Le nom de Denis Andres est depuis quelques mois sur toutes les lèvres lorsque l’on évoque la pratique fiscale. Bien qu’il soit décrit comme un homme plutôt énigmatique, clients et confrères s’accordent dans le même temps à lui reconnaître un talent incontestable. Discret et rigoureux lorsqu’il s’agit d’appliquer la réglementation fiscale, celui qui milite pour une « éthique » du métier a fait ses armes chez Arthur Andersen, où en trois années seulement, il est passé de collaborateur à manager. En 2004, Denis Andres cofonde le cabinet Arsene, spécialisé en fiscalité. L’entreprise, qui compte plus de 170 collaborateurs, a réalisé un chiffre d’affaires de près de 44 millions d’euros en 2020. Retour sur l’ascension d’un praticien du droit qui manie aussi bien le contentieux que la gestion fiscale des entreprises.
Originaire de Grenoble, Denis Andres démarre très tôt son parcours académique. Passionné par les transactions commerciales, il intègre une classe préparatoire à HEC, avant de changer de trajectoire. Il décrochera un magistère juriste d’affaires DJCE à Montpellier. Loin des reliefs montagneux, le climat méditerranéen vient nourrir l’ambition de ce travailleur infatigable. Attiré par le droit des contrats et des obligations, Denis Andres y apprend les subtilités des contrats commerciaux. « Au-delà de l’apprentissage et des spécificités de la matière, ces enseignements m’ont appris une rigueur sans pareille » se souvient-il, lorsqu’il évoque ces années passées à la faculté de Montpellier.
Des rencontres décisives
En 1993, le futur avocat rencontre celui qui deviendra son mentor : Jean-Marc Mousseron, professeur en droit des contrats et des obligations dans la capitale languedocienne. Lors d’un cours, l’éloquence et la capacité de transmettre de ce dernier lui donneront l’envie d’approfondir cette matière. Denis Andres acquiert le goût du travail auprès d’un enseignant capable d’ouvrir les salles de classe et amphithéâtres un 1er mai pour « y fêter le travail » en lisant des traités de droit. Il apprend également auprès de Jean-Marc Mousseron le « choix du mot juste ». Après son magistère, Denis Andres passe donc le concours du barreau à Montpellier et démarre sa carrière d’avocat en droit des affaires. Ce n’est que plus tard qu’il découvre la fiscalité en raison d’un pari avec un ami qui le défie d’obtenir un certificat sur la pratique.Qu’à cela ne tienne ! Cette décision viendra confirmer son choix de spécialisation, à la croisée entre le droit et les chiffres. Une voie qu’il ne quittera plus. Une deuxième rencontre marquera, par ailleurs, sa vie professionnelle : Frédéric Donnedieu de Vabres, ancien managing partner chez Arsène. Une relation riche, qui lui apportera tant sur le plan professionnel que personnel.
« En 1993, le futur avocat rencontre celui qui deviendra son mentor : Jean-Marc Mousseron, professeur en droit des contrats et des obligations dans la capitale languedocienne. »
Un goût pour le droit… et les autres
Denis Andres, évolue très rapidement dans sa pratique et finit par répondre à l’appel de la capitale. A Paris, il fait ses premières classes chez Arthur Andersen. Baignant dans un environnement international, entouré par des collaborateurs de talent, évoluant dans un style de management à l’anglo-saxonne, Denis Andres y découvre les joies de la réussite « à l’américaine ». C’est au cœur de cette culture d’entreprise qu’il apprendra véritablement son métier, passant rapidement de collaborateur junior à manager. Une maison formatrice dans laquelle il aiguisera sa pratique du droit, associée au pragmatisme du métier de conseil. Denis Andres se plaît alors à diriger des équipes avec une volonté de « recruter de jeunes praticiens polyvalents et agiles » pour s’adapter aux besoins du marché.
