Longtemps dominé par l’amiable, le traitement des difficultés des entreprises se rééquilibre. Dans un contexte économique dégradé et face à des niveaux d’endettement élevés, les procédures collectives retrouvent une place centrale. Dans le même temps, la réforme de 2021 et l’arrivée d’investisseurs spécialisés rendent les restructurations plus financières, plus stratégiques et plus contentieuses.
Fini le « rattrapage post-Covid » : l’économie entre dans un cycle durablement difficile. Inflation, coût des matières premières, remontée des taux, fin des aides publiques, remboursement des PGE, difficultés d’accès au financement, tensions géopolitiques… les facteurs de fragilité ne manquent pas. Résultat : 68 057 entreprises sont entrées en procédure en 2025, un record historique, en hausse de 3,5 % par rapport à 2024, selon le Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ). Le niveau de défaillances, désormais supérieur à celui d’avant-Covid, devrait se maintenir en 2026, et l’ouverture d’un nouveau front au Moyen-Orient n’améliore pas la situation. Les secteurs les plus impactés ? Retail, immobilier, automobile et industrie, mais aussi énergies renouvelables, santé, petite enfance, services et formation.
Prévention : des outils mieux identifiés, mais difficiles à mettre en œuvre
Les dispositifs de prévention – mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde accélérée – sont aujourd’hui plus massivement utilisés. « On observe une prise de conscience croissante des dirigeants et des actionnaires quant à l’importance d’anticiper les difficultés financières et de recourir, en amont, aux outils de prévention », note un avocat. Pourtant, ces procédures amiables deviennent plus complexes. Les tensions financières accrues, les niveaux d’endettement élevés et le durcissement des créanciers – banques ou acteurs publics – rendent leur aboutissement plus incertain. Parallèlement, plusieurs cabinets d’avocats pointent un engorgement croissant des institutions impliquées dans le traitement de ces situations, qui peut allonger les délais. Ces évolutions tempèrent l’idée d’une expansion continue des dispositifs de prévention, longtemps encouragés par les pouvoirs publics et largement utilisés depuis la crise sanitaire.
Le judiciaire retrouve sa place
Lorsque les solutions amiables échouent, les procédures collectives reprennent un rôle central dans les stratégies de restructuration. Les praticiens constatent un recours plus fréquent au redressement judiciaire et une multiplication des plans de cession, notamment lorsque la restructuration financière ne suffit plus à assurer la pérennité de l’entreprise. Les conciliations deviennent parfois plus difficiles à conclure, signe d’un environnement économique et financier contraint. Le judiciaire devient parfois incontournable, alors qu’un nombre croissant de dossiers arrive devant les tribunaux dans un état de dégradation avancé : dettes massives, trésorerie tendue, refinancement compliqué, etc.
Procédures hybrides : préparer le judiciaire en amont
Une évolution notable : le recours aux mécanismes hybrides, à la frontière entre prévention et traitement judiciaire. Le pré-pack cession, par exemple, permet d’organiser dès la phase amiable la recherche d’un repreneur et la préparation d’un projet de cession avant l’ouverture d’une procédure collective, limitant l’incertitude pour les salariés, les partenaires et les créanciers. La sauvegarde accélérée est également utilisée pour formaliser rapidement un accord négocié avec les créanciers, tout en bénéficiant du cadre contraignant de la procédure collective pour l’imposer aux minoritaires récalcitrants.
Classes de parties affectées : un changement de rapport de force
On assiste, par ailleurs, à une modification profonde des rapports de force et à un rééquilibrage débiteur/créancier, alors que la réforme de 2021 entre maintenant dans sa phase de maturité. « La mise en œuvre des plans de restructuration votés au sein des classes de parties affectées se développe encore, note un avocat. Outre la restructuration de dette, ceux-ci ont pu également être mis à l’épreuve pour restructurer certains schémas capitalistiques trop complexes et inefficaces. » Le mécanisme, initialement réservé aux dossiers de large cap, s’étend aux PME et aux plans de continuation. Devenu un outil stratégique, il permet d’imposer des abandons de créances, de neutraliser des créanciers minoritaires ou de structurer des plans concurrents.
