A 59 ans, Philippe Dubois vient d’être nommé Avocat de l’année en restructuring. Un titre qui vient couronner un parcours atypique mais non moins exceptionnel pour cet avocat, également professeur de droit. Des bancs de la faculté de Lille à la tête d’un des plus beaux départements du cabinet De Pardieu Brocas Maffei, retour sur trente années de carrière d’un homme profondément humain.
Philippe Dubois. Un nom qui suscite le respect dans le milieu du restructuring. «Il fait l’unanimité au sein du secteur bancaire», reconnaît Jean-Paul Ching, responsable des affaires spéciales et recouvrement – corporate de BNP Paribas. De fait, l’avocat est très marqué comme conseil des établissements bancaires (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, groupe BPCE, groupe Crédit Mutuel CIC, etc.) ou des fonds de dette (comme Alchemy ou Farallon). Mais son parcours et sa technicité lui permettent d’intervenir régulièrement auprès des débiteurs dès lors qu’il n’est soumis à aucun conflit d’intérêts. Il a par exemple conseillé la SNCM durant les derniers mois. Un dossier où la dette n’était pas portée par des banques. Guillaume de Feydeau, directeur général de l’entreprise marseillaise, ne tarit d’ailleurs pas d’éloge sur l’avocat : «il a su mettre du liant dans les négociations et apporter sa grande technicité avec fluidité. Son calme, sa sérénité, sa disponibilité et aussi son humour ont été agréables et profitables au dossier.»
Car Philippe Dubois le revendique : «Les négociations n’excluent pas la courtoisie et la pédagogie, bien au contraire.» Devant les tribunaux, son positionnement est similaire et son comportement exemplaire. «Il sait faire oublier son étiquette parisienne par son élégance et son savoir-vivre», reconnaît l’un de ses confrères qui note également ses qualités d’orateur.
Philippe Dubois aime les mots. Passionné de littérature, il a indéniablement le sens et la mémoire des formules. A la fin de chaque négociation difficile, il aime conclure par une citation de Mark Twain : «Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.» Un avocat résolument optimiste.
Professeur de droit avant d’être avocat
Cet enthousiasme et cette joie de vivre font partie intégrante de l’homme. Dès son apprentissage, il reconnaît avoir eu confiance en l’avenir. Pourquoi avoir choisi des études de droit ? «Assas était à côté de chez mes parents.» Etiez-vous intéressé ? «Je n’ai pas vécu mes études comme une révélation. Du moins jusqu’au troisième cycle, où j’ai rencontré le professeur Cornu, qui était un juriste exceptionnel et une grande personnalité.» Il décide alors de faire sa thèse avec lui sur «Le physique de la personne». On est encore loin du restructuring…«Je n’avais aucun plan de carrière, je ne me posais pas trop de questions», avoue-t-il. Pudique, il précise du bout des lèvres qu’il a été reçu chaque année avec mention, qu’il est diplômé d’un DEA de droit privé et d’un DEA d’histoire du droit, qu’il a été reçu au CAPA avec les honneurs, qu’il était chargé de TD à 21 ans et agrégé à 30. Devenu professeur de droit privé à l’université de Lille, il passe une bonne partie de la semaine à Paris en tant que consultant. Il intervient notamment pour le cabinet Jeantet, d’abord de manière épisodique, puis de plus en plus fréquemment. «Très intéressé et motivé au début de ma carrière de prof, je me suis néanmoins rendu compte que la solitude du chercheur me pesait. J’avais besoin de travailler en équipe, de faire partie d’un projet commun», se souvient-il. On apprendra au détour d’une conversation qu’il fait partie d’une famille de sept enfants et qu’il n’a donc pas été élevé à rester seul…C’est Jeantet qui répond à ses hésitations en lui ouvrant les portes de l’association. Philippe Dubois est finalement l’un des rares avocats à avoir prêté serment et être devenu associé d’un cabinet d’affaires le même jour, en 1994. Il ne met pourtant pas un terme à sa première vocation et continue aujourd’hui de donner des cours à l’université de Nanterre. Avec une approche moderne de l’exercice puisque son cours de procédures collectives est innervé de cas concrets permettant de faire réfléchir les élèves sur la réalité du monde économique.
