Grégoire Andrieux, managing partner de McDermott Will & Emery à Paris, est l’avocat en private equity qui aura le mieux tiré son épingle du jeu en 2022 selon ses confrères et consœurs qui l’ont plébiscité. Cette distinction vient couronner un riche parcours pour ce professionnel du droit de 43 ans dont l’esprit entrepreneurial perçait déjà chez le jeune collaborateur entré chez Weil Gotschal & Manges en 2005.
On pourra chercher, on ne trouvera pas de juriste à l’horizon dans l’ascendance de Grégoire Andrieux pour lui donner le goût des prétoires ou de l’épitoge herminée. Son père est chirurgien-dentiste et sa mère marchande d’art et d’objets anciens. Mais Grégoire Andrieux veut depuis longtemps embrasser une carrière juridique par amour de la justice, « même si à 15 ans, on ne sait pas trop de quoi il retourne réellement », dit-il en souriant. Il naît à Paris dans le XVe arrondissement, aîné d’une fratrie de trois enfants, mais quitte la capitale à trois ans. Ses parents ont décidé d’aller vivre à Angers puis à Nantes. Grégoire Andrieux commence donc ses études supérieures de droit dans la cité qui a vu naître Eric Tabarly, un as de la navigation, sa passion quand il ne travaille pas pour McDermott. En vrai Nantais, il incarne la devise de sa ville : Favet Neptunus eunti (« Neptune favorise ceux qui voyagent »). En maîtrise, il part un an au Canada, pays où il avait déjà passé un semestre dans le cadre d’un échange avec son lycée, avant de revenir à Paris faire un DEA en droit des affaires franco-américain en 2002. Il reprend le chemin des Etats-Unis l’année suivante pour faire un LLM au Texas. Grégoire Andrieux passe les barreaux de New York et de Paris le même été. Il est accepté aux deux. Après un premier stage chez Linklaters où il travaille en M&A et private equity, il officie en contentieux chez Latham & Watkins, puis à nouveau en private equity chez Willkie Farr & Gallagher. « La dimension juridique et financière du capital-investissement m’a plu assez vite, de même que la palette de compétences dont les avocats devaient faire preuve », observe-t-il.
Les années de formation chez Weil
C’est Benoît Fleury, associé chez Gibson Dunn, qui lui parle de Weil Gotshal & Manges. Quand Grégoire Andrieux y démarre en janvier 2005, il est jeté dans le bain. Loin de se noyer, il nage très vite et très bien. David Aknin, associé, lui confie au bout de cinq mois un dossier pour American Capital pour lequel il doit constituer sa propre équipe et partir en « due dil » séance tenante. « Quand Grégoire a commencé en tant que collaborateur, j’avais un an d’association », se souvient Emmanuelle Henry, associée et managing partner de Weil, Gotshal & Manges. « Fin 2004, Weil avait signé l’acquisition par PAI Partners de la Saur, une opération importante. La préparation du closing à laquelle il a participé a constitué son baptême du feu, dont il s’est très bien sorti. Nous avons travaillé ensuite sur de nombreux autres dossiers comme la cession de la Saur par PAI en 2007, le LBO de PAI sur Global Closure Systems (GCS) en 2005, l’acquisition de Faceo par Apax Partners en 2007 et la vente à Vinci en 2010. »
Après moins de sept ans de collaboration, Grégoire Andrieux choisit de quitter le cabinet. « J’ai regretté son départ mais il avait un projet qu’il voulait mener à bien. Je suis admirative de la façon dont il a développé McDermott. Grégoire a une vision juste de son métier. C’est agréable de travailler avec lui. Il apporte des solutions pragmatiques et ne se prend pas au sérieux. C’est un roc », ajoute Emmanuelle Henry à propos de son confrère.
Chez Weil, l’avocat côtoie Philippe Druon, associé en restructuring, qui l’aide à développer sa propre clientèle en tant que collaborateur libéral. Il fait aussi la connaissance de David Salabi, associé fondateur de Cambon Partners, avec lequel il enchaîne les dossiers depuis 15 ans (LBO de Bridgepoint sur Cyrus en 2020, cession par Qualium Investissement de Labelium à Charterhouse Capital Partners en 2021, tous les LBO de Santiane et ceux de Consort NT). « Grégoire est un des avocats que je fais travailler le plus souvent et que je recommande aussi très fréquemment autour de moi. Il est sécurisant grâce à son fort bagage technique. Une autre de ses forces réside dans sa créativité juridique : il cherche toujours la bonne technique pour conclure un deal, sans agressivité, ce qui n’est pas toujours le cas de ses confrères », dit de lui David Salabi.