Mais cette logique n’est pas dépourvue d’effets secondaires. Les actionnaires sont fragilisés et la prise de contrôle par les créanciers – désormais acteurs centraux de la restructuration – devient un risque réel. « Le mécanisme des classes de parties affectées dans le cadre de l’adoption des plans de sauvegarde et de redressement génère de nouvelles opportunités pour les débiteurs qui semblent avoir été insuffisamment anticipées par le législateur, et contribue à la frilosité des partenaires des entreprises, notamment financiers, analyse un avocat. Quelques dossiers de place notamment dessinent une pratique consistant à instrumentaliser le dispositif aux fins d’imposer aux créanciers des abandons de créances significatifs. Une correction du mécanisme est sûrement à attendre dans les prochains mois ou années. »
Une multiplication des restructurations de dette
Un autre phénomène marquant observé par les praticiens concerne la hausse des restructurations de dette, désormais moteur important de l’activité en matière de restructuring. Un grand nombre de dossiers trouvent leur origine dans des montages financiers devenus difficiles à soutenir, en particulier dans le cadre d’opérations de leveraged buy-out (LBO) réalisées ces dernières années. Plusieurs facteurs expliquent cette pression accrue sur les structures d’endettement. Les niveaux de dette contractés dans un environnement de financement très favorable se révèlent aujourd’hui plus difficiles à absorber et fragilisent certains modèles financiers. La remontée des taux d’intérêt renchérit le coût du service de la dette, tandis que certaines valorisations initiales apparaissent désormais trop optimistes au regard de la conjoncture économique actuelle.
Dans ce contexte, les entreprises concernées doivent souvent procéder à plusieurs cycles successifs de renégociation de leur dette : réaménagement des échéances, ajustement des covenants, conversion d’une partie de la dette en capital ou mise en place de mécanismes de type liability management. Ces situations entraînent un repositionnement des créanciers, qui peuvent prendre une place centrale, voire le contrôle de la société lorsque la restructuration financière devient profonde.
Arrivée massive d’acteurs financiers spécialisés
Cette transformation du marché s’accompagne également de l’arrivée croissante d’acteurs financiers spécialisés dans les situations de retournement, terrain historiquement dominé par les créanciers bancaires et les actionnaires en place. Les entreprises en difficulté deviennent des opportunités d’investissement : distressed M&A, reprises à la barre du tribunal, plans de cession, etc. Les fonds de dette, en particulier les prêteurs unitranche, renforcent leur influence. Déjà très présents dans le financement des acquisitions, ces acteurs se retrouvent parfois en première ligne lorsque la situation financière se dégrade. Ils n’hésitent plus à prendre le contrôle ou à convertir la dette en capital, participant à la recomposition du capital et à la redéfinition de la gouvernance.
Un marché plus technique et contentieux
La réforme de 2021 a profondément renouvelé les outils de restructuration, en introduisant davantage de flexibilité dans l’élaboration des plans. Mais cette souplesse accrue s’accompagne aussi d’une moindre prévisibilité, qui favorise l’émergence de nouveaux contentieux. L’utilisation des classes de parties affectées, la possibilité d’imposer un plan à certains créanciers ou encore la structuration de plans concurrents ont contribué à rendre les restructurations plus stratégiques – et plus litigieuses.
Les tribunaux sont de plus en plus sollicités pour trancher des désaccords entre créanciers, actionnaires et débiteurs. Le rôle des administrateurs judiciaires s’en trouve également renforcé. Chargés d’orchestrer des négociations complexes entre intérêts divergents, ils interviennent désormais dans des opérations aux enjeux financiers et juridiques particulièrement élevés. La jurisprudence commence à stabiliser les pratiques, tandis que de nouvelles réformes du livre VI du Code de commerce sont déjà envisagées. Un rapport de la Chancellerie est attendu courant 2026, pour ajuster notamment le régime des classes de parties affectées.
Restructuring : la chasse aux talents s’intensifie
Le marché français du restructuring reste très actif, marqué par des mouvements stratégiques qui reflètent la recomposition des équipes et la montée en puissance des expertises spécialisées. François Kopf et Mathieu Della Vittoria ont rejoint Linklaters depuis Darrois Villey Maillot Brochier, remplacés depuis par Astrid Zourli (ex-Hogan Lovells). Morgan Lewis a renforcé ses rangs avec Marie-Christine Fournier-Gille et Dominique Penin, anciens de Kramer Levin Naftalis & Frankel. Gide a accueilli Pauline Bournoville (ex-Herbert Smith Freehills). Exit Franklin pour Laura Bavoux qui vient de basculer chez Proskauer. Chez Fidal, Dimitri Sonier (ex-Charles Russell Speechlys) est arrivé, Delphine Brunet a été promue, et Arnaud Roiron et Isabelle Vincent sont partis pour Simmons & Simmons. Morgane Valla et Virginie Verfaillie Tanguy (ex-Valoren) ont rejoint Rescue, et Jeantet a nommé associé Aymar de Mauléon de Bruyères (ex-Linklaters). Parmi les cooptations d’associé récentes : Félicien Hyest chez Bignon Lebray, Théophile Jomier chez McDermott Will & Schulte, et Catherine Wernert chez Valoris Avocats.