La transmission générationnelle comme moteur
Lorsqu’il participe à la création d’Arsène en 2004, il passe le cap de l’entrepreneuriat avec deux associés qui le positionnent très vite pour développer les activités de fiscalité transactionnelle, à côté de ses clients « corporate ». Conservant ses préceptes d’homme rigoureux et pragmatique, il y développe une large clientèle, allant du secteur de l’audiovisuel à celui du luxe. Son expertise fiscale le mettra en lien également avec des acteurs du secteur financier. Arsène se développe rapidement avec la volonté « de transmettre savoir et expérience aux collaborateurs les plus méritants ». Capital pour la pérennité de son entreprise. Denis Andres se sent passeur de relais, et garde constamment à l’esprit cette maxime « apprendre, toujours et sans cesse ». Celui qui se déclare détenteur d’une « culture de l’héritage », voit le cabinet passer de 7 à 170 collaborateurs fiscalistes en 17 années d’existence. Le poste de managing partner d’Arsène lui est confié en 2019. Puis le cabinet se dote d’une filiale, Arsène Innovation, dédiée au financement et à la performance de la R&D et de l’innovation, ainsi qu’à la transformation digitale des métiers de conseil. Outre les avocats fiscalistes, Denis Andres s’entoure alors d’économistes, d’ingénieurs et de codeurs. Son objectif : avoir toujours une longueur d’avance. Denis Andres est également à l’origine de la création du réseau international Taxand – fort d’une présence dans 50 pays et de 2 500 fiscalistes – pour favoriser les synergies et le partage de compétences entre confrères, nécessaire à la résolution des problématiques clients de plus en plus complexes. « Nos dossiers nécessitent une approche pluridisciplinaire mêlant le regard de plusieurs experts », note l’avocat.
« Denis Andres voit son métier se transformer au gré du temps avec un rôle tantôt de médiateur, tantôt de défenseur. La fiscalité devenant de plus en plus complexe, il estime devoir se muer en “couteau suisse“ ».
Sa vision du métier
Conscient d’être positionné sur un secteur en constante évolution, Denis Andres voit son métier se transformer au gré du temps avec un rôle tantôt de médiateur, tantôt de défenseur. La fiscalité devenant de plus en plus complexe, il estime devoir se muer en « couteau suisse » pour satisfaire ses clients. La réforme sur la fiscalité internationale ? « Trop tôt pour en parler, les décisions seront prises en octobre. » L’impôt minimum pour les sociétés ? Avec un taux cible de 15 %, cette réforme de la fiscalité internationale est à ses yeux « une manière de diminuer davantage la compétition fiscale entre les Etats, rien de plus ». Faisant preuve de pragmatisme, il ne croit pas à « une grande révolution fiscale ». La complexité résidera, selon lui, davantage dans la mise en œuvre de cette réforme. Davantage de redressements en 2021 ? « Non, juste un rattrapage lié à la pandémie pour retrouver un cours normal », analyse Denis Andres. Une accélération du nombre de dossiers face à la prochaine échéance présidentielle de 2022 ? « Sans doute au dernier trimestre 2021, car ensuite les contribuables auront besoin de sécurité juridique sur les réformes à venir. » Concernant les évolutions numériques du secteur, Denis Andres relativise : « Même si la technologie fait évoluer nos méthodes, nos collaborateurs doivent trouver l’équilibre entre, d’une part, un accès facilité à des sources permettant la résolution rapide des problématiques et, d’autre part, la sédimentation des grands principes fondamentaux. » Son approche managériale de la génération « millennium » se trouve également dans un équilibre constant, « entre distanciel et présentiel ». Avec les membres du comité de management d’Arsène, l’avocat se laisse une période d’un an pour trouver le meilleur modèle. Les interactions avec ses collaborateurs étant au cœur de sa stratégie, rien ne remplace « ces quelques minutes qui suivent le rendez-vous client et le passage d’informations clés aux équipes », assure le managing partner. Denis Andres prône un travail collectif et une forte cohésion de ses effectifs. L’une de ses forces réside dans cette capacité à maintenir « cette proximité entre les clients et les équipes » et à « se remettre constamment en question ». Quant à la multiplicité des acteurs sur la pratique fiscale à Paris, Denis Andres se dit confiant en l’avenir. « N’est-il pas coutume de dire que là où il y a une concurrence, il y a un marché ? », conclut cet éternel optimiste.