Tous les ans depuis 2011, l’Association pour le Retournement des Entreprises (ARE) attribue le prix Ulysse à une entreprise dont le retournement peut servir d’exemple.
Plus qu’une séance d’autocongratulation, la cérémonie qui se tient à Paris dans les salons de l’Automobile Club de France est l’occasion de mettre en lumière ce que l’on souhaite habituellement cacher, autrement dit de lever le tabou des difficultés des entreprises. L’enjeu : inciter les dirigeants d’entreprise à regarder leurs difficultés avec lucidité, et les convaincre de s’y attaquer avec les outils – juridiques ou techniques – mis à leur disposition, en s’entourant des professionnels qui sauront les guider vers la sortie de crise.
Pour cette édition 2024, les trois entreprises finalistes sélectionnées par le comité Ulysse de l’ARE – animé par Clotilde Delemazure – au cours d’un processus de plusieurs mois représentent encore une fois la diversité des crises et des solutions.
Les candidats :
Groupe Caillé
François Caillé, président
Le groupe Caillé, groupe familial plus que centenaire, est un acteur majeur de la distribution automobile et de la grande distribution alimentaire sur l’île de la Réunion. Touché de plein fouet par la crise économique de 2008, il a retrouvé la rentabilité grâce à une restructuration profonde portée par la forte cohésion de ses collaborateurs.
Lise Charmel
Olivier Piquet, président du directoire
Le groupe Lise Charmel, acteur emblématique du marché de la lingerie haut de gamme, a subi à partir de 2018 une série d’épreuves qui auraient pu lui être fatales. Mais grâce à une forte ténacité et une restructuration en profondeur opérée sur des fondations solides, la situation s’est retournée en à peine trois ans.
Provence Location
Frédéric Chemin, gérant principal
L’histoire de Provence Location, entreprise marseillaise spécialisée dans la location de matériel événementiel, illustre comment une décision mal gérée peut générer une crise, mais illustre aussi comment retourner la situation en tirant profit de ses atouts et en sachant saisir les opportunités.
Pour ces trois entreprises, comme pour tous les lauréats du prix Ulysse depuis 2011, on retiendra des aventures humaines, l’exemple que donnent les dirigeants et les équipes dans leur engagement, et la pertinence de l’accompagnement par des professionnels du restructuring. Un message pédagogique que porte l’ARE depuis plus de 20 ans.
3 questions à …Xavier Bailly, président de l’ARE
A la tête de l’association des professionnels du retournement depuis le 1er janvier avec un mandat de deux ans, Xavier Bailly, 44 ans, représente une génération qui a évolué dans le restructuring depuis le début de sa carrière.
En tant que nouveau président de l’ARE, quels sont vos projets pour l’association ?
L’ARE aujourd’hui est une association qui regroupe plus de 300 membres, loin du « club » des débuts. Avec une telle taille, on ne parle plus d’une seule voix. En plus de la pluridisciplinarité qui est fondamentale pour l’ARE, mon ambition est de faire fructifier cette diversité des points de vue, représentative de la diversité des situations, des entreprises ou des territoires.
Je souhaite que – malgré sa taille – l’ARE reste flexible et agile ; que l’on soit capable de créer des groupes de travail ad hoc, toujours pluridisciplinaires, lorsque les sujets se présentent ; on peut citer les approches ESG ou IA, parmi d’autres thèmes d’actualité qui animent les réflexions des entreprises.
Comment abordez-vous le retournement par rapport à vos prédécesseurs ?
Ce qui ne change pas est que nous partageons tous un intérêt profond pour la résolution des problèmes qui empêchent les entreprises de réussir. En ce sens, personne ne fait un métier du retournement par hasard.
Ce qui change, en revanche, c’est que lorsque j’ai démarré ma vie professionnelle, l’ARE existait déjà. La professionnalisation des métiers du retournement était enclenchée (même si l’on peut toujours la faire progresser), et travailler dans le restructuring était un vrai choix proposé aux jeunes professionnels.
Le retournement est aujourd’hui un sujet aussi établi que les autres disciplines, qui a sa place dans les parcours académiques, et nous sommes libérés d’un besoin de défendre notre métier, ce qui a pu peser sur nos prédécesseurs. Maîtriser les situations de sous-performance est devenu une compétence clé pour les entrepreneurs, les financeurs ou les investisseurs.
Qu’apporte l’ARE dans un monde où la crise semble devenir la norme ?
Le contexte dans lequel nous vivons, avec un enchaînement de crises qui ne laisse aucune entreprise indemne, justifie pleinement notre existence. Plus que jamais, l’anticipation des crises, la capacité à mobiliser les ressources qui permettront de les résoudre et le travail pluridisciplinaire en mode commando sont clés pour la réussite et parfois pour la survie des entreprises.
L’ARE a été précurseur pour porter ce message, elle continue son travail pédagogique de fond pour que les équipes managériales sachent affronter les difficultés avec lucidité, et sachent aller chercher les ressources dont elles ont besoin. Le prix Ulysse que nous organisons chaque année sert cet objectif. En donnant de la visibilité à des entreprises et des dirigeants qui ont su retourner la situation, nous disons à tous les autres que la faillite n’est pas une fatalité et qu’il existe des moyens – et des professionnels – pour les accompagner.