A 50 ans, François Kopf, associé en restructuring et cogérant de Darrois Villey Maillot Brochier, est l’avocat de l’année en restructuring. La juste récompense d’un travail obstiné.
l’instar d’un urgentiste, l’expert en restructuring doit décider et agir vite. « Les secondes comptent alors comme des heures dans les autres dossiers », dit François Kopf. Né de parents ayant embrassé tous deux des carrières médicales dans les Vosges, l’avocat reste attaché à ses racines, ses grands-parents libraires spinaliens et paysans bretons. Un héritage cher au cœur de celui qui garde dans son cabinet une enseigne en tôle peinte représentant un Cadet Rousselle arborant les coloris de l’imagerie d’Epinal. L’histoire ne dit pas si le jeune François chantait la chanson populaire inspirée par ce personnage d’huissier excentrique et notamment ce couplet : Cadet Rousselle a trois deniers, c’est pour payer ses créanciers !
Un touche-à-tout qui se construit une palette de compétences
« J’ai très tôt voulu être avocat et faire du droit pénal. Le hasard m’a fait débuter comme fiscaliste, peut-être parce que j’étais plutôt matheux. J’ai ensuite basculé vers le M&A, tout en gardant cette appétence pour le contentieux », explique François Kopf. Après un DESS en droit des affaires et fiscalité/DJCE à Nancy en 1996, où il bénéficie des cours de Bernard Gross et Christian Gosserez, suivi du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA) en 1997, il effectue un stage chez PriceWaterhouse. Il y croise Jean-Luc Calisti, alors collaborateur senior, qui le fait venir chez Herbert Smith Freehills. De 1999 à 2003, au sein du cabinet britannique, il passe de la fiscalité au M&A, une matière clé dans le cheminement qui l’amènera au restructuring. Pendant cette période, il rencontre au sein de la structure celle qui deviendra son épouse, aujourd’hui magistrate, « sans qui rien de tout cela ne serait arrivé », dit-il. Puis vient « une période bénie », comme la qualifie François Kopf, où il est secrétaire de la Conférence du stage. La journée, il travaille sur des dossiers de droit pénal, plaide aux assises, participe à des comparutions immédiates. Le soir, il rencontre une galerie de personnes d’autres milieux, des écrivains, des hommes politiques, etc. « J’avais 30 ans, se souvient-il, et c’est à ce moment que je suis pleinement devenu avocat. »
Des interrogations et un jalon décisif dans sa carrière
« Un parcours professionnel n’est jamais linéaire. Avocat, c’est d’abord un métier de labeur », estime François Kopf. Travailler avec acharnement, c’est ce qu’il fera chez Sullivan & Cromwell où l’appelle Dominique Bompoint en 2004. Les deux juristes ont fait connaissance quelques mois auparavant chez Clifford Chance avant que tous deux n’en partent. François Kopf reste sept ans au sein du cabinet américain. Des années où il apprend son métier aux côtés de son mentor en pratiquant conseil, contentieux et restructuring.
Mais l’avocat, qui est devenu entre-temps European counsel, voit son plan de carrière contrarié. Il a alors besoin de se confronter à la réalité du marché. « Je voulais savoir si ce que j’avais appris à faire était susceptible d’intéresser des gens. » Aiguillonné par cette ambition entrepreneuriale, il monte son cabinet avec Arthur Dethomas, rencontré à la Conférence du stage et devenu depuis associé contentieux, arbitrage et droit social chez Hogan Lovells.
En 2014, c’est le rapprochement avec Peltier Juvigny. Mais, en 2015, Darrois Villey Maillot Brochier lui fait une proposition qui ne se refuse pas : créer et développer la pratique restructuring au sein de la société qui veut élargir son offre. « C’est un cabinet exceptionnel, attaché à des valeurs fortes, celles de l’excellence et de l’humilité », souligne François Kopf, devenu cogérant en 2020 aux côtés de Martin Lebeuf, associé en financement et droit bancaire. « Je le connaissais de réputation, se souvient Jean-Michel Darrois, cofondateur historique, et je suis heureux de ce choix. Je savais qu’il nous apporterait beaucoup. C’est un avocat complet qui conseille et plaide. Il est déterminé et dit clairement les choses. Ses compétences sont autant mises au service de nos clients que de notre cabinet », détaille-t-il.
