L'avocat de l'année

Olivier Deren, fidélité et travail

Publié le 3 janvier 2017 à 14h44    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h55

C’est à la force de sa connaissance technique des dossiers, de sa soif d’apprentissage et de transmission qu’Olivier Deren, associé du cabinet Paul Hastings, est devenu un nom en matière de private equity.

Olivier Deren fait partie de ces rares avocats qui ont construit toute leur carrière au sein de la même structure. 25 années de fidélité. Pourtant, l’avocature n’est pas une vocation pour ce diplômé de la section service public de Sciences Po Paris qui se destinait à la haute fonction publique. En 1989, il change d’avis après une expérience d’un an au sein d’un cabinet ministériel dans le cadre de son service militaire et décide de se concentrer sur ses études de droit. Trois ans plus tard, Olivier Deren intègre le cabinet Moquet Borde & Associés avec l’idée que cette double formation l’aiderait à se développer dans le domaine du droit public des affaires. Un projet initial qui n’a pas duré longtemps. «J’avais acquis la certitude que l’activité d’avocat d’affaires était celle qui correspondait le plus à mes aspirations, notamment parce qu’elle s’inscrivait, au-delà des aspects techniques et intellectuels particulièrement stimulants, dans un cadre relationnel évolutif. Mais quand j’ai commencé, je n’avais pas forcément l’idée que je serais un avocat transactionnel spécialisé en private equity», raconte celui qui a été désigné avocat de l’année par ses confrères. Olivier Deren a, en effet, très vite compris que le contentieux n’était pas fait pour lui. De ses deux expériences de plaidoiries, en tant que commis d’office puis un peu plus tard devant le tribunal de première instance de la Cour de justice des communautés européennes, ce fin connaisseur du private equity tire une grande admiration pour les avocats spécialisés en contentieux. D’après lui, «l’homme du contentieux a un objectif : faire gagner son client. Il regarde les différentes thèses pouvant être développées, il en retient une et il faut qu’il ait la certitude que c’est la bonne. L’homme du conseil ne doit jamais s’enfermer dans une solution, il doit toujours trouver ce qui peut dégager le consensus et anticiper les situations de crise».

Formé par Dominique Borde

Très vite, Dominique Borde, co-fondateur du cabinet, lui demande d’intégrer l’une des équipes qu’il anime dans le domaine des fusions-acquisitions. Naît alors un redoutable tandem, composé de deux profils complémentaires partageant la même vision du métier. «Le travail, au-delà de la joie qu’il procure en lui-même, donne une grande liberté. Par le travail, vous acquérez une certaine maîtrise et vous repoussez vos limites», argumente l’associé de Paul Hastings. «Je ne crois pas au génie dans notre métier. Ce qui fait notre différence, c’est notre capacité à comprendre les diverses contraintes d’un dossier et de trouver les solutions pour concilier les objectifs parfois très différents des parties prenantes à une opération», continue-t-il. Les dimanches après-midi passés au cabinet à revoir les contrats deviennent un rendez-vous à part entière. Et Olivier Deren découvre la joie de l’activité transactionnelle aux côtés de celui qui est alors l’une des grandes figures du barreau d’affaires. «J’ai beaucoup appris auprès de Dominique Borde. Il avait une vraie approche entrepreneuriale, considérant que l’avocat ne vaut rien s’il n’est pas capable de construire une relation de confiance avec ses clients. Cette approche m’a toujours guidé depuis le début de ma carrière», reconnaît-il. Un dossier le marque particulièrement pendant cette période : celui du processus de privatisation du CIC dans lequel il conseille l’un des candidats.

Durant ses années de collaboration, Oliver Deren se forme à la technicité des fusions-acquisitions de sociétés non cotées et apprend à avoir une perception globale des risques d’un dossier. «Fin psychologue, il sait s’adapter à tous types d’interlocuteurs. Quelle que soit la difficulté de la négociation, nous avons toujours le sentiment d’avoir un partenaire de bout en bout du dossier», confie David Robin, directeur associé d’Edmond Rothschild Investment Partners. «C’est quelqu’un de droit, d’intègre, qui cherche toujours à préserver l’intérêt de son client», insiste-t-il.

