Après une période de sidération liée au premier confinement du printemps 2020, le marché des fusions-acquisitions s’est largement relancé. Rattrapage des deals mis en stand-by, opérations de croissance externe, consolidations de secteur… le niveau des transactions, tant en termes de quantité que de valorisation, atteint des sommets. Alors que les aides étatiques se réduisent et que l’élection présidentielle est programmée dans quelques mois, le tableau idyllique doit composer avec quelques points d’ombre.
Les fusions-acquisitions atteignent des niveaux historiques en France, mais également dans le monde. L’activité M&A a été très intense au cours des douze derniers mois et devrait se maintenir, dixit la majorité des cabinets sondés par la rédaction d’Option Droit & Affaires dans le cadre du classement M&A 2021. Au-delà du rattrapage des opérations mises en pause, ralenties ou reportées du fait de la pandémie, des opportunités de consolidation et des projets de croissance externe rythment le marché depuis un an. Et la tendance semble se poursuivre, alors que les taux d’intérêt restent bas mais que les liquidités sont très importantes, tout comme le nombre d’actifs à la vente. « Nous ne voyons pas de raison à ce que l’activité, en nombre et en volume, baisse », prévoit un associé. Les disparités entre les secteurs, résilients ou non dans le contexte Covid, sont toutefois notables. « D’une part, nous pouvons nous attendre à une accélération de la croissance des acteurs économiques dont l’activité a été portée par les conséquences de la pandémie (santé, tech, etc.) grâce à un fort pouvoir d’attraction des investisseurs et à une certaine effervescence des marchés. D’autre part, des consolidations et/ou des repositionnements stratégiques (impliquant des restructurations) dans les secteurs affectés par la crise (hôtellerie, restauration, etc.) », anticipe un autre praticien du droit, avec des cessions d’actifs pour se désendetter ou se désengager de segments non stratégiques.
Méthodologie de classement propre au M&A
Option Droit & Affaires a ici entendu classer les cabinets d’avocats intervenant sur des opérations de fusions-acquisitions corporate (à l'exclusion du private equity, du capital-risque et du capital développement qui feront l'objet de classements dans la prochaine édition, à paraître début 2021).
Le classement des cabinets a été divisé en deux tableaux correspondant aux principaux segments de valeurs d’entreprise : inférieur à 200 millions d’euros ou supérieur à 200 millions d’euros.
Les cabinets sont classés dans un seul tableau. Cela n’implique pas que certaines équipes n’aient pas de pratique sur l’autre segment de valeur. Le classement porte sur le segment de M&A sur lequel les cabinets ont effectué la majorité de leurs opérations ou se sont particulièrement illustrés sur la période considérée.
Ajustement de prix, garanties…
De manière générale, les mesures gouvernementales (report de charges, prêts garantis par l’Etat…) ont permis de préserver, en particulier en France, le tissu économique et nombre d’entreprises. Mais, la fin du « maintien sous perfusion » de l’économie laisse présager une période d’incertitude et des réflexions plus poussées en matière de restructuration. Le fait que certaines sociétés éprouvent des difficultés pourrait ouvrir des perspectives aux investisseurs, et renforcer le marché des opérations de distressed M&A/restructuring. D’un point de vue juridique, pour certains associés, une évolution possible dans les transactions serait le retour des mécanismes d’ajustement de prix (closing accounts), voire dans certains cas des mécanismes d’earn-out, qui sont des outils à la disposition des acquéreurs soucieux de limiter le risque d’une évolution défavorable de la valeur de la cible sur la période intermédiaire, voire post-closing. Par ailleurs, le recours aux polices d’assurance concernant les garanties revient dans les transactions. Certains cabinets notent une augmentation des opérations réalisées avec une assurance GAP, d’autres constatent l'usage fréquent de l'assurance WNI.
