Associé fondateur du cabinet Santoni & Associés, Marc Santoni a été désigné par ses confrères comme l’avocat de l’année en restructuring. Une consécration pour celui qui a toujours fait valoir son indépendance.
Il se définit lui-même comme un épicurien. «Je ne vivrai pas vieux, mais j’aurai été heureux», annonce-t-il en allumant un cigare, assis au coin du feu sur un canapé en cuir de son bureau. Une chose est sûre, Marc Santoni aime son métier même s’il le qualifie de «terriblement stressant». Pour s’apaiser, il dit penser aux médecins qui, face à un accidenté de la route, gardent leur calme et prennent les choses en main de façon professionnelle et organisée. La médecine, Marc Santoni la connaît pour y avoir baigné toute son enfance. Son père était chirurgien, sa mère dirigeait une clinique et son frère aîné est devenu un spécialiste de la greffe du foie. «Avec l’âge, j’ai tendance à plus relativiser, avoue-t-il. On acquiert la sagesse de l’expérience, mais on perd l’insouciance de la jeunesse. Au final, je ne sais pas ce qui est le mieux.»
Une chose est sûre : l’expérience, Marc Santoni l’a. Accompagner une entreprise qui dépose son bilan, assister un repreneur étranger à la barre du tribunal pour acquérir une entreprise française, conseiller un actionnaire sur la gestion de son portefeuille susceptible de connaître des difficultés… les techniques du restructuring n’ont plus de secret pour lui et «la castagne», il n’en a pas peur. Il avoue même s’être fait plusieurs fois séquestré par des syndicalistes furieux et avoir fait l’objet d’une mise en examen. Il fait en effet partie de ces avocats qui s’investissent pleinement aux côtés de leurs clients, ceux qui vivent le dossier à 100 %. «Chaque dossier nous laisse des souvenirs extrêmement denses, avec un seul regret : l’après. En général, une fois que la société est sauvée, on ne revoit plus le client.»
Révélé par l’ISA
Qualifié par un juge consulaire d’«avocat aussi redoutable que remarquable», Marc Santoni n’était pourtant pas prédestiné à intégrer le barreau. Elevé à Paris, il enchaîne les écoles – neuf en tout – avant d’obtenir un bac C. «Mon frère était un élève brillant. A nous deux, on faisait une moyenne», plaisante-t-il, avant de reconnaître qu’il a été en avance durant l’ensemble de sa scolarité. A 16 ans, il s’engage dans des études de droit et d’économie, à l’université d’Assas. «Je me suis inscrit à la fac comme si j’allais au cinéma, sans trop réfléchir à la suite. J’ai d’ailleurs rapidement trouvé l’enseignement lent et ennuyeux.» Dès sa deuxième année, il débute sa vie active et travaille la journée au sein d’un cabinet d’expertise comptable. Le soir, il fait acte de présence aux TD de la rue d’Assas.
L’année de la licence, il s’inscrit en droit public. Selon lui, «le rapport de l’individu à l’Etat est plus intéressant quand on est jeune que les questions de divorce ou de contrat synallagmatique». Mais pour sa maîtrise, le droit privé le rattrape. «Je savais que je ne ferais ni Science Po, ni l’ENA. Je voulais travailler dans le privé», affirme-t-il. A cette époque, l’étudiant est d’ailleurs déjà en train de monter une entreprise, spécialisée dans la publicité, avec quelques copains de fac. «J’ai été tenté de mettre un terme à mes études, après mes quatre ans de droit. Mais le père d’un de mes amis, Guy de la Motte-Bouloumié (un héritier de Vittel, ndlr), m’a fortement conseillé de les poursuivre en école de commerce.»
A 20 ans, Marc Santoni intègre donc l’Institut supérieur des affaires (l’ISA, devenu depuis le MBA d’HEC). Il découvre alors un nouveau monde qui, cette fois-ci, le passionne. «La fac de droit avait 30 ans de retard, HEC en avait 10 d’avance. Nous avions accès à des professionnels exemplaires et en un an, ils nous ont permis d’accéder à un niveau d’expertise formidable. Nous lisions des bilans comme des bandes dessinées et nous étions immédiatement opérationnels dans l’entreprise.» L’un de ses professeurs le marque tout particulièrement : Jean-Louis Borloo. «Il nous donnait des cas pratiques que nous devions résoudre en groupe, en échangeant entre nous, en confrontant nos idées, se rappelle-t-il. C’est la meilleure préparation à la vie active que l’on m’ait donnée.»
L’héritage Borloo
A la fin de son cursus scolaire, Marc Santoni intègre le cabinet Borloo, alors en pleine expansion. Quatre autres jeunes diplômés de sa promo ont la même opportunité : Jean-Dominique Daudier de Cassini, François Fauvet (tous deux devenus avocats), Pierre-Yves Léger (aujourd’hui directeur d’Armor Office Printing) et Nicolas Cheminais (directeur associé du groupe PCVI). Leur mission : faire du restructuring opérationnel. «Nous assistions les dirigeants dans la conceptualisation des mesures de restructuration de leur entreprise, en élaborant leur business plan, en contrôlant leur plan de trésorerie. On travaillait sur les chiffres des débi-
teurs et on leur apportait les solutions pour sortir des difficultés.» Le travail est lourd, mais la solidarité entre collaborateurs est au rendez-vous et des amitiés se nouent rapidement.
