une des raisons pour lesquelles Hg Capital s’est naturellement tourné vers lui lorsqu’il a fallu réaliser la première acquisition du bureau parisien de la société de capital-investissement britannique. « L’enjeu était important, il nous fallait un cabinet de confiance », explique Alexandre Flavier. Le 20 juillet 2023, Hg Capital est devenu officiellement actionnaire de l’entreprise à mission française Nomadia. Le début d’une série d’acquisitions dans laquelle Vincent Ponsonnaille est étroitement impliqué.
Des dossiers physiques
Calme, discret et efficace, « Vincent n’a pas besoin de hausser le ton. Il a une autorité naturelle », témoigne son associée Nadine Gelli, associée tax de Kirkland & Ellis à Paris. Dès le début de l’aventure américaine, il a tenu à donner l’image d’un cabinet qui travaille avec tout le monde et cela fonctionne à condition de suivre le rythme. Vincent Ponsonnaille peut passer des nuits entières sur un dossier partant du principe que si le client a la volonté de faire, alors il existe toujours un moyen. Il n’est pas rare d’aboutir à un accord à 4 heures ou 5 heures du matin, quitte à y laisser parfois beaucoup d’énergie. « Par la force des choses, on est fatigués donc on finit par se mettre d’accord mieux et plus vite », raconte-t-il. L’avocat sait décortiquer des situations compliquées et n’a pas peur de s’investir pleinement dans ses dossiers. « Il maîtrise ses propres émotions et délivre de façon solide en toutes circonstances, en s’adaptant aux fortes exigences de fondateurs, dirigeants et investisseurs comme nous », évoque Alexandre Flavier.
La cotation de Legrand – son premier dossier en tant qu’associé chez Linklaters – et la fusion Total-Elf « sont des dossiers réellement éprouvants physiquement qui créent des liens forts, même des années après », révèle Vincent Ponsonnaille. Plus récemment, l’acquisition par la holding familiale Wendel de 51 % du capital de son client IK Partners, pour un total de 383 millions d’euros, a également nécessité des semaines de négociation entre les équipes des trois cabinets d’avocats sur le deal et les deux entreprises. Une fuite dans la presse, durant le week-end, a alors tout accéléré. Il a fallu réunir l’ensemble des parties dans une même salle jusqu’à réussir à trouver un accord. « C’était un deal compliqué », nous confie l’avocat de Kirkland & Ellis.
Cependant, le dénouement de l’opération et son adrénaline justifient tout : les efforts, le temps passé et les sacrifices. Les sacrifices ne posent pas de problèmes, tant que personne n’en souffre, estime Vincent Ponsonnaille. Ce dernier s’en assure régulièrement auprès de sa femme et de ses deux fils âgés de 11 et 6 ans. Entouré dès sa plus tendre enfance par des proches grands travailleurs, il imagine difficilement une autre vie. Simplement, pour durer dans ce métier de deal maker, une bonne hygiène de vie est indispensable. Le spécialiste du private equity court, nage et prend ses repas tôt, ce qui amuse nombre de ses confrères. Lorsqu’il a besoin de s’aérer, il va faire un tour à la librairie Fontaine proche du cabinet. L’avocat n’en revient jamais les mains vides. Polars, biographies, tous les genres y passent comme en témoigne son bureau.
Savoir provoquer les situations
Conscient de l’implication nécessaire pour réussir, à la fin de chaque deal, Vincent Ponsonnaille revient avec des macarons ou des chocolats pour l’ensemble du cabinet, avocats, assistants et stagiaires. « Il est attentif aux autres et a des attentions pour tous », indique Nadine Gelli. Enfin, en guise de rituel, l’équipe avec laquelle il a mené le deal est invitée dans un grand restaurant après chaque closing. Attentif, Vincent Ponsonnaille l’est aussi aux besoins de ses clients. Il n’attend pas l’opportunité d’un deal pour créer un lien. Dès le début de sa carrière, l’avocat a compris qu’il « faut provoquer les situations », explique-t-il. Un jour, il s’est ainsi rendu à Los Angeles dans la seule optique de rencontrer le fonds californien The Gores Group. Convaincre prend du temps, mais le challenge lui plaît. En 2006, seulement cinq ans après son arrivée chez Linklaters, l’association fait l’effet d’accélérateur.
Notre avocat de l’année a d’ailleurs pu compter sur Fabrice de la Morandière et Thierry Vassogne, ces deux mentors, pour le guider dans cette nouvelle étape de sa carrière. De ce dernier, disparu en 2011, il retient particulièrement une phrase : « Il y a trois façons de répondre à une question : soit oui, soit non, soit vous ne répondez pas. » Deux ans après son association chez Linklaters, la crise financière de 2008 secoue le monde. Les avocats d’affaires tentent de restreindre les pertes. « Vous apprenez alors à aller chercher les clients », admet Vincent Ponsonnaille. Pas de quoi décourager cet avocat redoutable en affaires. Bien au contraire.