Le marché des cabinets d’avocats spécialisés en restructuring a connu de profonds bouleversements durant l’année 2015. Les mouvements d’associés ont été nombreux pour un secteur relativement restreint. Et les réformes annoncées ne devraient pas ralentir le mercato.
* Responsables de pratique
Les cabinets ayant une pratique reconnue en procédures collectives mais n’ayant pas répondu à l’enquête d’Option Droit & Affaires (les cabinets sont cités par ordre alphabétique):
Advocacy 4, AyacheSalama, Barbier Legal, Cahn Avocats, Cornet Vincent Segurel, Enthoven Girard, Gibson Dunn, Kuntz & Associés, Pinsent Masons, Saint Louis Avocats, Schultze & Braun, Sonier Lavrilleux, TA associés
* Responsables de pratique
Les cabinets ayant une pratique reconnue en prévention des difficultés et en renégociation de dette mais n’ayant pas répondu à l’enquête d’Option Droit & Affaires (les cabinets sont cités par ordre alphabétique) :
AyacheSalama, Barbier Legal, Enthoven Girard, Freshfields Bruckhaus Deringer, Gibson Dunn, Jones Day, Mayer Brown, Pinsent Masons, Schultze & Braun, TA Associés
Restructuring : une redistribution des cartes
L’année 2015 a marqué une rupture avec la période particulièrement active post-crise financière de 2009 pour les professionnels des restructurations. Le nombre de dossiers préventifs s’est considérablement réduit. Quelques LBO en difficulté ont fait parler d’eux, mais la source des gros dossiers d’amend and extend s’est tarie. A tel point que même les services des affaires spéciales ne croulent plus sous les dossiers et ont plus de temps pour les traiter seuls. L’avocat intervenant désormais de plus en plus lorsque les négociations coincent et qu’il doit user de son art pour trouver une solution acceptable pour tous.
La matière fait donc la part belle aux tacticiens, aux véritables stratèges qui savent jouer des procédures pour aboutir à leurs fins. Parmi eux citons bien sûr le redoutable duo de Weil Gotshal & Manges composé de Philippe Druon et Jean-Dominique Daudier de Cassini, devenu trio depuis la cooptation de Fabienne Beuzit au début de l’année 2015. Mais aussi Saam Golshani chez Orrick Rambaud Martel qui clôture une très belle année lui permettant d’atteindre le podium des classements d’Option Droit & Affaires. Ou encore Philippe Dubois chez De Pardieu Brocas Maffei, élu avocat de l’année par ses confrères, qui est entouré d’une belle équipe de jeunes associés de plus en plus visibles sur le marché.
L’évolution de la matière ne laisse plus de place aux apprentis. Et avec la reprise du private equity, force est de remarquer que plusieurs cabinets ont disparu des classements restructuring. Le montant des honoraires étant tout de même plus attractif en private equity, il a convaincu ceux qui valsaient entre les deux pratiques.
Une année judiciaire
Le traitement des dossiers a lui aussi beaucoup évolué. Car ceux-ci arrivent sur les bureaux des avocats dans un état de délabrement avancé. Les conseils s’orientent de fait fréquemment vers une sauvegarde ou un redressement judiciaire, voire même parfois directement vers la liquidation judiciaire. Des prises de décisions rapides parfois brutales qui engendrent une multiplication des contentieux autour des procédures collectives. 2015 a été en effet une année très judiciaire. Les spécialistes du restructuring n’ont jamais autant plaidé. Citons notamment Olivier Puech, du cabinet Bredin Prat, que l’on a remarqué sur le contentieux Partouche, mais aussi Jean-Pierre Farges d’Ashurst qui, par un arrêt Consolis/Mergermarket du 15 décembre dernier, a finalement fait reconnaître par la Cour de cassation que «la diffusion d’informations relatives à une procédure de prévention des difficultés des entreprises couvertes par la confidentialité, sans qu’il soit établi qu’elles contribuent à l’information légitime du public sur un débat d’intérêt général, constitue à elle seule un trouble manifestement illicite».
La recomposition du marché
Plus libres pour penser à leur carrière, plusieurs avocats du secteur ont décidé de changer de cabinet donnant lieu à un véritable mercato durant les dernières semaines de l’année. Nicolas Morelli a ainsi quitté Aramis pour rejoindre Bird & Bird et remonter la pratique laissée vacante depuis le départ de Bertrand Biette en 2014. Il développe notamment une pratique intéressante de conseil au fiduciaire dans les opérations de restructuration.
