Restructuring - L’avocat de l’année 2026

Aurélien Loric, l’impassible stratège

Publié le 20 mars 2026 à 10h43

 Temps de lecture 7 minutes

Elu avocat de l’année en restructuring par ses pairs, Aurélien Loric en est mi-flatté mi-amusé. Travailleur acharné, l’associé d’Orrick a construit la pratique du cabinet américain à Paris en restant fidèle à ses valeurs.

37 ans, Aurélien Loric a tracé sa route à contre-courant pour s’imposer comme l’une des figures les plus actives du restructuring parisien. « Il a une carrière fulgurante et est sans conteste l’un des tout meilleurs avocats de sa génération », confirme l’administratrice judiciaire Joanna Rousselet, associée du cabinet Abitbol & Rousselet. Aurélien Loric construit sa carrière obstinément, en anticipant chaque scénario. Cette méthode porte ses fruits jusqu’à présent. « Ces cinq dernières années, j’ai créé ma famille et mon équipe », admet l’associé d’Orrick.

Un monde aux codes inconnus

Ses premières ambitions, Aurélien Loric les forge au lycée, à Lille, grâce à une émulation permanente avec son frère jumeau. Même classe de terminale, même bac S option sciences de l’ingénieur, même appétit de réussite, la compétition fraternelle est un moteur, mais elle ne suffit pas à baliser la route vers l’avocature. Ce fils d’éducateurs spécialisés dans l’aide sociale à l’enfance et le handicap arrive dans le monde juridique sans filet ni réseau pour en déchiffrer les usages. « C’est un milieu dont je ne maîtrisais pas du tout les codes », reconnaît-il volontiers. D’ailleurs, le droit ne s’est pas imposé immédiatement. Meilleur de sa classe de terminale en espagnol, Aurélien Loric songe d’abord à intégrer une faculté de langues, mais ses professeurs lui suggèrent plutôt médecine ou droit. Ce qui finit par le séduire dans cette discipline ? Le raisonnement scientifique et la rigueur compatibles avec son côté bon élève.

Notaire, magistrat, commissaire, Aurélien Loric envisage toutes les orientations possibles avant de s’engager pleinement dans la voie des affaires. Après sa licence à Lille et un premier semestre en master droit des affaires à Aix-en-Provence, interrompue par le soutien apporté à son frère lors d’une épreuve de santé, il met le cap sur Londres. Durant trois mois, il y aide des expatriés à naviguer dans les méandres administratifs de l’installation. A la rentrée 2010, il se réinscrit à l’université, cette fois au DJCE de l’université Jean Moulin Lyon 3. L’appartement vétuste dont le double plafond s’effondre en cours d’année ne le décourage pas. Introverti et timide de son propre aveu, Aurélien Loric apprend à se dépasser. C’est là qu’il noue l’une des rencontres les plus déterminantes de sa trajectoire. François Wyon deviendra un ami proche puis son associé chez Orrick. « Nous avons réussi à faire la transition de l’association sans abîmer notre amitié, qui reste la pierre angulaire de notre équipe », se réjouit-il. Une alchimie rare dans un milieu où la concurrence peut rapidement ronger les liens les plus solides. « Nous avons une confiance et un respect mutuels depuis toujours. Nous savons que le travail de l’autre est de qualité, ce qui est un avantage sur ces dossiers et nous permet de travailler de manière constructive », ajoute Alicia Bali, associée de White & Case qui l’a rencontré lors de sa première année de collaboration chez Freshfields et qui a été témoin à son mariage.

La fabrique d’un associé

A l’issue du master, Aurélien Loric refuse les compromis. Les grands cabinets parisiens qu’il convoite exigent un LLM ou un passage en école de commerce. Poursuivre en business school après des années à travailler en parallèle de ses études lui semble une impasse. Il fait alors le calcul froid d’un investissement risqué, mais potentiellement décisif : un LLM à Columbia puis le barreau de New York. Il décroche deux bourses (White & Case et Freshfields), emprunte 80 000 euros et s’envole pour les Etats-Unis. « Le jour de l’examen du barreau de New York est sans doute l’un des plus stressants que j’ai connus. L’enjeu était énorme, si je ne réussissais pas, je ne pouvais pas rembourser mon emprunt », se remémore-t-il.

