Benjamin Kanovitch est associé du cabinet Bredin Prat au sein duquel il a fait toute sa carrière. Il est spécialiste des opérations de fusions-acquisitions, des rapprochements transfrontaliers et de l’activisme actionnarial, et conseille notamment des entreprises sur les sujets de droit boursier et de gouvernance. Inscrit aux barreaux de Pariset de New York, il s’est dernièrement illustré en menant à bien la fusion des géants PSA et FCA, qui a donné naissance au groupe Stellantis, au début de l’année 2021.Une opération délicate qui a traversé la crise sanitaire et connu de nombreux défis à relever. Humain et attaché à la notion de « », on dit de luiqu’il est aussi « ». Portrait.
Benjamin Kanovitch n’est pas de ceux qui aiment ne parler que d’eux. Bien qu’honoré d’avoir été désigné « avocat de l’année » en M&A par ses pairs, l’associé de Bredin Prat aurait préféré une distinction qui récompense l’ensemble des équipes M&A (15 associés et 50 collaborateurs) et plus globalement, le cabinet. « Pour moi, la réussite est celle du cabinet en général. C’est ce qui fait la richesse de notre métier : il y a à la fois de l’intuitu personae avec nos clients, mais aussi des relations de cabinet à clients, entreprises, investisseurs, familles… » L’esprit du collectif est aussi ancré en lui que son attachement à Bredin Prat, qu’il n’a jamais quitté depuis ses débuts, et qu’il présente comme « doté d’une forte culture d’équipe et attaché à l’intelligence collective ». D’ailleurs, lorsqu’on lui demande s’il a un mentor, Benjamin Kanovitch répond : « J’ai les mêmes que tous les associés de ma génération, Jean-François Prat et Didier Martin ; mais plus qu’un mentorat, c’est davantage une culture dans laquelle j’ai baigné. »
« Famille professionnelle »
Nous le rencontrons dans une salle de réunion au rez-de-chaussée des locaux du cabinet, Quai d’Orsay. Un espace confortable et spacieux, dans lequel les équipes ont emménagé il y a six ans. Bredin Prat, Benjamin Kanovitch y a grandi. Il parle de « famille professionnelle », un concept auquel il est très attaché, et que l’on comprend lorsque l’on sait qu’il a rejoint le cabinet en tout début de carrière, au hasard d’un CV envoyé pour postuler. « Ce fut un coup de foudre », explique-t-il aujourd’hui. Un coup de foudre qui ne se tarit pas : « Quand je viens ici le matin, je suis heureux de retrouver les associés, collaborateurs et salariés avec lesquels je travaille. C’est au moins aussi important que ce que je fais. Pour moi, c’est au même niveau. » Pour Benjamin Kanovitch, c’est donc avant tout une aventure humaine, ce qui explique qu’il n’a jamais quitté le cabinet, hormis pour aller étudier (il a effectué un LLM à Harvard en 2000) et travailler un temps aux Etats-Unis, chez Cravath, Swaine & Moore, un « best friend » de la structure. Car étudier à l’étranger était l’une des deux choses auxquelles il aspirait le plus depuis très longtemps.
La première était d’être indépendant, de ne pas avoir de patron. Une indépendance qu’il aurait pu trouver dans la profession familiale en devenant médecin, comme ses parents. Mais Benjamin Kanovitch n’est pas du tout attiré par ce métier, peut-être l’a-t-il trop côtoyé au quotidien. Si voyager et exercer une profession libérale étaient deux choses très affirmées dans sa tête, Benjamin Kanovitch n’a eu l’idée du droit qu’à la fin du lycée. « J’aimais bien l’idée qu’il s’agisse d’une matière très pratique, avec un contenu intellectuel. J’aimais aussi beaucoup l’argumentation. J’avais besoin d’une application concrète, puis, le droit des affaires est venu en marchant. » En marchant, ou plutôt en lisant. Au fil de ses études, Benjamin Kanovitch se plonge dans la lecture de la presse économique. Il entame donc un magistère de droit des affaires à l’Université Panthéon-Assas Paris II, puis enchaîne avec un stage chez Coudert Frères puis chez Rothschild & Co. C’est lors de cette dernière expérience qu’il prend véritablement goût aux grands dossiers. « Je me souviens encore de mon tout premier dossier en tant que stagiaire, il s’agissait de la défense de Paribas, en 1999. » C’est là que la passion des affaires et du M&A est née.