L’Américain Brown Rudnick a également investi dans le restructuring avant l’été en recrutant Didier Bruère- Dawson, en provenance du cabinet De Gaulle Fleurance & Associés, et David Malamed, issu d’August & Debouzy. Leurs spécialités respectives leur permettent d’intervenir aussi bien en procédure collective qu’en refinancement et renégociation de dette.
Alexandra Bigot, associée du cabinet Willkie Farr & Gallagher et l’une des rares femmes à être très bien positionnée dans ce milieu, a pour sa part retrouvé un duo grâce au recrutement en décembre dernier de Lionel Spizzichino qui exerçait précédemment chez Paul Hastings.
Enfin François Kopf a surpris le marché en septembre dernier en quittant la boutique Dethomas Peltier Kopf Juvigny pour créer la pratique chez Darrois Villey Maillot Brochier.
La plupart de ces mouvements sont justifiés de la même façon. «On va vers une sophistication des dossiers de restructuration qui implique le besoin de compétences diverses», explique l’un de ces associés. «Les Anglo-saxons ont importé des process qui ont été au fil du temps sophistiqués par les avocats français. Au final, le corporate, le financement et le fiscal, voire même le social, sont aujourd’hui indispensables pour traiter les dossiers», ajoute l’un de ses confrères.
Une prise de conscience qui place les boutiques de niche, nombreuses dans ce secteur et historiquement bien positionnées dans les classements, dans une position délicate. S’ajoute à ce constat, un ralentissement sévère du nombre de dossiers envoyés par les conseils financiers. Les PwC, Deloitte ou Mazars étaient des prescripteurs importants pour ces boutiques. Mais ils ont désormais tendance à traiter eux-mêmes la partie juridique des dossiers.
Dès lors, un certain nombre de boutiques ont fait le choix de rompre avec leur stratégie d’indépendance pour fusionner avec un cabinet full-services. Le cabinet Théron a ainsi intégré les équipes de HPML à l’automne. Un rapprochement qui officialise une décennie de rapports de proximité entre les deux structures. SEH Legal a pour sa part fusionné avec FTPA en début d’année 2016.
Doit-on s’attendre à la fin des boutiques ?
La rédaction d’Option Droit & Affaires ne le croit pas. Certaines continuent en effet à tenir le haut du pavé. Le cabinet Santoni tout d’abord qui est indéniablement l’un des plus actifs sur le marché. Mais son positionnement est particulier de par son partenariat avec Allen & Overy qui lui permet de se faire assister par les équipes de la firme internationale sur l’ensemble des problématiques juridiques complémentaires à sa spécialité.
Autre boutique remarquée : Lantourne & Associés qui clôture une année extrêmement active en restructuring. On notera néanmoins que Maurice Lantourne est attentif à conserver un équilibre entre sa pratique de restructuring et celle de contentieux des affaires.
Le cabinet Bremond & Associés a pour sa part monté un département social pour soutenir la pratique des associés Guilhem Brémond, Virginie Verfaillie et Delphine Caramalli.
Seuls RFB Associés, Poulain & Associés, PLM Avocats et Blowin Avocats poursuivent leur stratégie de boutique exclusivement dédiée au restructuring. Et pour l’instant le succès est au rendez-vous.
L’intégration des administrateurs judiciaires
Un autre événement devrait participer à cette recomposition du marché. Alors que la rédaction boucle ses pages, les décrets d’application ne sont pas encore parus. Mais l’objectif du gouvernement transparaît clairement dans la loi Macron : ouvrir le capital des cabinets d’avocats aux administrateurs judiciaires. Une association déjà permise dans des pays frontaliers, comme la Belgique. En clair, un cabinet d’avocats pourra bientôt compter en son sein un administrateur judiciaire.
Une révolution qui inquiète une partie de la profession soulevant des risques de conflits d’intérêts. Le Conseil national du droit s’en alerte : «Les situations, les missions et les règles applicables à chaque profession sont profondément différentes, parfois incompatibles entre elles.» Et de pointer du doigt des cas délicats : «Un entrepreneur en difficulté, confiant son dossier à un avocat de la structure, quand l’administrateur judiciaire (ou le liquidateur) de la structure serait désigné par le tribunal de commerce dans le même dossier, avec l’obligation de prendre aussi en considération les intérêts des créanciers et du personnel de l’entreprise.»
Plusieurs cabinets français d’avocats y songent pourtant sérieusement. Mais ils ne seront pas les premiers à bouger. Ils attendent que les Big fassent le premier pas pour redessiner le marché. A croire que le prochain défi à relever pour les cabinets d’avocats sera la concurrence des Big.