Restructurations sociales : le retour en force du PSE
Porté par un contexte économique incertain et des transformations structurelles des entreprises, le marché des restructurations sociales reste soutenu. Après plusieurs années dominées par les dispositifs fondés sur le volontariat, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) s’impose à nouveau comme l’outil privilégié, sur fond de judiciarisation croissante du dialogue social.
Les restructurations sociales demeurent à un niveau élevé. Inflation persistante, hausse des coûts de production, tensions géopolitiques ou encore accès plus difficile au financement fragilisent certains modèles économiques. Ce constat est largement partagé par les avocats interrogés dans le cadre de notre classement restructuring 2026. Plusieurs praticiens évoquent même une possible accélération de l’activité à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, période traditionnellement propice aux réorganisations d’effectifs. A ces facteurs conjoncturels s’ajoutent des transformations structurelles plus profondes des entreprises.
Les restructurations ne répondent plus uniquement à des situations de crise ponctuelles. Elles s’inscrivent désormais dans un mouvement plus durable de transformation des sociétés, visant à adapter les organisations, les métiers et les implantations aux nouvelles réalités économiques. Plusieurs secteurs apparaissent particulièrement exposés. L’industrie, la distribution, mais aussi les services, la logistique ou encore les technologies sont confrontés à des mutations rapides de leurs modèles économiques et à des impératifs de compétitivité accrus. Une logique qui devrait continuer d’alimenter l’activité en matière de plans sociaux et de contentieux collectifs dans les mois à venir.
Les RCC et GEPP moins prisés
Ces dernières années, les dispositifs reposant sur le volontariat avaient pris une place croissante dans les restructurations : rupture conventionnelle collective (RCC), congé de mobilité ou encore accords de gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP). Mais le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) redevient un outil central, en particulier dans les réorganisations d’ampleur. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution.
Le PSE est d’abord perçu comme un dispositif juridiquement plus sécurisant, notamment en raison du cadre de dialogue avec l’administration. Il offre également aux entreprises une meilleure maîtrise du calendrier et de l’organisation future. A l’inverse, les dispositifs fondés sur le volontariat peuvent créer des incertitudes sur l’atteinte des objectifs de réorganisation : les départs effectifs ne correspondent pas toujours aux postes que la société souhaite supprimer ou transformer. Enfin, le PSE permet d’inscrire les discussions dans des négociations plus structurées avec les partenaires sociaux. La possibilité d’élaborer un plan unilatéral en l’absence d’accord collectif constitue à cet égard un levier important dans la conduite des discussions.
Une judiciarisation croissante
Autre tendance marquante relevée par les praticiens : l’intensification du contentieux collectif lié aux opérations de restructuration. Les plans sociaux s’accompagnent de plus en plus fréquemment de contestations devant les juridictions administratives ou judiciaires, illustrant une judiciarisation croissante du dialogue social. Les litiges portent notamment sur la définition des catégories professionnelles, l’application des critères d’ordre des licenciements, la qualité des mesures de reclassement ou encore le respect des obligations procédurales, en particulier la consultation du comité social et économique (CSE) et le recours aux expertises. Les motifs économiques invoqués par l’entreprise peuvent également faire l’objet de débats nourris, en particulier lorsque les restructurations s’inscrivent dans des stratégies de transformation élargies. Dans ce contexte, l’anticipation des risques sociaux et la sécurisation juridique des opérations apparaissent plus déterminantes que jamais, estime un avocat sondé dans le cadre de notre classement. Les enjeux réputationnels associés aux restructurations contribuent également à renforcer la vigilance des différentes parties.
