L'avocat de l'année

Florence Haas, la conviction à l’œuvre

Publié le 8 janvier 2021 à 10h18

Recrutée très jeune chez Bredin Prat, l’avocate s’y est pleinement épanouie, en contribuant à structurer l’activité de private equity au sein de l’équipe corporate. Incarnant la nouvelle génération d’avocats et de banquiers, Florence Haas a réussi à s’imposer dans le milieu très masculin du private equity.

L’élément principal du bureau de Florence Haas, perché au sixième étage d’un immeuble Art déco, c’est la lumière. Un soleil caressant en ce matin glacé de novembre sur les murs blancs, qui ont pour unique décor une affiche du film Pierrot le Fou de Godard. «Cette affiche m’accompagne depuis mes débuts chez Bredin. Les couleurs commencent à être passées», commente avec amusement cette passionnée de la Nouvelle Vague. Un espace lumineux et dépouillé donc, inattendu pour un cabinet réputé abriter de nombreuses œuvres d’art, sous l’impulsion de son fondateur Jean-François Prat, qui était aussi un grand collectionneur. Quant aux meubles, un vaste bureau en bois clair domine la pièce, sous lequel on aperçoit un escarpin en daim noir négligemment abandonné.

Florence Haas grandit entre Boulogne et Paris. Elle entame des études de droit à peine sortie du lycée Jean de La Fontaine, terminé avec un an d’avance et un bac S en poche. Elle se présente sur dossier au magistère Juriste d’affaires de ­Paris 2 Panthéon-Assas, une filière sélective dirigée à l’époque par Michel Germain. «A mon entretien, j’ai parlé de cinéma, un sujet très éloigné du droit des affaires, auquel je ne connaissais rien», se souvient-elle. Mais elle se passionne très rapidement pour cette matière, dans laquelle elle retrouve «un exercice intellectuel, de la gymnastique et de la structure» qui lui correspondent parfaitement. «Je suis allée vers ce qui m’amusait le plus», résume-t-elle.


«J’ai la chance de travailler dans un des plus beaux cabinets parisiens et d’être associée avec mes amis.»


La relève de Bredin

A 23 ans, à l’issue de son stage chez Bredin Prat, le cabinet souhaite la garder. «Je savais déjà que ce que je voulais faire après mes études, c’était aller chez Bredin», précise-t-elle. Quitte à faire une croix sur une année de LLM à New York et la vie de campus qui la tentait beaucoup. Un renoncement qu’elle ne regrette pas. En 2005, elle intègre Bredin qui de son côté tient sa promesse et l’envoie en détachement aux Etats-Unis, au sein d’un des plus prestigieux cabinets américains, Cravath, Swain & Moore, en 2008-2009. «C’est une énorme chance d’avoir commencé très jeune et d’avoir “grandi” chez Bredin, qui cultive un intuitu personae fort, le goût de la transmission et un esprit de famille. En combinant toutes les équipes, nous sommes une dizaine d’associés à avoir à peine 40 ans ou un peu moins, preuve d’une confiance solide de Bredin dans la capacité des jeunes à porter l’avenir du cabinet. Pour nous, c’est très stimulant. J’ai la chance de travailler dans un des plus beaux cabinets parisiens et d’être associée avec mes amis», s’enthousiasme-t-elle.

Les années 2013-2014 marquent une période charnière. Florence Haas intervient sur plusieurs dossiers emblématiques, tels que la reprise par General Electric de la branche énergie d’Alstom. Dix-huit mois intenses sur un dossier complexe et très politique, avec un rythme de travail «presque inhumain», et un mois et demi de négociations pendant lesquelles l’équipe ne dort plus. En parallèle, l’avocate commence à élaborer sa réflexion sur la structuration de la pratique private equity au sein de l’équipe corporate de Bredin. Réputé pour son activité en fusions-acquisitions industrielles et cotées, le cabinet intervient alors sur des deals de private equity, sans avoir d’équipe dédiée. Fin 2014, Florence Haas devient associée, portant notamment ce projet de nouveau positionnement de la structure sur le private equity.


Les montées d’adrénaline

L’associée continue toutefois à garder une palette d’activité plus large, notamment en M&A. «Cela m’apporte une agilité qui est particulièrement appréciée par les clients. Certaines opérations de private equity peuvent être très complexes et nécessiter une manière de penser et des réflexes différents, par exemple sur des LBO primaires, avec les problématiques de carve-out ou des relations avec un cédant industriel».