* Responsables de pratique
Les cabinets ayant une pratique reconnue en plans sociaux et contentieux collectifs afférents mais n’ayant pas répondu à l’enquête d’Option Droit & Affaires (les cabinets sont cités par ordre alphabétique) :
Allen & Overy, Baker & McKenzie, Barthélémy Avocats, Bird & Bird, DAEM Partners
Dentons, Franklin, FTPA, Granrut Avocats, Harlay Avocats, Jones Day, Marvell, Orrick Rambaud Martel, Raphaël Avocats, Segur Avocats, STC Partners, UGGC Avocats
PSE : les avocats toujours très occupés
Si l’activité corporate des cabinets a repris des couleurs en 2015, les départements de droit social ne se sont pourtant pas trouvés dépourvus de dossiers. Notamment en matière de plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) et de contentieux afférents.
Les années se suivent et ne se ressemblent pas en droit social. La pratique des plans de sauvegarde de l’emploi en est un bon exemple. Car si 2014 avait été une année chargée en termes de dossiers, 2015 s’est révélée tout aussi intense. Sauf que les réorganisations qui concernaient auparavant une seule filiale d’un groupe touchent aujourd’hui directement le groupe lui-même. Et la casse sociale est plus importante.
Si les entreprises essaient tant que possible d’éviter les PSE en privilégiant des termes comme «réorganisation» ou «adaptation», les baisses d’effectifs sont clairement à l’étude. Et l’objectif est d’aller vite pour éviter de se retrouver confronté aux débordements médiatiques propres à la campagne électorale qui devrait débuter au troisième trimestre 2016.
Les négociations se réalisent en outre désormais de façon tripartite entre employeurs, salariés et administration. Et aux dires des avocats, la Direccte n’est pas un ennemi de l’entreprise. Elle peut même faciliter les pourparlers à condition d’entrer rapidement en relation avec elle et de satisfaire à sa principale attente : le reclassement des salariés. Sauf que ces derniers ont, eux, un objectif souvent différent : des indemnités de licenciement plus généreuses. A charge pour les conseils de trouver le bon équilibre entre tous les intérêts en présence.
Dépasser les frontières entre départements
Plusieurs cabinets se sont révélés très actifs durant les douze derniers mois. Parmi eux Bredin Prat, ou CMS Bureau Francis Lefebvre, mais aussi quelques boutiques de niche très en vue. Flichy Grangé Avocats notamment, qui domine très clairement le marché. L’équipe de Joël Grangé clôture une année particulièrement active. Elle a été rejointe par Aurélie Cormier Le Goff comme associée, en provenance de Freshfields Bruckhaus Deringer. «Le travail des associés et collaborateurs est fouillé, personnalisé et m’a permis d’obtenir des succès dans des dossiers difficiles. J’ai pu constater que leurs recommandations et conseils étaient respectés par leurs pairs et par l’administration. C’est une intervention “haute couture” répondant au plus près des difficultés rencontrées. La qualité et le niveau d’intervention répondent tout à fait à mes attentes avec un niveau d’honoraires raisonnable», témoigne l’un des clients du cabinet interrogé par la rédaction d’Option Droit & Affaires. Autre boutique de niche remarquée : Fromont Briens. Le représentant d’un groupe français explique : «Leurs analyses sont pertinentes, synthétiques, et leur positionnement est clairement d’identifier la solution la plus sécurisée possible. D’une grande disponibilité, ils répondent très rapidement à nos demandes, dans un contexte où l’on ne peut pas se permettre de latence.»Les cabinets full services ne s’en sont pas moins bien portés. On notera par exemple cette année la montée des marches de JeantetAssociés dont l’équipe, spécialisée en réorganisation sociale des entreprises en difficultés, a été présente sur la majorité des grands dossiers de la place. Un client témoigne : «Le travail des associés est exceptionnel de précision et de réactivité (point très fort). Un sujet complexe peut être traité dans le menu détail en 24 ou 48 heures. La capacité de mobilisation des équipes pour satisfaire le client est d’un niveau que je n’ai pas constaté dans d’autres cabinets.»Même remarque pour les équipes de Racine et d’August & Debouzy qui jouent à plein des relations entre départements restructuring et social. Un positionnement intéressant alors que les deux matières n’ont jamais été aussi liées. Hogan Lovells ou DLA Piper transcendent également les départements pour proposer une offre complète aux clients. D’autres cabinets ne devraient pas tarder à tenter de mettre en avant cette double compétence complémentaire, mais pour une bonne effectivité, il faudra savoir partager les dossiers. Et toutes les structures ne sont pas à même d’y parvenir…
Quelques développements d’équipes
Quelques cabinets ont développé leurs équipes durant les derniers mois. Ainsi en est-il d’AyacheSalama, qui a recruté en octobre dernier Caroline André-Hesse comme associée chargée de développer, avec deux collaborateurs, une nouvelle pratique sociale. Simon Associés a pour sa part recruté Anne-Laurence Faroux, en tant que quatrième associé spécialisé en septembre. August & Debouzy a également annoncé la cooptation d’une neuvième associée, Anaïs Qureshi. Enfin la boutique Dupiré & Associés, qui a fait face aux départs soudains de Florence Achir et Brigitte Pelletier pour fonder Segur Avocats, a coopté l’excellent Damien Chatard au rang d’associé.
