A l’initiative du développement de la pratique capital risque du cabinet Gide Loyrette Nouel, Pierre Karpik s’est imposé en quelques années sur le marché. Son talent ? Savoir mettre en lumière celui de ses clients tout en sécurisant leur avenir.
Il se dit «très intéressé par l’écosystème passionnant et stimulant du capital risque». On en conclura que, sans vouloir le reconnaître totalement, il a un petit côté geek mais qu’il considère sa mission comme avant tout juridique. Pierre Karpik est un avocat moderne et passionné. Il ne cherche ni les lumières, ni la gloire. Profondément sympathique, il est attentif, sincère et rassurant. Il refuse d’ailleurs le stéréotype de l’avocat bagarreur, car il estime que son rôle n’est pas de gagner mais de construire un futur commun aux parties. «En capital risque, l’objectif de l’avocat doit être d’assurer un consensus permanent et évolutif pour permettre aux managers et aux investisseurs de vivre ensemble, explique-t-il. Le juridique ne doit pas être un frein aux pourparlers. Certaines questions de droit sont susceptibles d’être techniques et nous devons souvent faire preuve d’innovation. Mais notre objectif est de délivrer au client un produit juridique abouti sans qu’il ait conscience des problématiques surmontées.» Son client, Jean-David Chamboredon, président du fonds d’investissement ISAI, témoigne : «Pierre nous emmène rarement dans la technique juridique, sauf si on lui demande et il fait alors preuve d’une grande pédagogie. Mais dans la plupart des cas, nous lui faisons confiance car c’est une référence en la matière et qu’il ne proposera jamais une option qui ne résistera pas aux pratiques de marché. Durant les négociations, il est efficace, direct et pragmatique. Il est business oriented et préconise toujours des compromis acceptables.»
Ce consensualisme est encouragé par le choix de Pierre Karpik de toujours conseiller aussi bien des jeunes entrepreneurs que des investisseurs. Le résultat est plutôt positif puisqu’il estime que 80 % de ses clients lui sont fidèles depuis au moins 15 ans. Parmi eux, Guillaume Multrier, le patron de Webedia, qui témoigne : «Lorsque j’ai fondé Bananalotto en 2000, je manquais un peu d’expérience. Avec Pierre à mes côtés, tout était simple. Il se met dans la peau de l’entrepreneur et hiérarchise les priorités avec pragmatisme. J’ai une confiance absolue en lui et il m’accompagne désormais sur tous mes projets.» Et des histoires de start-ups à succès, il en connaît un grand nombre. La liste de dossiers traités s’allonge d’année en année. Durant les derniers mois, il a été repéré sur le dossier Blablacar, Doctolib, Drivy, mais aussi Netatmo ou encore ChicTypes.
«Faire du capital risque, c’est prévoir le futur, assène l’avocat. J’en veux pour preuve le dossier Leetchi. J’étais présent dans le dossier lors du premier tour de table il y a cinq ans et j’ai vendu la société au Crédit Mutuel Arkea cette année dans d’excellentes conditions.» Car Pierre Karpik intervient également en M&A. Chez Gide Loyrette Nouel, il est très proche de trois associés de l’équipe fusions-acquisitions – Axelle Toulemonde, David Boitout et Hugues Scalbert – avec qui il partage d’ailleurs ses collaborateurs. Une organisation de travail étonnante puisque l’équipe capital risque du cabinet compte trois autres associés depuis quelques mois : Karen Noël, Olivier Edwards et David James-Sebag. «Je partage avec eux les dossiers, mais j’estime que mes collaborateurs sont mieux formés en intervenant à la fois en capital risque et en M&A», soutient l’avocat. Difficile d’imaginer un tel agencement dans d’autres cabinets… Mais c’est l’une des marques de confiance que Gide Loyrette Nouel témoigne depuis plusieurs années à l’avocat.
Un début de carrière chez Willkie Farr & Gallagher
Cette confiance, Pierre Karpik l’a gagnée à force de travail et de ténacité. Des valeurs qui lui ont été inculquées par son père, professeur de sociologie à l’Ecole des Mines et par sa mère, avocate en droit général des affaires. Eduqué dans un milieu d’intellectuels de gauche, il est destiné à une grande école d’ingénieurs, ce qui ne lui déplaît pas puisqu’il a toujours aimé les mathématiques. Il démarre donc ses études par une Maths sup. Admis en Maths spé, il change pourtant soudainement de voie pour s’inscrire en prépa HEC. «Je crois que j’étais trop curieux pour me contenter des maths», analyse-t-il aujourd’hui. En 1987, il intègre l’école de Jouy-en-Josas. «La première année était passionnante : les cours étaient intéressants et les soirées festives» se souvient celui qui garde aujourd’hui de nombreux amis proches issus de sa promo. En deuxième année, il profite d’un partenariat scellé avec l’Université de Sceaux pour débuter une formation parallèle en droit. Il découvre alors une matière qui satisfaisait sa soif d’apprendre et son désir de rigueur.
