L'avocat de l'année

Saam Golshani, un esprit libre

Publié le 10 mars 2017 à 15h20    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h54

Sportif, extraverti, n’appréciant aucune forme de dépendance, Saam Golshani est devenu à force d’endurance, de sang-froid et de technicité un acteur de référence dans le monde du restructuring.

Il aurait pu devenir gradé dans la Légion étrangère, mais sa mère l’a retenu in extremis. Il aurait aussi pu être un professeur de droit agrégé, mais il change de voie et se laisse entraîner à Paris par un amour de jeunesse. Iranien, Saam Golshani a grandi dans le sud de la France. Après l’obtention de son baccalauréat, il s’accorde deux années sabbatiques, durant lesquelles il travaille comme barman, avant de finalement intégrer la faculté de droit d’Aix-en-Provence. «Je n’ai jamais été un très bon élève, confie-t-il. Je n’étais pas spécialement fait pour les études. Je n’ai pas eu d’autres choix que de passer mes cinq années de droit à la bibliothèque, je n’allais pas en amphi et je me concentrais sur mes TD et la vie sociale riche de la bibliothèque». Son DEA de droit des affaires en poche – celui du réputé professeur de droit Jacques Mestre –, Saam Golshani obtient une allocation de recherche pour sa thèse. Une fois la décision prise de partir s’installer à Paris, il choisit de donner cette allocation à l’étudiant qui le suit dans le classement. Ce dernier deviendra professeur agrégé, la preuve que Saam Golshani avait déjà une fine analyse des situations. Laquelle le caractérise encore aujourd’hui et le distingue de ses confrères même les plus brillants.

En 1997, à Paris, où il ne connaît personne, notre avocat de l’année devient tout d’abord testeur de jeux vidéo chez Score Game. Lui qui a dû travailler pour financer ses études et celles de son frère, a trouvé ce poste en feuilletant les petites annonces d’un journal pendant l’un de ses voyages en train. Néanmoins, Saam Golshani est avant tout juriste et parle anglais couramment : le profil parfait d’un futur collaborateur de cabinets anglo-saxons sur la place parisienne à la veille de la Coupe du monde 1998. Suivant les conseils d’un ami, il obtient un entretien avec Yves Wehrli, managing partner du bureau parisien de Clifford Chance. Pendant les trois quarts d’heure d’attente avant cette rencontre, Saam Golshani saisit l’occasion de se documenter sur le cabinet en lisant un ouvrage publié à l’occasion des 50 ans de Clifford Chance.

C’est donc muni de son audace, de son profil atypique et de sa formation de très bon niveau qu’il se fait embaucher comme juriste. Il y reste finalement trois ans. Autant d’années durant lesquelles Saam Golshani traite d’opérations de M&A, de questions réglementaires et contractuelles dans le secteur des nouvelles technologies, télécom, TNT. En 2000, l’avocat de l’année est débauché par le cabinet Willkie Farr & Gallagher où il continue de pratiquer le M&A dans le secteur du télécom et du LBO. C’est avec l’éclatement de la bulle Internet en 2001 qu’il se tourne vers ses domaines de prédilection : le restructuring et les procédures collectives. Seulement, la clientèle personnelle n’étant pas compatible sur le long terme avec l’organisation pyramidale du cabinet, et face aux nombreuses sollicitations dont il est l’objet, Saam Golshani fait le choix quatre ans plus tard de rallier Orrick Rambaud Martel. Ce cabinet, l’un des plus prestigieux de Paris, est réputé pour son ADN très technologique. Saam Golshani s’y reconnaît tout à fait. Preuve en est : douze années après, il y exerce toujours.

Un calme à toute épreuve

Il saisit alors l’opportunité qui lui est proposée de créer et de porter la pratique restructuring du cabinet, un défi relevé haut la main qui fait aujourd’hui sa réputation. «Ce métier est une école de rigueur et de discipline. Sans rigueur intellectuelle, on ne tient pas sur la longueur. Tous les matins, il faut faire l’effort de rentrer dans les dossiers, de s’assurer que l’on a bien compris et donc bien répondu au client. C’est ce qui fait l’extraordinaire séduction intellectuelle de ce métier : on ne peut pas s’ennuyer si on veut durer», explique-t-il.