« Très tôt dans mon association, j’ai pu constater que l’activité n’était pas linéaire »
Après ses trois années à New York, Benjamin Kanovitch rentre à Paris en 2003 et retrouve Bredin Prat dont il est rapidement nommé associé, à l’âge de 30 ans seulement. « Bredin Prat a toujours eu une tradition d’associer jeune. L’idée est d’offrir aux jeunes associés une visibilité sur la place, auprès des clients, ce qui maximise les chances de réussir sa vie professionnelle », explique-t-il. Une tradition qui perdure encore aujourd’hui dans le cabinet.
« De sa génération ont émergé des avocats de très grand talent », précise Didier Martin, senior partner de Bredin Prat. L’association de Benjamin Kanovitch remonte à l’année 2006, le début d’une période d’effervescence qui a précédé la crise financière de 2008. Une époque qui l’a beaucoup marqué, et qui a posé les jalons d’un raisonnement qu’il applique toujours à sa pratique aujourd’hui. « Cela m’a appris le concept de cycle économique. Très tôt dans mon association, j’ai pu constater que l’activité n’était pas linéaire. En réalité, il faut savoir prendre une certaine distance pour mieux adapter le conseil à nos clients », explique-t-il. L’expérience de la crise financière de 2008 lui fait porter un regard avisé sur la période actuelle. « Les entreprises vivent depuis le début de la crise sanitaire avec une volatilité économique, politique et sanitaire rendant le monde et les affaires plus instables », note l’avocat.
« Le calme dans la tempête »
Benjamin Kanovitch a donc appris à voguer dans la tempête, ce que confirme Mark Rollinger, directeur juridique groupe de Stellantis (né de la fusion entre PSA et FCA), que l’avocat a accompagné sur des dossiers stratégiques dans le cadre du projet de rapprochement : « Il est calme dans la tempête. Il rassure dans les pires crises, d’ailleurs on ne l’appelle qu’à ces moments-là ! » « Oui, mais à l’extérieur !, répond l’associé de Bredin Prat, non sans déployer un large sourire. C’est notre rôle en tant qu’avocats. Certaines personnes pensent, et c’est une erreur majeure, qu’il faut se substituer au jugement de nos clients. Nous ne sommes pas là pour ça. Nous sommes là pour synthétiser, remettre de l’ordre dans une situation. C’est là où les clients nous attendent, savoir prendre de la distance sur un événement pour leur permettre de prendre une décision avisée. » Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel Alliance Fédérale que Benjamin Kanovitch accompagne depuis une quinzaine d’années, confirme : « Il rend simple la complexité. Il combine une analyse d’une grande rigueur avec une créativité constante et un sens rare des personnes et des situations. Il est l’un de ceux à qui l’on peut faire confiance, avec qui on peut partager les questions, à qui on peut confier les dossiers les plus difficiles et avoir un conseil et une approche innovants et sûrs. »
Des talents qui lui ont permis de relever nombre de défis, comme celui de la récente fusion entre PSA et FCA, l’un des dossiers les plus marquants de ces dernières années. Un succès, malgré les nombreuses difficultés rencontrées. Benjamin Kanovitch se souvient : « La signature a eu lieu en décembre 2019. A peine trois mois plus tard, la crise a frappé. […] C’était une situation particulière. C’est allé très vite. Tout s’est fait dans des délais records, à la fois pour le signing et pour le closing. Nous avons beaucoup couru pendant cette opération, avec les enfants sur les genoux à cause de la Covid. » L’opération était délicate, celle d’une fusion entre égaux avec un équilibre de gouvernance, de management, d’actionnariat à mettre en œuvre à l’identique. « C’était un vrai challenge. Cette opération était une vraie tranche de vie, a fortiori pendant le confinement où la distinction entre vie professionnelle et vie personnelle était encore plus délicate. » Un challenge qu’il a relevé, mais il insiste : jamais seul. « Tout cela nécessite un lien de confiance fort, au sein de nos équipes mais aussi avec les confrères. Le lien humain, c’est le sel de notre métier. » C’est peut-être cela aussi qui fait de lui « l’avocat de l’année » : une humilité à toute épreuve doublée d’un sens profond du collectif, des qualités primordiales.