Des restructurations liées aux transformations du travail
Au-delà des facteurs conjoncturels et d’une logique défensive liée à la dégradation de la situation économique, les restructurations apparaissent par ailleurs comme des instruments d’accompagnement des transformations structurelles des sociétés. Elles s’inscrivent dans des évolutions profondes du travail et des organisations : intégration croissante de l’intelligence artificielle, développement de formes hybrides d’organisation du travail ou encore mutations industrielles liées aux transitions économiques et environnementales. Ces projets participent ainsi à des stratégies globales de modernisation et d’adaptation des entreprises, visant à faire évoluer les compétences, transformer certains métiers et ajuster les organisations internes aux nouvelles contraintes du marché.
Les derniers mouvements sur le marché du restructuring social
Morgan Lewis a enregistré l’arrivée comme associée de Clémentine de Guillebon, en provenance de Kramer Levin Naftalis & Frankel. Chez Chassany Watrelot et Associés, le départ d’Abdelkader Hamida pour fonder Kopper Avocats s’accompagne de l’arrivée d’Arnaud Saint-Raymond (ex-Fidal) en qualité d’associé, tandis qu’Aude Lamberton a été promue à ce rang. Plusieurs cabinets ont également procédé à des cooptations. August Debouzy a ainsi promu Laure Hosni et Diane Reboursier, tandis que Niloufar Ghomali Bavi accède au rang d’associée chez Factorhy Avocats. Chez Fidal, Fabrice Turlet, Emilie Avet, Thibaud Kohller, Adrien Largillier, Morgan Le Barh, Côme Lessore de Sainte-Foy, Stéphanie de Luca, Claire Van Campo et Amandine Ravel ont été cooptés associés. Enfin, Elodie Favre-Thellman a été promue chez Freshfields et Delphine Pannetier chez CMS Francis Lefebvre.
Télécharger le classement Restructuring 2026 en PDF
Une méthodologie transparente pour l’établissement des classements
Notre méthodologie est le garant de la qualité de nos classements. Nous respectons un ensemble de procédures pour établir des classements reproduisant fidèlement l’état du marché des cabinets d’avocats d’affaires.
C’est avec cette seule méthodologie que l’équipe éditoriale d’Option Droit & Affaires construit la légitimité et l’impartialité de ses classements. Aucune interférence avec d’autres services du groupe Option Finance ne saurait être envisagée.
La méthodologie d’Option Droit & Affaires se décompose de la manière suivante :
1. envoi de questionnaires auprès des cabinets d’avocats,
2. entretien avec les équipes spécialisées d’avocats,
3. vérification des classements par le Cercle Montesquieu.
Envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats
Dans un premier temps, l’envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats spécialisés en la matière, nous permet de réunir les informations à jour les plus précises possibles.
Entretien avec les équipes spécialisées d’avocats
Notre équipe éditoriale contacte chaque équipe spécialisée d’avocats afin d’approfondir les questionnaires pour une information complète et nécessaire à l’établissement de classements objectifs. Chaque entretien est organisé pour les seuls besoins du classement et demeure confidentiel.
Vérification des classements par le Cercle Montesquieu
Le Cercle Montesquieu apporte son soutien à l’élaboration des classements d’Option Droit & Affaires afin de reproduire le plus fidèlement l’état du marché. Après l’enquête effectuée par la rédaction, plusieurs directeurs juridiques du Cercle Montesquieu se réunissent pour vérifier la bonne méthodologie de l’enquête et confronter leurs points de vue sur
les classements réalisés. Avec ce partenariat, Option Droit & Affaires met au service des directions juridiques un outil leur permettant de bénéficier d’une source d’informations résolument fiable et indépendante concernant les cabinets d’avocats.
Classements
Nos classements couvrent la période du 1er janvier 2025 au 1er janvier 2026. Les cabinets d’avocats d’affaires sont classés de
5 étoiles à 1 étoile, 5 étoiles représentant les meilleurs cabinets dans leur domaine de spécialité. Au sein d’une même catégorie, les cabinets sont classés par ordre alphabétique.
Les critères pris en compte pour l’établissement des classements sont :
• Innovation juridique apportée au dossier et assistance au client
• Compétences techniques :
– Qualité de la prestation délivrée
– Diligence
– Implication de l’équipe auprès du client
• Nombre de dossiers traités et croissance de l’activité
• Taille des dossiers traités
• Type de clientèle (fonds d’investissement, banques d’affaires, entreprises…)
• Taille et autonomie de l’équipe