De l’immobilier au restructuring
Ses débuts au barreau sont un vrai changement. «Dans le premier contrat que j’ai rédigé, j’ai oublié la clause de prix», avoue-t-il en riant. Et d’insister sur le rôle qu’a tenu Georges Terrier dans ses débuts. «Je lui dois beaucoup, confesse-t-il. Je l’ai longuement observé dans les dossiers et j’ai appris de lui la stratégie juridique et la relation avec les clients.» Il est en effet aujourd’hui très proche de sa clientèle et vit les dossiers en même temps qu’eux. Joanna Gumpelson, qui est devenue son associée en 2014, témoigne : «Il fait preuve d’une grande disponibilité et de beaucoup d’attention à l’égard des gens qu’il conseille.» Jean-Paul Ching ajoute : «Il est d’une grande finesse et est toujours à l’écoute pour bien conseiller ses clients. Au-delà de son professionnalisme, c’est un avocat qui est respecté de ses pairs, un homme agréable et bon vivant.» Chez Jeantet, Philippe Dubois intervient en conseil comme en contentieux dans la quasi-totalité des secteurs d’activités. L’époque n’est pas encore à la départementalisation. Lorsqu’au début des années 1990, la crise immobilière éclate, il traite des premiers dossiers de restructuring comme celui des difficultés rencontrées par un opérateur immobilier d’envergure à La Défense, ou encore celles du groupe hôtelier Royal Monceau. Il y rencontre pour la première fois Jacques Henrot avec qui une indéfectible amitié se noue rapidement.Dix ans après son arrivée chez Jeantet, le cabinet fait face à une première vague de départ d’associés. Si Philippe Dubois dit n’avoir pas été intéressé par les histoires internes et avoir refusé plusieurs offres de recrutement, en 2005 il cède finalement au chant des sirènes et intègre une boutique spécialisée en restructuring : le cabinet Sonier Poulain & Associés. Il en devient le troisième associé. «Je croyais que dans une petite structure, je serais plus aux commandes de mon destin mais chacun des trois associés a repris sa liberté ; en définitive cette aventure entrepreneuriale m’a au moins permis de savoir où je souhaitais aller désormais», avoue-t-il tout en confessant qu’il n’aime pas épiloguer sur cet épisode de 18 mois de sa carrière. Optimiste, avant tout.
Le succès chez De Pardieu Brocas Maffei
Tournant la page de l’exercice en boutique, Philippe Dubois cherche donc à intégrer un cabinet pluridisciplinaire. Et comme les plus grands ont toujours le choix, il reçoit des propositions de deux firmes américaines et de deux structures françaises dont l’offre de Jacques Henrot, alors associé chez De Pardieu Brocas Maffei. «Le cabinet était réputé sur le marché local et travailler avec Jacques était une magnifique opportunité», explique-t-il avec gaieté. Et d’ajouter : «Nous avions la même approche des dossiers, des clients, de la gestion des équipes. Professionnellement nous étions très en phase.» Joanna Gumpelson témoigne à son tour : «Jacques et Philippe formaient un duo exceptionnel. Ils partageaient un sens du dévouement et de la bienveillance rares.» C’est donc à deux qu’ils fondent le département restructuring du cabinet et à deux qu’ils s’imposent dans le paysage français des procédures amiables et collectives. Il n’est plus un seul grand dossier de restructuration sans que le cabinet n’apparaisse.Le décès de Jacques Henrot en 2014 est bien sûr un coup violent pour l’avocat. «Philippe a été terriblement affecté, comme nous tous. Mais il a toujours fait face et n’a jamais baissé les bras», témoigne Joanna Gumpelson. Professionnellement, le choc est aujourd’hui surmonté car Philippe Dubois a su compter sur son équipe de jeunes associés, Joanna Gumpelson et Matthieu Barthélémy, mais également sur ses deux fidèles counsels Ségolène Coiffet et Pauline Bournoville dont il est très fier. Et si l’avenir s’écrit désormais autrement, son ami n’est jamais bien loin dans ses pensées. Même en apprenant qu’il est nommé Avocat de l’année en restructuring, sa première réaction a été : «C’est bien pour la mémoire de Jacques.»