Des liens professionnels solides et de fidèles amitiés
Une telle consécration ne s’obtient pas seul. François Kopf est désormais entouré de Mathieu Della Vittoria, associé, ainsi que de six collaborateurs. « Chacun a été recruté en première année. J’en suis très fier. Pour Mathieu, j’étais collaborateur senior et lui, jeune stagiaire, quand nous avons commencé à travailler ensemble chez Sullivan & Cromwell. » La transmission du savoir et le mentorat de la relève sont essentiels pour François Kopf qui enseigne au sein du master 2 Administration et liquidation des entreprises en difficulté (ALED) de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Outre son équipe, François Kopf s’est construit un solide réseau parmi ses confrères. « J’apprécie beaucoup Philippe Dubois (De Pardieu Brocas Maffei), rencontré à l’occasion de la première restructuration de Thomson-Technicolor. Jean-Dominique Daudier de Cassini (Weil Gotshal & Manges) et Philippe Druon (Hogan Lovells) ont été très présents également lorsque j’ai monté mon cabinet. » Sans oublier des administrateurs et mandataires judiciaires comme Frédéric Abitbol, Christophe Basse, Marc Sénéchal et Hélène Bourbouloux, ou encore Rodolphe Pacciarella (Accuracy), rencontré à Nancy il y a 30 ans. « Ses années de M&A lui ont permis d’acquérir une connaissance très fine de la documentation bancaire, ce qui est un atout quand les restructurations sont complexes sur le plan financier », dit de lui Christophe Basse qui a notamment travaillé avec lui sur les dossiers Sernam, Brandt, Sequana (Antalis) et Orpéa, plus récemment. « Il a une grande capacité d’écoute, il est créatif et sait s’affirmer sans agressivité. C’est un travailleur acharné, capable d’être disponible sur ses deux téléphones un 15 août », ajoute le mandataire judiciaire.
De l’accompagnement des administrateurs judiciaires désignés dans le dossier de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne en 2013, premier dossier important de sa carrière après la création en 2012 de Dethomas Kopf, à la défense des intérêts du groupe Bernard Tapie, qui lui donne l’occasion de faire la connaissance de la personnalité hors norme de son dirigeant, en passant par la restructuration d’Europcar en pleine pandémie, « qu’il a fallu gérer collectivement et avec célérité », les dossiers de place jalonnent sa carrière d’avocat.
Sa large palette de compétences est appréciée de beaucoup. Arnaud Joubert, partner debt advisory & restructuring chez Rothschild & Co, et François Kopf ont notamment travaillé sur les dossiers Europcar, Rallye et Un Jour Ailleurs mais se connaissent de longue date. « Je l’ai rencontré quand j’étais directeur financier d’une start-up qui n’a pas résisté à la bulle Internet, explique Arnaud Joubert. Sur le plan professionnel, c’est quelqu’un de très technique et fiable. Il va au fond des analyses. » Même écho de la part de Paul-Louis Netter, dont le mandat de président du tribunal de commerce de Paris s’est achevé en janvier. « C’est un avocat qui n’est jamais pris en défaut sur les points importants d’un dossier. Ses positions sont claires et étayées car il a la hauteur de vue requise. Il sait se montrer empathique et garde toujours à l’esprit l’aspect humain des affaires qu’il traite. »
La montagne, le théâtre, le football
Sur ses quatre enfants, une fille et trois garçons, âgés de 12 à 21 ans, il reste discret, disant qu’ils sont talentueux mais qu’aucun avocat en herbe ne semble sommeiller parmi eux. Son métier a souvent éloigné François Kopf de sa famille, ceci explique peut-être cela. Pour souffler, François Kopf a ses habitudes dans les Alpes. Le foot et le théâtre sont les autres passions de l’avocat, qui compte parmi ses amis et voisins d’enfance Laurent Stocker, sociétaire de la Comédie-Française. Quand il ne lit pas ses dossiers, une tasse de thé Lapsang Souchong à portée de main, il apprécie Balzac et la littérature classique du XIXe siècle pour la beauté de son verbe. Un respect du mot juste ancré chez celui qui affirme avoir construit sa carrière en allant vers l’avocat qu’il souhaitait être. Une boucle bouclée.