L'avocat de l'année

Renaud Bonnet, l’innovation comme passion

Publié le 5 février 2018 à 10h11    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h55

Sa consécration comme avocat de l’année en private equity récompense plus de 20 ans de carrière où Renaud Bonnet, associé de Jones Day, est devenu, à force d’engagement, d’exigence et de passion, un acteur de référence dans le monde du capital-risque.

«Savez-vous que ce lieu est chargé d’histoire ?», interroge Renaud Bonnet à propos de l’hôtel Saint-Florentin où sont situés les locaux de Jones Day depuis 2010. «Figurez-vous que ce bâtiment a appartenu à Talleyrand de 1812 à 1838, avant d’accueillir le général Marshall et ses équipes chargées de la reconstruction de l’Europe à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, puis de devenir le siège du consulat américain.» C’est en nous contant cette anecdote que l’entretien avec ce féru d’histoire débute. Installés dans son bureau, l’ambiance est chaleureuse. Au mur, sont accrochées une lithographie de ballet contemporain – dont il est passionné – ainsi que de nombreuses photographies de ses deux enfants, Victoire et Charles, et de son épouse Alexandra, ancien «petit rat» de l’Opéra de Paris, rencontrée aux Etats-Unis pendant ses études. Face à lui, le buste de Marianne, sous les traits de Brigitte Bardot, la version d’Alain Aslan. «Cette belle allégorie de la République réconcilie mes passions de jeunesse pour le cinéma et la chose publique», précise Renaud Bonnet.

Né en 1970, il grandit rive gauche et effectue ses études à l’école Bossuet (Montessori), puis à l’Ecole Alsacienne. «Mon environnement scolaire a eu le mérite de cultiver ma curiosité intellectuelle», déclare Renaud Bonnet. Ce dernier décroche son bac scientifique en 1988, avant d’être admis à Sciences Po. Un choix du hasard ? «Je dois confesser un certain atavisme familial, précise-t-il. Mes parents, ainsi que mes grands-parents se sont connus à Sciences Po, je m’y suis donc senti comme chez moi.» Il en sort diplômé de la section «service public» en 1991. Des études qui l’ont marqué. «L’univers intellectuel de la rue Saint-Guillaume correspondait pleinement à mes aspirations», déclare-t-il.

Du service public au monde du droit

L’avocature n’est alors pas dans ses projets, Renaud Bonnet vise plutôt la fonction publique. Il hésite à passer le concours d’entrée de l’ENA, mais se trouvant trop jeune, il entre simultanément en deuxième année à l’Essec et en licence de droit à Paris II. «J’ai estimé que, pour avoir une meilleure chance d’entrer à l’ENA et surtout d’en sortir dans de bonnes conditions, je devais suivre une formation complémentaire», se souvient-il. Les études de commerce bouleversent cependant ses aspirations professionnelles. «J’ai rencontré des profils très différents de celui, plus “formaté”, alors cultivé à Sciences Po, qui m’ont indiscutablement ouvert l’esprit et sont restés mes amis les plus proches», se rappelle-t-il. A l’Essec, il fait notamment la connaissance d’Olivier de Juvigny, futur cofondateur du cabinet Dethomas Peltier Juvigny & Associés. Celui-ci lui vante les mérites de la profession d’avocat et lui fait rencontrer Gilles August, associé, à l’époque, du cabinet Salès Vincent Georges, où Renaud Bonnet effectue son seul et unique stage. Une révélation : «J’ai immédiatement été séduit par les responsabilités et l’autonomie de l’avocat, souligne-t-il. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à réfléchir à une alternative à la haute fonction publique.» Il continue sur sa lancée et obtient une double maîtrise de droit des affaires et carrières judiciaires à Paris II en même temps que le diplôme de l’Essec. Il réussit dans la foulée le CRFPA et achève son cursus par le DESS de droit des affaires et fiscalité-DJCE de Paris II. L’opportunité lui est alors donnée d’effectuer son stage de DESS et son service militaire en coopération au sein du bureau de Bruxelles de Salès Vincent Georges, bientôt absorbé par Stibbe Simont Monahan et Duhot. Agé de 23 ans, il reporte son admission à l’EFB pour saisir cette chance. A Bruxelles, puis à Paris, il exerce en droit européen et droit de la concurrence sous la direction d’Alain Georges et d’Hugues Calvet, ce dernier animant aujourd’hui l’équipe droit de la concurrence de Bredin Prat. Ses deux premiers mentors. «Alain Georges était extrêmement structuré et rigoureux, et Hugues Calvet une source inépuisable de créativité juridique», se souvient-il.

