L'avocat de l'année

Arthur Dethomas, le bon confrère

Publié le 31 mai 2019 à 14h48    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h53

Associé-fondateur du cabinet Dethomas Peltier Juvigny et Associés depuis 2014, Arthur Dethomas fait partie de la génération montante des avocats en contentieux. Il nous reçoit dans ses nouveaux locaux, quelques mois après le déménagement du cabinet avenue de l’Opéra.

Dans l’une des salles de réunions du cabinet, celle avec une vue plongeante sur le Palais Garnier, Arthur Dethomas nous accueille, mi-flatté mi-gêné : «En contentieux, un avocat de 50 ans est encore considéré comme un “jeune”, car ce domaine requiert beaucoup d’années d’expérience, de la sagesse et de la maturité. J’ai 45 ans, autant vous dire que je suis encore considéré comme un gamin !» plaisante-t-il. L’avocat n’a pas cinquante ans, en effet, mais si l’expérience se compte en nombre d’années, le talent lui, n’a pas d’âge, et l’associé de DPJA fait déjà partie des avocats de la place qui comptent.

Du M&A au contentieux

C’est à 17 ans, au hasard d’une journée pédagogique, que le jeune lycéen de l’époque rencontre le droit. Il est en terminale, et un ami qui souhaite devenir avocat lui propose de l’accompagner au palais de justice. Le jeune homme assiste alors à une scène qui va le marquer. Dans la salle, un avocat d’une vingtaine d’années plaide une affaire. «Il avait l’air impressionné, se rappelle Arthur Dethomas. Je ne me souviens plus bien de la qualité de sa plaidoirie, mais je me rappelle avoir été saisi par la scène qui se déroulait sous mes yeux : j’ai vu ce jeune avocat se lever, seul, face à un système organisé, pour porter la parole de quelqu’un d’autre. Cela m’a semblé incroyable.» Comme on peut vivre un coup de foudre à cet âge-là, l’avocature lui tombe dessus, et devient sa vocation.

S’ensuivent des années d’études de droit entre Nanterre et le Washington College of Law, à l’issue desquelles il obtient une maîtrise de droit des affaires et un LL.M. En 1997, alors qu’il doit effectuer son service national, le jeune homme, fraîchement diplômé, troque les dix mois dans l’armée contre deux ans de coopération dans le civil, et s’envole pour le Cambodge où il devient professeur à la faculté de droit de Phnom-Penh. L’expérience lui inculque le sens de la transmission, dont il garde aujourd’hui toujours la trace en continuant de donner des cours à Sciences Po Paris. «Mon activité d’enseignement me permet de faire de belles rencontres, et oblige à remettre à plat mes connaissances régulièrement. C’est important», détaille-t-il.

Et à l’issue de deux années enrichissantes, cet admirateur de Kessel retrouve finalement le chemin de Paris. Il intègre Salans en 1999 où il travaille principalement sur des opérations de M&A. S’il pense avoir oublié ses rêves de plaidoirie, l’année 2003 et son élection en tant que premier secrétaire de la Conférence ne vont pas manquer de les lui rappeler. Il fait alors l’expérience du pénal dur, et mène sa première plaidoirie lors d’une affaire de meurtre à la cour d’assises. C’était le 20 janvier 2003. Une date gravée dans sa mémoire comme le point de départ de la suite de sa carrière. «Je savais désormais que je ne pourrai plus me restreindre à faire des deals, mais je ne me voyais pas non plus faire du pénal général. Après mûre réflexion, le contentieux des affaires s’est présenté à moi comme l’alternative idéale.» De cette année dense, il retient les joutes oratoires, bien sûr, et «la chance d’être exposé à la matière, d’apprendre à une vitesse inouïe, dans un métier qui requiert de l’expérience».

Après cette parenthèse d’un an, il rejoint Cotty Vivant Marchisio & Lauzeral en 2004 pour se consacrer pleinement au contentieux, tout en mettant à profit ses cinq années de M&A lui permettant d’aiguiser son regard sur la matière, et d’acquérir une vision plus globale des dossiers. «Après avoir conseillé beaucoup de transactions, il est naturel de suivre le contentieux de ces dossiers», explique-t-il. Une expérience transactionnelle dont il se fait toujours fort aujourd’hui, et que ses pairs lui reconnaissent par ailleurs. «Il est difficile de faire du contentieux de haut de bilan quand on ne sait pas comment un deal fonctionne, explique Jean-Pierre Farges, associé de Gibson Dunn & Crutcher. Arthur Dethomas, lui, a la capacité d’avoir une appréciation large de ces dossiers, transmatières. Qu’il s’agisse de contentieux pénal ou de droit des sociétés, il comprend tous les enjeux, ce qui est notable.» En 2008, alors qu’il est associé depuis à peine deux ans, il vit de plein fouet la chute de Lehman Brothers. «Nous avions une recrudescence de dossiers exceptionnels en contentieux qui arrivaient. Cette période était réellement intéressante.» De ces années, l’avocat retient aussi son engagement et sa volonté de faire ses preuves. «J’ai pris mon temps pour montrer que j’étais capable de faire du bon travail. Car en réalité, un bon avocat est celui qui fait le bon confrère. Il n’y a que dans l’émulation de l’adversaire que nous pouvons être les meilleurs», plaide-t-il.

