L'avocat de l'année

Didier Malka, toujours convaincre

Publié le 27 mai 2016 à 11h19    Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17h54

A l’inverse de l’image d’Epinal de l’avocat plaidant, Didier Malka n’est pas un adepte des digressions. Ses forces : capturer l’essence du dossier, pénétrer jusqu’au cœur de l’atome, pour construire l’argumentation qui emporte la conviction.

A première vue, rien ne prédestinait Didier Malka à cette carrière. Des rencontres et surtout son travail l’y ont mené.

Ceux qui le côtoient, aussi bien confrères que clients, le reconnaissent unanimement, Didier Malka connaît ses dossiers de la première à la dernière pièce. Le principal intéressé ne conteste pas son besoin d’aller au fond des choses et son goût pour le travail, précisant qu’il a su trouver un équilibre entre vie de famille et vie professionnelle. «Il ne faut pas travestir sa personnalité. Il faut rester ce que l’on est : dé-

velopper ses qualités plutôt que de s’épuiser à compenser ses défauts», conseille-t-il. «Etre soi-même», un leitmotiv qu’il s’emploie chaque jour à suivre.

L’intelligence du contentieux mêlée à une étonnante verve

C’est peut-être ce qu’il fait en 2010, lorsqu’il prend la décision de quitter Jeantet & Associés, après quinze années de bons et loyaux services durant lesquelles il est devenu associé. Didier Malka rejoint alors Weil, Gotshal & Manges, le plus français des cabinets américains sur la place de Paris. Au premier abord, le choix de ce cabinet américain de taille conséquente pourrait paraître étonnant pour un associé réputé d’une maison française. Il est, en réalité, perçu comme le prolongement naturel de sa carrière. «Je suis avec des gens que j’aime profondément. J’ai cette chance de travailler dans un environnement exceptionnel», confie l’avocat. Ses principaux clients lui emboîtent d’ailleurs rapidement le pas. Là-bas, il retrouve Hervé Le Nabasque, qui l’avait soutenu dans son travail de thèse lors de ses débuts chez Jeantet. «Comme d’autres avocats qui veulent faire une thèse, je n’ai pas réussi à concilier mes recherches avec les exigences du métier d’avocat. Je n’ai donc pas pu la finir», se souvient ce spécialiste du contentieux. Il aura, tout de même, approfondi l’égalité entre actionnaires durant deux ans en parallèle de son activité de jeune avocat.

Chez Weil, Gotshal & Manges, Didier Malka apprécie la multitude des parcours qui composent le cabinet et son équipe. Accompagné de plusieurs collaborateurs aux profils très variés, il estime que la réussite est collective. «La victoire est toujours celle d’une équipe. Mes collaborateurs sont essentiels pour moi, j’en suis très fier», nous confie-t-il.

Il ne faut pas, pour autant, se fier aux apparences. Derrière le meneur d’équipe se cache un redoutable plaideur. «Avec sa verve naturelle, il est capable de restituer à l’oral sa connaissance intime du dossier», confirme Jean-Yves Haagen, group general counsel de Casino. «Singulièrement, je n’ai jamais eu le trac en plaidoirie, ce qui m’a toujours inquiété», reconnaît Didier Malka en souriant. La plaidoirie est, en effet, un moment qu’il attend avec impatience. Un événement durant lequel il va enfin pouvoir convaincre. Un jour, un juge lui a dit : «Maître, vous n’imaginez pas que je vais lire toutes vos conclusions et toutes vos pièces ?» Depuis lors, Didier Malka s’applique à limiter son argumentaire à trois points maximum afin de ne pas noyer son discours et de maintenir l’attention du juge. Une technique qui jusqu’ici semble fonctionner. Pour lui, la victoire est une vraie satisfaction. Pas d’exaltation particulière, juste le sentiment d’avoir rempli son devoir.

Comme de nombreux brillants avocats, Didier Malka tire sa légitimité de la connaissance de ses dossiers et de sa capacité à faire une bonne appréciation de la situation. Il travaille ses affaires dans les moindres détails afin de toujours en tirer un plan d’action qu’il suivra ensuite durant tout le contentieux. «C’est un stratège qui sait anticiper. Didier Malka est l’un des rares avocats à avoir cette capacité de sortir de la pure technique du contentieux judiciaire et de tenir compte du contexte dans son intégralité», développe Jean-Marc Humbert, group general counsel d’Atos.