Une méthodologie transparente pour l’établissement des classements
Notre méthodologie est le garant de la qualité de nos classements. Nous respectons un ensemble de procédures pour établir des classements reproduisant fidèlement l’état du marché des cabinets d’avocats d’affaires.
C’est avec cette seule méthodologie que l’équipe éditoriale d’Option Droit & Affaires construit la légitimité et l’impartialité de ses classements. Aucune interférence avec d’autres services du groupe Option Finance ne saurait être envisagée.
La méthodologie d’Option Droit & Affaires se décompose de la manière suivante :
1. envoi de questionnaires auprès des cabinets d’avocats et des directions juridiques et clients,
2. entretien avec chacune des équipes spécialisées d’avocats,
3. enquête auprès des directions juridiques et des clients,
4. enquête auprès des acteurs émérites du secteur,
5. vérification des classements par le Cercle Montesquieu.
Envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats
Dans un premier temps, l’envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats spécialisés en la matière nous permet de réunir les informations à jour les plus précises possibles.
Entretien avec chacune des équipes spécialisées d’avocats
Notre équipe éditoriale s’entretient avec chaque équipe spécialisée d’avocats afin d’approfondir les questionnaires pour une information complète et nécessaire à l’établissement de classements objectifs. Chaque entretien est organisé pour les seuls besoins du classement et demeure confidentiel.
Vérification des informations auprès des clients
Nous accordons une attention toute particulière aux informations collectées auprès des clients des cabinets d’avocats. Nous entrons donc en contact avec eux pour obtenir leur avis, confidentiel, sur le travail du cabinet avec lequel ils ont collaboré.
Nous veillons également à recueillir un maximum d’informations objectives sur leur vision du marché des avocats.
Enquête auprès des acteurs émérites du secteur
Une enquête est également menée auprès des acteurs émérites du secteur (fonds d’investissements et de retournement, experts financiers, administrateurs judiciaires, juges consulaires, banques d’affaires et conseils financiers…). Ils nous font ainsi bénéficier de leurs connaissances sur le marché des cabinets d’avocats, nous permettant de confronter et confirmer nos opinions et informations.
Vérification des classements par le Cercle Montesquieu
Le Cercle Montesquieu apporte son soutien à l’élaboration des classements d’Option Droit & Affaires afin de reproduire le plus fidèlement l’état du marché. Après l’enquête effectuée par la rédaction, plusieurs directeurs juridiques du Cercle Montesquieu se réunissent pour vérifier la bonne méthodologie de l’enquête et confronter leurs points de vue sur
les classements réalisés. Avec ce partenariat, Option Droit & Affaires met au service des directions juridiques un outil leur permettant de bénéficier d’une source d’informations résolument fiable et indépendante concernant les cabinets d’avocats.
Classements
Nos classements couvrent la période de janvier 2015 à janvier 2016. Les cabinets d’avocats d’affaires sont classés de 5 étoiles à 1 étoile, 5 étoiles représentant les meilleurs cabinets dans leur domaine de spécialité. Au sein d’une même catégorie, les cabinets sont classés par ordre alphabétique. Le tableau des procédures collectives comporte les dossiers de sauvegardes, de redressements et de liquidations judiciaires. Le tableau de prévention des difficultés et de renégociation de dette ne fait état que des procédures amiables.
Les critères pris en compte pour l’établissement des classements sont :
- Innovation juridique apportée au dossier et assistance au client
- Compétences techniques : Qualité de la prestation délivrée / Diligence / Implication de l’équipe auprès du client
- Nombre de dossiers traités et croissance de l’activité
- Taille des dossiers traités
- Type de clientèle (fonds d’investissement, banques d’affaires, entreprise, administrateur judiciaire…)
- Taille et autonomie de l’équipe