Un esprit entrepreneurial affirmé
La création de son propre cabinet le tente un temps mais finalement, en septembre 2011, Grégoire Andrieux rejoint Curtis, Mallet-Prevost, Colt & Mosle en tant que collaborateur senior, à l’invitation de Diana Hund, rencontrée chez Weil. Le cabinet américain a le projet de développer une pratique de private equity. A 33 ans, Grégoire Andrieux est nommé associé chez Curtis en 2013. Après y avoir bâti la pratique en capital-investissement, l’équipe se rend compte que le cœur de métier du cabinet, spécialisé en arbitrage international, ne permet pas de développer le private equity. « Nous voulions construire un réseau sur le segment du mid-market mais le cœur de notre clientèle était constitué d’actionnaires entrepreneurs familiaux ou de fonds d’investissement à la vente où le besoin en conseil (fiscal, financement) est moindre et limité grosso modo à la négociation », analyse l’avocat.
L’avocat rejoint donc McDermott Will & Emery avec une dizaine d’avocats dont Henri-Pieyre de Mandiargues, Diana Hund et Carole Degonse. Les premiers deals sont des opérations de small cap avec des fonds mettant entre 50 et 100 millions d’euros comme le groupe d’investissement HLD qui décide en 2015 d’accompagner l’internationalisation de Gekko, éditeur d’un logiciel de réservation de nuitées hôtelières. L’équipe travaille aussi pour Ardian Croissance et Abénex. « J’ai fait la connaissance de Grégoire Andrieux un an après son arrivée chez McDermott Will & Emery », se souvient Olivier Moatti, associé-gérant d’Abénex. « C’est un des avocats avec lesquels nous travaillons beaucoup. Il est à la fois très efficace et impliqué et il a ce sens du business qui est essentiel au regard du grand nombre de deals primaires que nous réalisons, que ce soit en majoritaire ou minoritaire. »
Les années passant, le cabinet accompagne la croissance de ses clients. Les poches des fonds deviennent plus profondes et les équipes se développent de part et d’autre, chez les investisseurs comme chez leurs conseils. McDermott occupe désormais plusieurs étages dans le bâtiment de la rue de l’Université dans le VIIe arrondissement. « Avec Five Arrows, par exemple, nous avons commencé par des deals mid-cap et maintenant, certains dossiers sont clairement de l’upper mid-cap comme la prise d’une participation majoritaire de leur véhicule Five Arrows Principal Investments dans GEDH au printemps 2022 », souligne l’avocat. En septembre 2019, Grégoire Andrieux est nommé managing partner du bureau parisien. Il succède à Jacques Buhart, désormais senior partner, dont Grégoire Andrieux souligne le travail accompli pour fédérer les associés.
Le pari réussi de la santé
Pour se différencier de la concurrence, le cabinet a mis en œuvre la recette que les Américains avaient appliquée chez eux en prenant un angle très « métier », en l’occurrence celui de la santé, un secteur bien couvert chez McDermott, notamment avec l’équipe d’Emmanuelle Trombe, associée depuis 2014. La suite des événements, marquée par un mouvement de consolidation des professions de santé (cabinets d’ophtalmologie, cliniques vétérinaires, laboratoires d’analyses), leur a donné raison avec une longue liste de deals à la clé. « S’il fallait ajouter une brique de services demain, ce serait sans doute sur l’immobilier », réfléchit l’avocat à haute voix. Atteindre une parité au sein des associés entre les hommes et les femmes – six actuellement – fait aussi partie de ses ambitions. Un chantier de longue haleine confié au comité diversité et parité du cabinet.
Aujourd’hui, McDermott est un cabinet qui réunit 110 avocats avec des arrivées structurantes comme celle de Guillaume Kellner, associé, au sein du pôle M&A et private equity en décembre 2020 ou bien celle de Guillaume Panuel, associé en charge du pôle de structuration de fonds et transactions secondaires, en décembre 2022. « Je demande toujours à mes équipes d’apporter des solutions et non de pinailler sur des détails. » En tant que manager, l’avocat s’estime assez indulgent. « Une erreur avouée vaut mieux qu’un mensonge qui risque de me faire sortir de mes gonds », commente-t-il en reconnaissant par ailleurs que l’impatience est son principal défaut.
La mer et les océans pour respirer
Entrepreneur dans l’âme, Grégoire Andrieux investit parallèlement dans quelques projets comme le métavers français Mira. Et pour se désintoxiquer des vapeurs d’essence parisiennes, rien de mieux que l’air de la Bretagne où l’avocat a toujours des attaches familiales. « Ma passion, c’est la mer », dit l’avocat qui admire aussi les alpinistes grimpant l’Everest. Les régates en bateau à voile sont l’occasion de naviguer avec ses deux garçons de 9 et 12 ans. Le grand large a toutefois donné quelques frissons au quadragénaire. En 2018, celui-ci a traversé l’Atlantique à la voile entre Saint-Pierre-et-Miquelon et Lorient. Son bateau a failli couler à mi-parcours au nord des Açores. « Nous avons réparé le bateau en plongée avec des couches pour bébés car il y en avait à bord », se remémore l’avocat, toujours tourné vers la recherche d’une solution !