Un acteur déterminant de la transmission

Cette relation privilégiée avec Dominique Borde va avoir une influence sur l’ensemble de sa carrière. Pour Olivier­ Deren, imprégné par ce mode de fonctionnement en binôme, l’efficacité implique pendant longtemps de travailler en rangs serrés. Plutôt pragmatique, aimant que les choses aillent vite, l’avocat de l’année comprend rapidement la difficulté de s’entourer de personnes suivant son rythme. Avec le temps et, à son plus grand regret, le départ de quelques collaborateurs, il apprend à être moins exclusif et à ne pas avoir de périmètre d’équipe établi. Exigeant avec lui-même, l’avocat l’est aussi avec les autres, tout en s’efforçant d’être présent et à l’écoute. D’autant qu’Olivier Deren est, depuis toujours, animé par la passion de transmettre. «Rien n’est plus beau dans la vie que de voir quelqu’un grandir et trouver les moyens de s’épanouir dans le plaisir d’apprendre», révèle-t-il entre deux bouffées de cigarette. En effet, derrière ce bourreau de travail se cache un homme attaché à l’intérêt général et à la transmission à la jeunesse. Cette conviction s’est traduite par son engagement en tant que maître de conférences à Sciences Po, de 1996 à 2002. Une période riche durant laquelle il rencontre certains de ses futurs collaborateurs. Plus récemment, il accepte d’animer des séminaires sur le LBO dans le cadre du magistère de droit des affaires de Panthéon-Assas (Paris II).

Au début de l’année 2000, Olivier Deren est nommé associé du cabinet Moquet Borde & Associés. Au même moment, le private equity commence à émerger. Jusque-là fin connaisseur des fusions-acquisitions, il se spécialise alors sur les opérations de LBO et sur les relations avec des fonds d’investissements. «Un LBO est avant tout l’association du capital humain et du capital financier. J’ai vraiment la conviction qu’une entreprise ne peut réussir que si elle obtient l’adhésion des hommes qui contribuent à la mise en œuvre de son projet», explique-t-il. Et ce sont justement ces relations humaines qu’Olivier Deren apprécie dans le LBO, une matière qui nécessite une équipe aux compétences transversales. Il affectionne particulièrement ce sentiment de mobilisation générale d’une «troupe de choc» capable de relever des défis afin de «délivrer» un dossier, ce qui nécessite souvent un engagement personnel important. Sa disponibilité quasi pleine et entière et sa technicité sont d’ailleurs devenues sa marque de fabrique. «Très impliqué sur ses dossiers, Olivier est toujours disponible pour ses clients et possède une approche très pragmatique des deals. Il inspire confiance et est un deal maker», témoigne Jean-Christophe Quiniou, managing director de DC Advisory, qui le fréquente depuis près de dix ans.

Chair de Paul Hastings Paris

Néanmoins, ce père de quatre enfants, âgés de 11 à 22 ans, reconnaît que l’équilibre familial a toute son importance dans la réussite professionnelle. Ces moments de respiration ? Les vacances au ski en famille à Val-d’Isère, le char à voile sur les plages du nord de la France, et plus quotidiennement, la musique. Particulièrement la deep house, le funk, mais aussi la musique classique en souvenir notamment de ses années d’apprentissage du violon.

En 2001, le cabinet Moquet Borde & Associés intègre la firme internationale Paul Hastings. La conviction profonde d’Olivier Deren que Dominique Borde sait être à l’écoute du marché s’avère exacte. Et l’avocat de l’année ne regrette pas son choix de ne pas être parti créer sa propre structure ou rejoindre de façon isolée un cabinet anglo-saxon comme nombre de ses confrères le font à cette époque. Il ne manque plus à Olivier Deren que d’étoffer l’équipe avec des professionnels de qualité et de la même génération. Il faudra attendre 2011, et les arrivées de Pascal de Moidrey, d’Alexis Terray et d’Edith Boucaya en provenance du cabinet Hogan Lovells, de Guillaume Kellner, d’Etienne Mathey et de Nicolas Faguer de Proskauer Rose, ainsi que, plus récemment, de Lionel Spizzichino du cabinet Weil Gotshal & Manges et d’Olivier Vermeulen de King & Wood Mallesons. «Le métier est dur, l’environnement est de plus en plus concurrentiel, surtout en private equity. Dans ce contexte, le respect des valeurs humaines, notamment au sein de ses propres équipes et au sein de son cabinet, est fondamental», insiste Olivier Deren. En 2012, Dominique Borde lui confie la responsabilité managériale de Paul Hastings. La transition se fait en douceur, avec succès. Et la fidélité paie. L’engagement aussi. Car au-delà de sa réussite personnelle, Olivier Deren veut continuer à faire rayonner Paul Hastings sur la place de Paris. Réussir pour soi-même est une grande satisfaction, mais réussir avec et pour les autres en est une plus grande encore. Ainsi pourrait se résumer la philosophie de cet avocat reconnu et apprécié par ses pairs.

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