De retour en France avec sa femme, rencontrée lors du prix Fidal auquel il avait participé, l’avocat intègre le département corporate de Freshfields, mais l’insatisfaction pointe un an plus tard. « J’avais besoin d’adrénaline dans les négociations et je voulais avoir un impact sur un dossier », explique le spécialiste du restructuring. Survient alors une conversation décisive. Au moment où il s’apprête à rejoindre un cabinet londonien, Aurélien Loric rencontre Saam Golshani, associé restructuring d’Orrick à l’époque. L’échange le passionne. La mixité entre le M&A et le restructuring, la complexité des dossiers, l’adrénaline des négociations sous tension, tout y est. Aurélien Loric renonce à Londres et reste à Paris. En 2014, il intègre son équipe chez Orrick où il se positionne progressivement sur les dossiers hedge funds et fonds de dette. Quatre plus tard, il le suit chez White & Case.

En 2020, la naissance de son premier fils agit comme un révélateur. Sa paternité cristallise une ambition longtemps contenue. « Je voulais devenir associé grâce à ma capacité de générer de l’activité et grâce à mes propres clients », révèle-t-il. Quitter White & Case, accompagné de François Wyon et d’un seul client, représente un saut dans le vide. « C’était un pari très risqué de partir. Il a réussi à forger sa clientèle sur des dossiers de la place assez rapidement dans des cabinets où la pratique était à construire », insiste Alicia Bali. La méthode Aurélien Loric est précisément cela : anticiper, structurer, ne rien laisser au hasard. « Il a toujours trois coups d’avance. C’est un stratège et un tacticien remarquable », explique Charles Riou, co-fondateur et associé du family office Ycor, qui l’a vu à l’œuvre lors la restructuration financière de Solocal, l’ex-éditeur des annuaires Pages Jaunes.

La dynamique des grands dossiers

A son arrivée au sein du cabinet Eversheds Sutherland pour construire la pratique restructuring, en plein deuxième confinement, l’avocat contacte les banques d’affaires et les fonds pour se présenter et identifier les tendances du marché. La stratégie paie rapidement. Son nom est suggéré pour représenter un groupe de créanciers dans la reprise de Pierre & Vacances. Tout s’accélère à ce moment-là, s’ensuivent les retentissantes affaires Orpea et Casino. « Il rend accessible une situation complexe, sans jamais imposer le degré de sophistication pourtant très supérieur de sa lecture », confie Charles Riou. Aurélien Loric installe alors durablement sa réputation sur la place de Paris. L’un de ses secrets ? « Il sait tenir tête, y compris à son client lorsqu’il est intimement convaincu que c’est dans l’intérêt de son projet », explique son client.

Deux ans et demi après, cap sur Orrick. Le cabinet a profondément évolué depuis ses années de collaborateur. L’ADN californien lui convient mieux que ses précédentes structures et lui permet de traiter aussi bien des dossiers mid-cap que large cap. Son équipe s’est étoffée ainsi que ses mandats. En plus des dossiers hedge funds et fonds de dette, Aurélien Loric multiplie les interventions côté sponsors private equity et débiteurs. « Avec lui, ce n’est jamais de l’à-peu-près. Chaque sujet est traité complètement avec beaucoup de rigueur et de technicité », insiste Joanna Rousselet, avec qui il conclut de nombreuses affaires à l’amiable. Le restructuring lui offre exactement ce qu’il cherchait. « C’est une matière très concrète mêlant le financier, le juridique, l’opérationnel, la plaidoirie. Et derrière chaque dossier, il y a de vrais enjeux sociaux », confirme l’avocat.

L’équilibre, lui aussi, est une discipline qu’il travaille pour donner l’exemple à son équipe. Père de trois garçons de cinq ans, quatre ans et seize mois, il s’impose d’être présent à leurs côtés chaque matin. Le week-end, au moins une journée en famille est non négociable. Lorsqu’il n’emmène pas les deux aînés au bureau, c’est direction le Jardin d’acclimatation ou le Muséum d’histoire naturelle. Et si l’on cherche à comprendre comment il tient le rythme, la réponse se trouve dans ces liens cultivés avec soin. « Mes amitiés, de même que ma famille, sont clés dans l’équilibre qui m’a permis et me permet de mener mon activité, et de ne pas laisser la pression prendre le dessus sur la bienveillance », insiste l’avocat, qui apprécie de se ressourcer en Bretagne, dans sa maison face à l’océan. Cette formule ressemble moins à un art de vivre qu’à une conviction profonde, construite dossier après dossier, à force de rigueur et de lucidité. 

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