Ce père de famille, amateur averti de peinture baroque qui choisit ses destinations de vacances en fonction des musées qu’il n’a pas encore visités, est réputé pour son savoir-faire en matière de contentieux complexes. Il a notamment conseillé LVMH dans sa bataille judiciaire contre eBay, ainsi que Vivendi dans son contentieux contre Lagardère. Pour Patrick Baeten, deputy general counsel du groupe Engie en charge du contentieux, Didier Malka «voit très vite très clair et a une grande sensibilité pour ce qui est en dehors du litige». Il est capable de dire lorsqu’un dossier est mauvais et que le contentieux n’est pas la meilleure solution : «Je ne pense pas que le client ait envie qu’on lui fasse plaisir. Je ne crois pas que c’est ce qu’il recherche.» Notre avocat de l’année est aussi apprécié pour «sa grande disponibilité» et son «accessibilité». «Il est ouvert au débat intellectuel et va écouter ce que son client a à dire», insiste Patrick Baeten.

L’apprentissage Jeantet & Associés

C’est après le bac et une expérience personnelle à l’étranger que Didier Malka prend conscience que l’effervescence intellectuelle et la dialectique du droit lui plaisent. Il décide alors d’en faire son métier. Plutôt tenté à l’époque par la fonction de juge, il s’inscrit à la faculté de droit de la Sorbonne à Paris I. Durant ses études, juriste dans une PME, il fait la connaissance de Sébastien Prat, alors avocat au sein du cabinet Jeantet & Associés. Une première rencontre déterminante. En 1995, il intègre alors le cabinet comme stagiaire.

Didier Malka découvre alors un monde qui lui était, jusque-là, totalement inconnu. Touche-à-tout, son travail auprès de l’ensemble des associés du cabinet lui permet de ne faire aucune distinction entre le conseil et le contentieux. Une école qui, sans nul doute, a construit son ouverture d’esprit et son goût pour le jeu d’échecs que représentent parfois les dossiers. Néanmoins, une matière en particulier sort du lot. «J’ai compris assez rapidement que le contentieux était ce qui me correspondait le plus», se souvient-il. Un domaine dans lequel l’avocat est naturellement plus à l’aise, car il lui permet d’exprimer toute sa capacité de conviction.

Vint ensuite le temps de collaborer plus amplement avec Georges Terrier, figure de proue de Jeantet & Associés. La seconde rencontre de sa vie professionnelle. Un mentor qui lui a notamment enseigné l’appréciation d’une situation, la stratégie judiciaire et le sens du jugement. «J’ai eu beaucoup de chance de travailler avec Georges. Ces années passées à ses côtés m’ont beaucoup apporté», confirme l’ancien associé du cabinet français. Leur chemin se sépare en 2007 lorsque Georges Terrier quitte Jeantet & Associés, après vingt-sept ans de présence, pour rejoindre le cabinet d’affaires américain Davis Polk & Wardwell. La fin d’une époque et le début d’une nouvelle ère pour Didier Malka. Notre avocat de l’année garde toujours à l’esprit qu’il «ne faut pas brûler les étapes, ne pas vouloir aller trop vite et savoir rester à sa place».

Discret, Didier Malka ne recherche pas la lumière des projecteurs. Il préfère détourner l’attention sur les peintures italiennes et hollandaises du XVIIe siècle qu’il apprécie tant. Il le sait, «le plus difficile dans ce métier est de durer». Ainsi, selon lui, «beaucoup de chance et d’humilité» sont nécessaires. Rien de plus logique pour cet avocat courtois et sensible, qui cherche toujours à savoir réellement comment se portent ses clients. Une attention et une fidélité que ces derniers lui rendent bien.

Dans la même rubrique

Le contentieux face à la pression réglementaire

La volatilité économique, couplée à une vigilance accrue des régulateurs et à un cadre normatif plus...

Rémi Lorrain, le sourire de la défense

Aussi bon technicien que redoutable plaideur, l’associé du cabinet Maisonneuve, élu avocat de...

Une multiplication des contentieux liés aux obligations extra-financières des entreprises

La pression réglementaire ne cesse de s’accroître en matière de responsabilité sociétale des...

Voir plus

Chargement…