C’est d’ailleurs pour honorer un pari avec l’un de ses copains que Marc Santoni se résout en 1984 à passer l’examen d’entrée au concours du barreau, qu’il obtient sans trop de difficulté. «A la fin du cycle de formation, le directeur m’a convoqué pour me demander si je connaissais l’adresse du centre», raconte-t-il avec humour. «J’ai pourtant été admis et je ne le regrette pas : la parole des avocats a toujours une position importante dans les négociations.»
Mais à partir de 1986, le cabinet Borloo s’institutionnalise. Le fondateur s’engage en politique et la boutique perd plusieurs collaborateurs déçus de ce tournant. Marc Santoni fait partie du lot. Et à 27 ans, il décide de monter sa propre boutique, ne souhaitant pas intégrer un cabinet pluridisciplinaire. Pourquoi ? «Parce que je suis d’origine corse et indépendant.» CQFD.
Il précisera ensuite qu’à cette époque, les avocats spécialisés en matière de procédure collective et sachant lire un bilan se comptaient sur les doigts des deux mains. «Développer sa boutique était alors moins difficile qu’aujourd’hui. La compétition n’était pas la même.» L’avocat pose donc sa plaque seul, mais partage ses bureaux du Boulevard Saint-Germain avec François Fauvet. Il développe rapidement une clientèle d’experts-comptables et de commissaires aux comptes, de PME débitrices et de repreneurs. Sa grande connaissance du chiffre, l’héritage Borloo, lui permet de se démarquer.
Avocat visionnaire ?
En 1988, les colocataires décident finalement de s’associer pour donner naissance au cabinet Fauvet Santoni et l’activité continue à croître. A partir de 1990, le marché du private equity monte en puissance en France. Les cabinets commencent à s’organiser pour accompagner les fonds d’investissement dans leurs opérations de LBO. Marc Santoni, lui, leur propose de les assister dans la gestion de leurs participations et en cas de difficultés. «L’investissement des fonds durait en moyenne sept ans. Or en sept ans, l’entreprise est presque systématiquement confrontée à une crise, quelle qu’elle soit», explique-t-il. Certains diront qu’il a été visionnaire, d’autres préféreront parler d’attention au marché. En tout cas, Marc Santoni développe une offre, unique sur le marché français, qui reçoit un accueil très favorable auprès des fonds d’investissement. Et durant dix ans, la boutique s’impose sur les dossiers de crise, les formations des équipes d’investissement sur la réalité de leurs risques, les revues de leurs portefeuilles, sans subir de concurrence.
Cette diversification d’activité ne plaît pourtant pas à François Fauvet. Les deux associés se séparent en 2000. Le cabinet devient alors Santoni & Associés et poursuit sur sa lancée. Dès 2002, la boutique est approchée par de grandes firmes désireuses de se développer en matière de restructuration. Avec son associé de l’époque Bruno Paccioni, Marc Santoni commence à travailler pour Allen & Overy, Mayer Brown, Latham & Watkins, etc. Mais à aucun moment, la boutique ne cède aux chants des sirènes. Le Corse tient à son indépendance. L’équipe évolue au fur et à mesure des années. Bruno Paccioni quitte le cabinet, Bérangère Rivals et Lionel Lamoure sont cooptés. «Depuis huit ans, nous travaillons en partenariat exclusif avec l’équipe de Rod Cork, chez Allen & Overy, qui compte de grands professionnels», se réjouit-il. Ce partenariat permet au cabinet d’avoir accès à des compétences complémentaires en fiscal, social, corporate pour pouvoir s’imposer sur les plus belles renégociations de dette, comme récemment Parkeon, Saur ou CMA-CGM mais également sur les grands dossiers de procédure collective comme Cœur Défense.
Un talent de négociateur
«La renégociation de dette pourrait être comparée à une pièce de théâtre, affirme Marc Santoni. Chacun doit jouer son rôle et les actes doivent s’enchaîner les uns après les autres pour parvenir à la scène finale.» Marc Santoni, un acteur ? «Je ne rentre jamais dans la salle sans connaître mon rôle à 100 %, reconnaît-il. Le travail préparatoire doit être méticuleux, la matière ne laisse pas de place à l’approximation.» «Marc Santoni est vraiment un excellent négociateur, reconnaît son ami Jean-Dominique Daudier de Cassini. Il est capable de beaucoup de patience. Mais n’en abusez pas, car alors son caractère insulaire ressurgit !»
Et lorsque les relations entre les parties deviennent trop tendues, il sait sortir le grand jeu. «J’envoie Bérangère Rivals, mon associée, ou l’une de nos brillantes collaboratrices. Seule une présence féminine est de nature à assurer le calme.» Tout un cinéma.