Orpea, Casino, Camaïeu… Anne-Sophie Noury a été présente sur tous les dossiers de place, ces dernières années, en restructuring. L’associée de White & Case, élue avocate de l’année par ses pairs, épuise ses adversaires par son endurance et rassure ses clients grâce à ses grandes capacités d’écoute et d’empathie.
Il était enfin temps qu’Anne-Sophie Noury soit élue avocate de l’année en restructuring, tant elle se distingue dans la pratique. D’apparence discrète, l’associée de White & Case est d’une redoutable endurance et technicité. « Elle est une princesse hyperagile, attentive aux autres, qui s’impose par la maîtrise des sujets », résume avec bienveillance l’administratrice judiciaire Hélène Bourbouloux qui la connaît depuis 2008. Casino, Orpea, Rallye, Conforama, Technicolor, Anne-Sophie Noury est intervenue dans tous ces dossiers phares. D’autres entreprises lui ont permis de construire une vaste expérience en restructuration de LBO, procédures de liquidation, de sauvegarde et de redressement judiciaires. L’avocate est, notamment, intervenue dans les procédures amiables de Gérard Darel, Camaïeu ou bien encore Sonia Rykiel. Aucun pan de la matière ne lui échappe.
Le défi de l’excellence
Pourtant, adolescente, Anne-Sophie Noury ignorait qu’elle voulait être avocate. « J’ai fait du droit d’abord pour me nourrir intellectuellement », nous confie-t-elle. Elle quitte Laval pour intégrer le lycée Henri IV en terminale à Paris puis HEC, s’inscrivant ainsi dans l’histoire familiale. En effet, admis en 1962, son père a dû céder sa place aux Français rapatriés d’Algérie et se représenter l’année d’après. Il n’y est finalement jamais allé, sa fille l’a fait pour lui. Son premier stage au sein du cabinet Gide, en 2003, lui ouvre la perspective du métier. « Là, je me suis dit que c’était ça que je voulais faire de ma vie », se souvient-elle. « J’aimais bien les gens qui composent les cabinets qui vous poussent vers le haut. » En 2004 et 2005, Anne-Sophie Noury complète cette formation d’un DEA de droit des affaires et d’un DESS de fiscalité internationale à l’Université Panthéon-Assas, intégrant ainsi le club très fermé des avocats d’affaires maîtrisant la finance et le droit. HEC lui apporte un autre atout de taille dans son équilibre : son mari. A 18 ans, l’avocate lui adresse la parole une première fois pour lui demander une feuille. Depuis, ils ne se sont plus quittés.
Le barreau en poche, Anne-Sophie Noury est à la recherche de sa première collaboration. Lors d’un forum à l’Ecole de formation professionnelle des barreaux du ressort de la cour d’appel de Paris, elle rencontre Arnaud Fromion, alors associé de Linklaters, qui la convainc de candidater. Un seul entretien plus tard, notre avocate de l’année débute sa collaboration en corporate. Partageant son bureau avec Agathe Soilleux, qu’elle retrouvera quelques années plus tard chez Weil Gotshal & Manges, elle apprend la rigueur, qui la caractérise aujourd’hui. « Quand elle est en face de nous, on sait qu’elle ne lâchera pas et sera tenace pour convaincre au bénéfice de son client », confirme Hélène Bourbouloux.
Adrénaline et travail dans l’urgence
Après six mois au sein du département corporate, Anne-Sophie Noury a l’opportunité de rejoindre l’équipe restructuring. C’est la révélation grâce notamment au dossier Eurotunnel qui occupe alors un grand nombre d’avocats de la place. « Je voulais un métier plus judiciaire. Je voulais porter ma robe au tribunal », explique celle qui joue du piano à ses heures perdues. Anne-Sophie Noury la portera à de nombreuses reprises et parfois pour faire jurisprudence comme dans lors de la restructuration du groupe Orpea. Devant la cour d’appel de Versailles, elle plaide en faveur des administrateurs judiciaires. Elle compte démontrer que des titulaires d’obligations complexes étaient d’abord et avant tout des créanciers et donc n’avaient pas de droit de veto dans le cadre d’une restructuration. Cette position était à l’encontre de tout ce qui était écrit jusqu’à présent. « Il y avait un enjeu de faire jurisprudence et nous avons obtenu gain de cause », explique-t-elle. De tels enjeux ne l’effraient pas, au contraire. Anne-Sophie Noury s’ennuie vite et apprécie l’adrénaline des négociations et des plaidoiries. « Elle est dans la conviction raisonnée et solide, sans éclat de voix inutile », décrit Olivier Mallet, ancien directeur financier de Vallourec, avec qui elle a mené avec succès, en 2020, la restructuration de l’entreprise métallurgique d’origine française.