La révélation du private equity

Après deux ans et demi en droit de la concurrence, Renaud Bonnet a envie de nouveauté. Direction les Etats-Unis, pour compléter sa formation par un LL.M à Columbia et passer le Barreau de New-York. Il y reste une année supplémentaire au sein de l’équipe corporate de Davis Polk. De retour en France à la fin de l’année 1998, il choisit de retourner chez Stibbe qui accepte son changement de spécialité. Le cabinet vient de s’enrichir d’une équipe «start-up et introductions en bourse», animée par Jean-Marc Franceschi et Olivier Edwards, qui retient immédiatement son attention. Précurseur dans le domaine du capital-risque, ce dernier a notamment réalisé l’introduction en bourse de Business Objects sur le Nasdaq en 1994. Heureux hasard, l’un des premiers dossiers de Renaud Bonnet dans sa nouvelle spécialité est la cotation de la même société sur Euronext cinq ans plus tard. «Accompagner des sociétés innovantes est très enrichissant, précise-t-il. Leur profil de croissance soulève en effet des problématiques extrêmement variées.» Il rencontre peu de temps après un certain Jean-Baptiste Rudelle, futur cofondateur de la pépite Criteo, qu’il accompagnera par la suite dans toutes ses aventures entrepreneuriales, dont dernièrement la levée de 16 millions d’euros de Less, son nouveau projet dans le domaine des voitures autonomes, auprès d’Index Ventures et Daphni. A la fin de l’année 2000, des divergences apparaissent au sein du cabinet. Jean-Marc Franceschi et Olivier Edwards, qui militent en faveur d’un rapprochement avec une structure américaine, quittent Stibbe pour Jones Day. Renaud Bonnet les suit avec le reste de l’équipe.

Le tournant Jones Day

«En 2000, aucun cabinet anglo-saxon ne s’intéressait encore aux start-up françaises, se souvient Renaud Bonnet. Jones Day a pourtant pris le risque de nous accompagner dans cette aventure qui semblait, à cette époque, un peu incongrue pour un grand cabinet international.» Devenu associé trois ans plus tard, il continue de développer sa clientèle, accompagnant les principaux acteurs de la «French Tech» puis de la «French Healthtech» dans leur développement. Son équipe représente aujourd’hui une centaine d’entreprises de croissance françaises dont plus de 30 sont cotées. «J’apprécie particulièrement la diversité de notre activité et la proximité qu’elle induit avec des personnalités enthousiasmantes, poursuit-il. Même si nous représentons aussi nombre d’investisseurs financiers ou stratégiques, notre ADN est d’abord et avant tout l’accompagnement des entrepreneurs dans la durée.»

André Choulika, le fondateur de Cellectis et ancien président de France Biotech, compte parmi ses clients fidèles. Retenu pour la cotation de la biotech sur Alternext en 2007, Renaud Bonnet accompagne ensuite toutes ses levées de fonds ainsi que sa cotation sur le Nasdaq en 2015. «Nous avons bâti une relation de confiance, témoigne André Choulika. Renaud Bonnet est quelqu’un d’extrêmement calme, mais possédant une rapidité intellectuelle extraordinaire. Très impliqué, il possède une grande capacité de travail et répond toujours présent en cas de difficultés.» Un avis partagé par l’ancienne membre du directoire de Seventure Partners, Valérie Gombart, aujourd’hui à la tête du fonds de capital-risque Hi Inov. Celle qui lui a confié plus d’une cinquantaine d’opérations en 15 ans, le décrit comme «quelqu’un d’une loyauté à toute épreuve, d’une grande disponibilité et possédant un savoir-être incroyable lors des négociations». Elle estime par exemple que la cession de Xiring, société française spécialisée dans les lecteurs de carte Vitale, au spécialiste de solutions de paiement Ingenico en 2011, ne serait peut-être jamais allée à son terme sans Renaud Bonnet, en raison de l’agressivité des négociations. «Il sait argumenter et faire retomber la pression en cas de tensions» précise-t-elle.

A la suite des départs de Jean-Marc Franceschi pour Hogan Lovells en 2005, puis d’Olivier Edwards pour Morgan Lewis quatre ans plus tard, Renaud Bonnet prend en charge la direction de l’équipe. Il est alors l’unique associé pour quatre collaborateurs. Huit ans plus tard, l’équipe compte désormais vingt avocats dont six associés et intervient sur une centaine d’opérations chaque année. «Ma plus grande fierté est d’avoir su faire grandir autour de moi des avocats de grand talent, dont trois, recrutés à la sortie de l’EFB, qui sont aujourd’hui mes associés», déclare-t-il. En 2016, il devient coresponsable de la pratique private equity de Jones Day dans le monde, qui regroupe une centaine d’avocats. «Il ne pouvait y avoir de meilleure reconnaissance par le cabinet du travail accompli à Paris depuis 15 ans, confie-t-il. Cette confiance renouvelée nous permet d’envisager l’avenir avec beaucoup d’optimisme dans un environnement où la technologie est désormais omniprésente.» Un optimisme qui se propage jusque dans ses dossiers, notamment lorsqu’il évoque le récent succès de l’introduction en bourse d’Advicenne (maladies orphelines) ou encore la levée de fonds de 100 millions d’euros de la start-up française Devialet, spécialiste des enceintes haut de gamme. Cette dernière, qui a été réalisée fin 2016 auprès d’une dizaine d’investisseurs de premier plan, s’appuie sur le soutien historique de Bernard Arnault, Jacques-Antoine Granjon, Xavier Niel et Marc Simoncini.

Dix-sept ans que Renaud Bonnet a rejoint le cabinet Jones Day, mais à ses yeux, l’aventure ne fait que commencer : big data, voitures autonomes, nano-médecine… l’innovation n’a pas de limite !

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