Reconnu pour son calme olympien, indispensable dans les négociations parfois houleuses, Saam Golshani ne s’efface pas pour autant totalement derrière l’intérêt de ses clients. Il arrive toujours à peser correctement les enjeux et n’aime pas perdre de temps. Il a donc pour credo de dire la vérité à ses clients, même si cette dernière est parfois difficile à entendre.«Le restructuring est une course d’endurance. Saam est quelqu’un de calme et de posé qui a beaucoup de sang-froid, ce qui est indispensable», témoigne Olivier Fortesa, managing partner du fonds Amber Capital qui travaille avec lui depuis trois ans.

Pour Saam Golshani, «ce qui fait la grande attraction du restructuring, c’est l’extrême importance du facteur humain». C’est avec émotion qu’il se rappelle notamment le soulagement général des 300 personnes présentes dans la salle après des heures de tension, lors de la seconde assemblée extraordinaire des actionnaires du groupe SoLocal qui a abouti à la validation du plan de restructuration en décembre dernier. Pourtant, s’il aime le restructuring pour certains de ses aspects, Saam Golshani garde toujours à l’esprit les risques de cette activité : «En même temps, ce qui nous guette dans le restructuring, c’est le caractère incestueux de ces mêmes rapports humains, limités à un cercle parfois trop étroit. Par conséquent, il est important que les clients sentent que nous sommes avec eux, quoi qu’il arrive», continue le spécialiste du restructuring.

Ainsi, Saam Golshani essaie autant que possible de s’organiser pour que chacun de ses clients ait un interlocuteur à tout moment et fait lui-même le maximum pour avoir du temps disponible afin de faire face aux imprévus. «Saam sait être très ferme tout en restant dans la retenue, avec beaucoup de tact et de discrétion. Disposant d’une réelle finesse d’analyse, il prévoit toujours le coup d’après dans l’intérêt de son client», insiste Delphine Inesta, directeur général délégué d’Arcoles Industries. Il apprécie également le côté ludique de la matière et la technicité que les procédures collectives suscitent. La restructuration du groupe Eurotunnel, de 2005 à 2007, est en ce sens l’un de ses souvenirs les plus significatifs. Au cours de cette procédure, il a eu l’occasion d’expérimenter durant plusieurs mois, aux côtés de Jean-Pierre Martel, la toute nouvelle réforme du droit des entreprises en difficultés du 26 juillet 2005. «Avec ses clients, Saam arrive à développer un vrai lien de confiance, tout en raisonnant en termes de business, comme un véritable banquier d’affaires», insiste le représentant d’un fonds américain basé à Londres qui le côtoie depuis plus de dix ans. Et les épreuves que Saam Golshani partage avec ses clients débouchent parfois sur des liens plus profonds : «Nos sphères mélangent le professionnel, le privé, l’intime. Beaucoup de clients sont devenus des amis. En revanche, j’essaie d’éviter que mes amis deviennent des clients», nous confie l’avocat de l’année en affichant un sourire entendu.

Investir sur la prochaine génération

C’est peut-être aussi pour préserver ses clients et aboutir à la meilleure des solutions que Saam Golshani travaille généralement avec une quinzaine d’avocats sur les opérations de restructuring. Selon lui, pour que les équipes puissent fonctionner, il est nécessaire de savoir collaborer avec plusieurs personnes en même temps, toutes différentes et aux profils plus ou moins atypiques. Réfléchissant souvent à l’avenir de sa profession, il fait tout pour éviter que les cabinets deviennent «consanguins».

Un avocat étant par définition «quelqu’un de contrariant», Saam Golshani donne sa chance à de jeunes confrères aux cursus particuliers. Il n’hésite d’ailleurs jamais à largement conseiller tous les jeunes avocats qu’il est amené à rencontrer lors d’entretiens de recrutement. Il leur recommande surtout de ne pas subir les contraintes du métier, sous peine de finir broyés. «On peut à tout moment perdre une réputation que l’on a mis des années à construire», constate Saam Golshani. Pour l’avocat, le constat est clair : il est impératif d’acquérir un équilibre sain pour tenir sur la durée. La recette personnelle de Saam Golshani est simple, mais a fait ses preuves : plusieurs heures de sport par semaine – particulièrement du «pied-poing» –, du temps passé avec sa femme et ses enfants (bientôt cinq), et peu d’heures de sommeil.

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