Durant sa troisième année d’école, il profite d’une dérogation pour s’inscrire en DESS de fiscalité. Sa maîtrise et sa licence, il les fera l’année suivante en même temps que son service militaire et ses cours de comptabilité du DECF. L’étudiant ne fait pas les choses à moitié. C’est dans son caractère. Quelqu’un de passionné.
Une fois tous ses diplômes obtenus, une copine de promo – Alexandra Bigot – lui conseille de rencontrer l’associé gérant du cabinet où elle exerce : Daniel Payan. «Nous nous sommes rapidement entendus. J’avais un grand respect pour cet avocat, travailleur devant l’éternel, visionnaire et pédagogue», raconte-t-il. Il rejoint donc le cabinet Willkie Farr & Gallagher à l’été 1991 et intègre l’équipe de collaborateurs de Daniel Payan et de Michel Frieh, aux côtés de Guy Benda et Pascal Chadenet. «L’activité était principalement axée sur le LBO, mais Daniel avait compris mon besoin de diversité et j’étais en première ligne pour traiter sa clientèle japonaise», poursuit-il. Au bout de quatre ans, l’avocat tourne pourtant un peu en rond et cherche à sortir d’un carcan qui reste à son goût un peu trop financier.
Son ancien professeur d’HEC, Nadine Benichou, lui conseille de frapper à la porte de Gide Loyrette Nouel dont le fonctionnement devrait lui permettre d’intervenir sur une palette plus large de dossiers. En 1995, la grande maison française lui ouvre ses portes.
L’expansion de sa pratique chez Gide
Il raconte : «J’ai rejoint l’équipe de l’associé Bernard Caillaud. Il était avant tout un des plus grands spécialistes du droit des sociétés. Une école de rigueur.» Aux côtés d’autres collaborateurs de l’équipe, dont Hervé Pisani et Hugues Mathez, il traite de dossiers originaux, de toutes tailles et dans tous les secteurs. Une liberté d’action qui lui permet, dès 1997, de s’intéresser au développement de l’Internet et d’accompagner les clients du cabinet dans leurs investissements dans ce nouveau secteur.
Son premier dossier ? L’investissement de François Tison, pour le compte de Nomura, dans le FAI Freesbee. Ce dernier demeure d’ailleurs bien sûr l’un de ses fidèles clients. «Au fur et à mesure des dossiers, mon équipe s’est fait remarquer par des investisseurs comme Galileo, Viventures mais aussi Europatweb, mais également par des jeunes entrepreneurs comme Guillaume Multrier ou Pierre Kosciusko-Morizet.»Porté par la vague de dossiers et par les recommandations bienveillantes des acteurs du secteur, l’avocat impose son nom.«Il se fait repérer par son approche business et parce qu’il cherche toujours à simplifier le débat. Les investisseurs tentent souvent de se rapprocher de lui pour pouvoir le mandater sur de futurs dossiers», témoigne Guillaume Multrier.
En 2000, il présente sa candidature pour devenir associé de Gide. L’avocat de 33 ans, qui ne porte jamais de cravate, dénote sans doute un peu dans une maison aux traditions bien ancrées. Mais son activité représente aussi une bouffée d’air nouveau pour le cabinet qui a toujours fait confiance à l’initiative personnelle. «Les associés de Gide Loyrette Nouel m’ont permis de me développer et de m’accomplir dans mon travail. Je n’en serai pas là sans eux et j’éprouve un grand respect pour ce qu’ils m’ont permis de faire», tient-il à préciser. Et cette générosité qui lui a été offerte, il tente aujourd’hui de la reproduire à l’égard de ses collaborateurs dont il est très proche. «Les avocats qui l’assistent sont travailleurs, sérieux et agréables», reconnaît bien volontiers Jean-David Chamboredon. Et Guillaume Multrier d’ajouter : «Pierre est passionné par les questions de ressources humaines et il a un grand respect pour ses équipes.»
Désormais bien ancré dans le paysage français du capital risque, quelle sera la prochaine étape ? Pierre Karpik et son équipe prévoient-ils de développer également une clientèle d’investisseurs américains très actifs en ce moment ? En guise de réponse, nous aurons droit à son regard brillant caché derrière ses lunettes. Sans nul doute, l’avocat geek a déjà tout prévu.