2021, année historique pour les fusions-acquisitions

Publié le 29 octobre 2021 à 11h56

Sahra Saoudi    Temps de lecture 4 minutes

Paradoxalement, la crise de la Covid-19 a dynamisé le marché des fusions-acquisitions. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La période est hors normes comme le montrent les chiffres de l’agrégateur de données financières Refinitiv. Ce dernier a enregistré plus de 4 360 milliards de dollars de fusions-acquisitions de janvier à fin septembre. Le record de 2015 (4 218 milliards de dollars en année pleine) est d’ores et déjà battu. « Des vents porteurs qui se combinent pour faire du marché M&A un des all time high, et même le all time high », tel est le constat exceptionnel que dresse même Anne Bizien, qui pilote avec Jérémie Marrache le département M&A à Paris d’un acteur central de la pratique, la banque américaine Goldman Sachs.

Par Sahra Saoudi

Recherche de croissance et d’innovation, consolidation de secteurs, ou encore restructuration de portefeuilles en lien avec les impératifs environnementaux sont au programme des corporate. D’autant que les liquidités sont là, et les opportunités également, le tout aidé par des taux d’intérêt bas. « La pandémie a accéléré des tendances observées depuis plusieurs années, avec notamment l’urgence d’acquérir de nouvelles compétences digitales, la prégnance accrue des transactions locales, l’émergence de l’ESG (environnement social environnement) et l’intervention de plus en plus présente de la puissance publique et des régulateurs », selon le rapport mondial 2021 de Bain & Company sur les fusions-acquisitions (voir article p. 10 à 12). Autre enseignement de ces derniers mois, la frontière entre corporate et private equity est de moins en moins étanche. La part des fonds d’investissement enregistre une augmentation croissante sur le marché du M&A, notamment sur des cibles de plus en plus importantes. Un mouvement qui a des conséquences en matière de valorisations.

L’essor des SPAC à l’épreuve des de-SPACing

Même si aux Etats-Unis, leur pays d’origine, les SPAC (special purpose acquisition companies) multiplient les déconvenues ces derniers mois, l’Europe continue d’être une terre d’asile, au sein de laquelle la France veut tirer son épingle du jeu. Ces sociétés d’acquisition à vocation spécifique se veulent « une alternative intéressante à l’introduction en Bourse qui permet de réduire les risques d’une telle opération : le véhicule du SPAC étant déjà coté et une partie des fonds déjà levée », note Cyril Niboyet, managing partner chez Deutsche Bank (voir table ronde p. 18 à 30). Transition, DEE Tech, Pegasus, 2MX Organic… les initiatives se multiplient. Mais la phase de de-SPACing reste délicate, et les prochains seront scrutés par le marché alors que le niveau des rédemptions particulièrement élevé inquiète aux Etats-Unis. « C’est plus de 50 % des fonds initialement apportés aux SPAC américains au troisième trimestre de cette année qui n’ont pas suivi le projet d’acquisition présenté par les sponsors (contre 10 % au premier et 22 % au deuxième). Sur certains SPAC, le niveau de rédemption a même été supérieur à 90 % au moment de l’annonce de l’acquisition », indique Aurélien Narminio, head of equity listing chez Euronext.

Toujours plus de compliance et des incertitudes macroéconomiques

Mais tout est loin d’être rose dans le monde du M&A. Une décision de la Cour de cassation de novembre 2020 est venue ajouter une couche supplémentaire de compliance dans les règles du jeu. Les acteurs des fusions-acquisitions devront composer avec un nouveau type d’analyse préalable à une transaction. Désormais toute entreprise peut être tenue responsable de faits imputables à une société qu’elle a absorbée. Avec ce revirement de jurisprudence, l’obligation de conformité est plus que jamais dans le camp de l’acheteur (lire article p. 13 à 15).

De plus, si une décélération n’est pas – pour l’heure – à l’ordre du jour et qu’il existe des « réservoirs d’activité de M&A, notamment en termes d’opérations transrégionales ou transfrontalières, qui justement ont été assez calmes durant la crise », projette Jérémie Marrache de Goldman Sachs, des facteurs d’incertitude macroéconomiques sont bien là, selon son binôme Anne Bizien. Difficile, en effet, de prédire l’évolution future du prix de l’énergie, de l’inflation ou encore des relations géopolitiques…

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