L’année 2021 a été une année singulière à bien des égards. Si l’économie française a été frappée par la crise sanitaire, force est de constater que le nombre de procédures collectives a atteint un seuil historiquement bas, à l’instar de 2020. Le marché du restructuring est resté plutôt calme sous l’effet des dispositifs d’aide mis en place par le gouvernement (prêt garanti par l’Etat, PGE, activité partielle, report de charges, etc.), ainsi que de la tolérance des organismes sociaux et fiscaux. La baisse a été « encore plus forte dans certains secteurs particulièrement impactés par la pandémie. Ce fut le cas de l’hôtellerie et de la restauration où les défaillances d’entreprises ont chuté de plus de 60 % en deux ans », note le directeur général de Pierre & Vacances-Center Parcs, Franck Gervais. Les mesures d’aides exceptionnelles n’ont néanmoins pas été suffisantes pour les grands acteurs du tourisme, tels que son groupe qui a dû faire face à une perte de chiffre d’affaires de 800 millions d’euros et s’est endetté de 540 millions d’euros en un an. Le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) a été très sollicité tant par les entreprises déjà fragilisées avant la crise (par exemple dans le secteur du textile) que par celles dont l’activité a été directement touchée par la Covid-19 (voyagistes, événementiel, salles de sport). Depuis septembre 2021, l’organisme rattaché à la direction générale du Trésor voit arriver dans ses locaux des sociétés industrielles devant financer leur besoin en fonds de roulement (BFR) et faire face à l’impact des coûts croissants d’approvisionnement. « Nous avons doublé notre activité en termes de nouvelles saisines. Nous sommes passés de 35 nouveaux dossiers par an à 70 », a indiqué le secrétaire général Cédric Garcin, lors d’une table ronde organisée par Option Droit & Affaires évoquant notamment les perspectives économiques en cette année électorale, la mise en œuvre du plan de relance et les mutations en cours dans la pratique du restructuring. Pour Nicolas de Germay, président du fonds de retournement Alandia Industries : « Tout a été gelé, avec beaucoup d’efficacité, mais si l’on ajoute à cet état de fait l’attentisme qui prévaut habituellement dans chaque période précédant une élection présidentielle, il y a fort à parier que le calme perdurera en 2022, jusqu’à une remontée progressive des défaillances d’entreprise vraisemblablement à l’horizon du 3e trimestre. », prédit-il.
La fin échelonnée des mesures gouvernementales de soutien aux entreprises au cours des prochains mois et les premières échéances des prêts garantis par l’Etat devraient – en principe – réactiver significativement l’activité restructuring. Mais alors que l’économie française et internationale entrevoyait une sortie de crise sanitaire, avec une année 2022 placée sous le signe de la relance, le marché devra composer avec un nouvel élément d’incertitude. Les tensions géopolitiques aux frontières de l’Union européenne auront immanquablement des conséquences. L’économie française et sa croissance seront « affectées » par la guerre en Ukraine, a prévenu le président Emmanuel Macron lors d’une allocution télévisée début mars. La crise militaire a déjà des répercussions : sanctions impactant le commerce franco-russe, hausse du coût de l’énergie (du gaz, du pétrole et mécaniquement de l’électricité), des engrais et des métaux. Le Premier ministre Jean Castex est chargé d’établir un plan de « résilience ». L’exécutif pourrait décider d’une nouvelle étape dans sa politique du « quoi qu’il en coûte », initiée au début de la pandémie pour contenir les effets de la crise. Parallèlement, des secteurs devront poursuivre leur mutation structurelle, tel que le retail, l’oil & gas et l’automobile, tout en intégrant les nouveaux enjeux liés à la pénurie de certaines matières premières ou composants et au coût de l’énergie. Dans ce contexte fluctuant, le terrain des prévisions du marché paraît plus que jamais périlleux.