Le 15 septembre 2008, jour de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, Anne-Sophie Noury intègre Weil Gotshal & Manges. Définitivement, son parcours d’avocate en restructuring est placé sous de bons auspices. Aux côtés de Philippe Druon et Jean-Dominique Daudier de Cassini, l’avocate s’occupe de toutes les restructurations en LBO. Sa fibre économique associée à son expertise juridique la mène à traiter des affaires multi-juridictionnelles. En 2014, par exemple, Anne-Sophie Noury s’occupe du redressement judiciaire de Fagor-Brandt. La filiale de l’Espagnol Fagor Electrodomésticos a déposé le bilan le 7 novembre 2013. En cause : l’endettement de plus de 800 millions d’euros de sa maison mère. A l’aise en espagnol, elle arrive à faire valoir sa vision à la maison mère, un brin machiste. Il en faut plus pour impressionner cette mère de cinq enfants. « C’est quelqu’un qui s’impose avec gentillesse et avec une précision absolue », affirme Olivier Mallet. Inspirante, Anne-Sophie Noury s’investit pleinement dans sa pratique, sans renier une certaine image de rôle modèle pour les avocates qui lui colle à la peau. « Le vrai changement à faire est le respect des congés paternité. C’est important car par contraste les femmes se disent que leurs congés maternité vont être un problème. Il faut fortement encourager les hommes à prendre leur congé paternité », insiste-t-elle.
L’enjeu de la survie d’entreprise
A cette époque, l’avocate ne cache pas son ambition de devenir associée et le scénario est incertain dans la firme new-yorkaise. La structure française BDGS lui propose de mettre en œuvre la pratique restructuring. Epaulée par de fidèles clients et séduite par ce cabinet de fondateurs, Anne-Sophie Noury s’y installe en 2016 en tant qu’associée. En 2017, une restructuration d’anthologie se profile, celle du pétrolier CGG. La procédure se déroule des deux côtés de l’Atlantique. C’est la première fois qu’un accord de lock-up est signé avec les créanciers, qui sont des fonds et non des banques. Conseil des actionnaires BPI et AMS Energie, Anne-Sophie Noury assiste alors à un changement de mentalité. Le côté transactionnel est devenu une dominante du restructuring à ce moment-là. Finalement, en 2019, notre avocate de l’année retourne chez Weil Gotshal & Manges, son cabinet de cœur.
La situation est complètement différente de celle au moment de son départ, trois ans plus tôt. La nature des clients, historiquement composée de fonds de private equity, s’est élargie vers du large cap coté notamment grâce à Yannick Piette, Agathe Soilleux et Claude Serra. Cependant, le département restructuring est en perte de vitesse. Après les départs de Fabienne Beuzit et de Philippe Druon, Jean-Dominique Daudier de Cassini reconstitue ses rangs. Cela tombe bien, les deux se connaissent, se respectent et se complètent. Quinze jours après son arrivée en mai 2019, la procédure de sauvegarde des holdings du groupe Casino débute. Anne-Sophie Noury a décidément le sens du timing.
Les affaires s’enchaînent durant ces années d’association. Parmi elles, Anne-Sophie Noury se souvient de l’échec du redressement judiciaire de Geoxia, en 2022. L’Etat, considérant que le projet des repreneurs représentés par l’avocate n’est pas viable, refuse l’octroi du prêt demandé. L’entreprise de construction de maisons individuelles et ses 1 100 salariés sont placés en liquidation rapidement. « Il y a des relations avec des clients que je garderai toute ma vie. J’ai besoin de savoir s’ils vont bien et ce qu’ils deviennent », révèle-t-elle. Au gré des dossiers, Anne-Sophie Noury croise souvent des associés de White & Case, dont Saam Golshani qui a envie de transmettre. En septembre 2024, enceinte de son cinquième enfant, Anne-Sophie Noury accepte la responsabilité de diriger le département restructuration et entreprises en difficulté de White & Case. « J’ai trouvé mon alter ego pour développer l’équipe à Paris et à l’étranger », partage-t-elle en parlant de celui qui a décidé de se concentrer sur la pratique private equity. Rien ne l’arrête.