L’aventure DPJA

Le bon confrère, l’avocat l’a eu en face de lui dans le courant de l’année 2013. Il s’appelle Frédéric Peltier et plaide à ses côtés dans une affaire de délit d’initié. Alors associé à François Kopf depuis moins d’un an, Arthur Dethomas se souvient : «Je ne l’avais jamais rencontré, je le connaissais simplement de nom. A l’issue de l’audience quelque peu animée, nous nous sommes retrouvés pour discuter du métier et du marché. Je crois que l’un et l’autre avions conçu une certaine fierté de la façon dont cette audience s’était déroulée.» Dans le café où ils se donnent rendez-vous, les futurs associés sont rejoints par Olivier de Juvigny. A l’époque, Frédéric Peltier et Olivier de Juvigny sont associés de Viguié Schmidt Peltier Juvigny. La rencontre, qui devait être brève, dure cinq heures : «Nous avions en commun l’envie de vouloir traiter des dossiers très techniques, centrés sur le haut de bilan des entreprises», explique Arthur Dethomas. Galvanisés par leur rencontre, les avocats décident dans la foulée de s’associer pour monter le cabinet. Le 1er janvier 2014, Dethomas Peltier Kopf & Juvigny voit le jour.

Avec cette alliance multispécialité, les nouveaux associés veulent se faire une place sur le marché hexagonal. «Depuis la création du cabinet, nous sommes persuadés qu’il y a de la place sur le marché pour une structure française, indépendante, dynamique et capable de dédier des équipes très restreintes sur des opérations un peu commando», développe Arthur Dethomas. Entre-temps, François Kopf a quitté le navire, mais les trois associés fondateurs sont toujours du voyage. Et c’est autour de leurs ambitions communes, et d’un panel complet d’activités (du M&A au contentieux, du pénal des affaires à l’antitrust en passant par le restructuring) que DPJA, porté par ses huit associés, a imprimé son ADN auprès d’une clientèle fidèle de fonds et de corporate français et internationaux. «Le contentieux est une matière difficile à développer en tant que telle, car les clients ont rarement un besoin immédiat. En général, ils espèrent d’ailleurs ne jamais avoir à nous croiser. Nous sommes à leurs yeux les avocats des mauvaises nouvelles», plaisante Arthur Dethomas. Mais l’avocat sait toutefois faire la différence auprès de ses clients, et fidéliser la majeure partie d’entre eux. Cliente depuis huit ans, la directrice juridique d’un gros corporate du luxe, témoigne : «Il inspire confiance. En plus d’être un fin technicien, il est très disponible. Il est facile de savoir que l’on peut compter sur lui, même sans dossier en cours, simplement pour avoir son avis. Il répond toujours au téléphone...»

Des qualités humaines remarquées par ses confrères. «S’il est très pugnace, qu’il n’hésite pas à se bagarrer sur chacun des points qu’il défend, il fait aussi preuve de loyauté dans le débat et de confraternité dans les échanges, ce qui, pour moi, sont des qualités humaines et professionnelles rares», confie Jean-Pierre Farges.

Pugnace, mais loyal, l’associé de DPJA le dit lui-même : «Avec moi, what you see is what you get»1. «Dans ce métier, nous n’avons qu’un seul actif : notre réputation. Les acteurs du contentieux des affaires techniques sont peu nombreux, alors, si vous voulez avoir une place, vous devez être quelqu’un sur lequel on peut compter. Ce que je m’efforce d’être chaque jour.»

Loyauté, courtoisie, respect des règles… Des qualités qui pourraient rappeler celles du monde du sport, auquel appartient l’avocat, au moins à titre amateur. Autrefois, ce père de quatre enfants était marathonien, mais une blessure de ski est venue entraver ses performances. Désormais, il côtoie davantage le vélo, le temps de longues promenades, roulant parfois une journée complète, de Paris à Trouville, pour rejoindre de vieux copains pour le dîner. «Nous partons le matin, nous arrivons le soir» détaille-t-il, visiblement heureux de remonter en selle le lendemain.

1. Ce que vous avez est ce que vous voyez.

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