La vitesse avec laquelle les opérations se font, l’émulation entre les différentes équipes et les montées d’adrénaline sont d’ailleurs les principaux attraits du private equity aux yeux de Florence Haas. «J’aime beaucoup travailler avec les fonds, parce que ce sont de petites équipes, avec des gens très sophistiqués et très rapides dans leur prise de décision. Je suis moi-même rapide, voire impatiente, cela me convient très bien. C’est un peu comme une course de ski», remarque-t-elle. Florence Haas assiste en effet depuis plusieurs années des sociétés d’investissements comme KKR, Wendel, PSP ou encore Eurazeo. Des clients qui pour certains l’ont vue évoluer de jeune collaboratrice à associée. «Mon premier grand dossier aux côtés de KKR, c’est Sandro Maje, en 2012-2013, quand Sébastien Prat m’a laissée prendre le lead sur l’opération, dans la plus pure tradition du cabinet. Depuis, j’ai développé des relations très fortes avec le fonds», raconte-t-elle. Cette année encore, l’associée est intervenue sur plusieurs opérations pour KKR, dont Mediawan, un Spac lancé par Xavier Niel, Mathieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton dans le domaine des médias. Richard Norton, principal chez KKR France, travaille avec Florence Haas de manière régulière depuis 2016. «Florence génère très rapidement la confiance de toutes les parties. Dans des négociations complexes, avec de nombreuses parties prenantes, elle est très habile pour aboutir à un deal équilibré. Ses conseils et ses livrables sont excellents», note-t-il.


La vitesse avec laquelle les opérations se font, l’émulation entre les différentes équipes et les montées d’adrénaline sont d’ailleurs les principaux attraits du private equity aux yeux de Florence Haas.


«Avocate de confiance de toutes les parties»

Cécile Gilliet, directrice juridique investissement chez Eurazeo, est une ancienne de chez Bredin Prat. Mais elle a commencé à travailler étroitement avec Florence Haas ces trois dernières années, «souvent du même côté ou l’une contre l’autre, sans que cela pose de problème». Elles viennent d’ailleurs de boucler en novembre deux deals le même jour : la cession des parts d’Eurazeo dans Iberchem et l’acquisition d’Altaïr. «C’est une très bonne technicienne, qui a une grande force de travail, qui se rend toujours disponible pour ses clients, et qui a une posture ni trop agressive ni trop complaisante dans les négociations», souligne la directrice juridique. Elle relève également le respect vis-à-vis des collaborateurs dont fait preuve Florence Haas : «C’est agréable aussi pour les clients de voir que les collaborateurs ne sont pas malmenés.» Pierre Pasqual, qui officiait chez Lazard, avant de participer avec Matthieu Pigasse à la création du premier bureau européen de la banque d’affaires américaine Centerview Partners en avril 2020, connaît Florence Haas depuis plusieurs années. Le fait d’appartenir à la «nouvelle génération» de banquiers et avocats est un point qui les rapproche, selon lui. «Sur beaucoup d’opérations, Florence réussit à s’imposer comme avocate de confiance de toutes les parties. Elle est très travailleuse, didactique, posée. Elle sait aussi être très commerciale et faire des concessions pour faire avancer les négociations tout en défendant fermement les intérêts de ses clients. Elle sait admirablement bien synthétiser les situations complexes. J’apprécie surtout sa joie, son optimisme et son intelligence», commente ce banquier d’affaires.


Les équilibres personnels

Florence Haas vit comme «un challenge positif» le fait d’être une femme dans le milieu très masculin du private equity. Si elle n’a jamais fait l’expérience du plafond de verre au sein de Bredin Prat, qui affiche un taux élevé d’association des femmes, elle a l’habitude se retrouver la seule femme en réunion lors des transactions. «Les gens que je côtoie sont à l’aise avec le fait de travailler avec une femme, voire le considèrent comme une différence positive. Est-ce que cela m’a fermé des portes de certains clients ? Sans doute. Ce sont des gens avec qui je ne travaillerai pas ou alors je réussirai à les convaincre en étant en face», estime-t-elle. Elle poursuit : «Je me positionne en tant que féministe, mais dans un féminisme très positif. Je considère qu’il est important d’ouvrir la voie et de montrer à toutes les jeunes femmes qu’il n’y a pas de modèle unique qui consisterait à faire exactement la même chose que les hommes, qu’il est possible de tout avoir, selon les équilibres personnels de chacune.»

Pour sa part, l’équilibre se joue entre trois piliers : vie professionnelle, vie sociale et vie familiale. Mère de deux enfants de 10 mois et trois ans et demi, elle met un point d’honneur à continuer à sortir et à voir ses amis, autant que son agenda et les restrictions sanitaires le permettent. Même en vacances, Florence Haas n’est jamais en mode «farniente», préférant se lever au petit matin pour marcher en montagne, au Népal, en Islande, ou plus régulièrement dans les Hautes-Alpes en France. La lecture est son autre passion depuis son enfance. Sa grande fierté est d’avoir avalé les trois mille pages d’A la recherche du temps perdu pendant son congé maternité, pris au début de l’année, qui a coïncidé avec le premier confinement. La preuve, s’il en fallait, qu’il est possible de tout réussir, sans renoncer à aucune de ses passions. 

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