Protectionnisme économique
Parallèlement, la protection des intérêts nationaux est devenue très présente. La question de souveraineté est revenue sur le devant de la scène durant la pandémie. Le marché du M&A doit composer avec l’importance croissante de la réglementation, en particulier en matière d'investissements étrangers, et un accroissement du périmètre de contrôle à la fois quant à la nature des opérations visées, mais également quant aux secteurs d’activité (santé, énergies renouvelables…) depuis la réforme d’avril 2020. « L’objectif affiché par le gouvernement est de démontrer que la France garde la maîtrise des secteurs stratégiques. La rédaction des textes est très large. Ce régime s’applique dès qu’il existe un élément d’extranéité dans la chaîne de contrôle. Le sujet est devenu dès lors central dans le cadre du calendrier d’exécution des transactions », déplore un praticien du droit. Il est « susceptible d’impacter la structure des opérations envisagées, voire leur principe même ». Ce qui n’empêche pas la France d’être restée en 2020, le pays européen le plus attractif pour les investissements étrangers, selon le baromètre annuel établi par le cabinet EY. Après avoir décroché la première place du classement en 2019, l’Hexagone devance ainsi le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Des mouvements tout aussi dynamiques au sein des cabinets
Du côté des cabinets, nombre d’entre eux ont renforcé leur équipe M&A dans ce contexte de marché très actif. Peltier Juvigny Marpeau & Associés, dont la clientèle notait déjà la « qualité de négociation et d’exécution, le pragmatisme dans l’approche des sujets », s’est ainsi enrichi d’une nouvelle associée en septembre 2020, Julie Herzog (ex-IC Avocats), après avoir coopté au même poste François Dietrich. Chez Dechert, Delphin Boucher, jusque-là counsel chez White & Case, est arrivé en juin dernier comme national partner pour consolider la pratique M&A et private equity du cabinet en France. Déjà vanté pour son « efficacité opérationnelle et une excellente communication », Franklin a recruté en septembre 2020 en qualité d'associé Lionel Lesur, ancien du bureau parisien de McDermott Will & Emery. Ce dernier a également perdu Thibaud Forbin parti chez DS Avocats, mais compte désormais dans ses rangs comme associés Guillaume Kellner (ex-Paul Hastings) et Anne-France Moreau, cooptée. Après le départ d’Arnaud Levasseur chez Villechenon, structure mise en avant par un client « pour sa capacité à gérer à la fois des opérations de venture et de LBO », David Lambert (ex-Willkie Farr & Gallagher) a rejoint Jeausserand Audouard en tant qu’associé en début d’année et Elodie Cavazza y a été promue en juillet 2021 aux mêmes fonctions. LPA-CGR compte aussi un nouvel associé, Michael Samol, arrivé en avril 2021 en provenance de Jeantet pour développer l’activité avec l’Allemagne. Le cabinet a, par ailleurs, coopté comme associé Ran Hu en janvier 2021, très actif sur le marché asiatique. En mai dernier, Scotto Partners a recruté Coralie Oger (ex-FTPA Avocats) après le départ de Thomas Bourdeaut chez Fides Partners. Sur le premier semestre 2021, Stephen Walters (ex-Morgan Lewis & Bockius), Sébastien Pontillo (ex-Eversheds Sutherland) et Clotilde Billat (ex-Reed Smith) ont, respectivement, intégré Jeantet, Kramer Levin et Stephenson Harwood. A noter également, les arrivées de Matthieu Grollemund et d’Hélène Parent chez Hogan Lovells, tous deux en provenance du cabinet Backer Mackenzie. Ce dernier a, pour sa part, promu au rang d'associés Savéria Laforce en juillet 2020 et Hugo Sanchez de la Espada en juillet 2021, alors que Bryan Cave Leighton Paisner (BCLP) enregistrait les départs de Rémy Blain et d’Antoine Martin.
Concomitamment au départ au printemps 2021 d’Amaury Nardonne, fondateur de sa propre structure Axipiter, Delsol Avocats a promu Séverine Bravard et Manuel Wingert. Chez Sullivan & Cromwell, Garth Bray, jusque-là basé à Hong Kong, est venu renforcer la pratique à Paris, cet été. Freshfields Bruckhaus Deringer a promu au rang d’associé Julien Rebibo. Dans le même temps, le cabinet a vu son associé Florent Mazeron rejoindre Linklaters. Ayache, qui a enregistré les départs de Sandrine Benaroya chez Fairway et de Marie Pouget chez Racine, a lui coopté en qualité d’associé Grégoire Zeitoun en janvier 2021. Autres promotions en tant qu'associés, celles d’Orphée Grosjean chez Darrois Villey Maillot Brochier, de Benjamin Garçon chez Goodwin, de Louis Oudot de Dainville chez Gide, de Carole Bodin chez Bird & Bird, et de Thomas Hains chez CMS Francis Lefebvre.
Le bémol : l’incertitude élyséenne
Si l’activité des fusions-acquisitions atteint des niveaux historiquement très élevés et que les cabinets cherchent à se staffer en conséquence, nombre d’acteurs du M&A restent prudents quant à la visibilité à moyen terme. Certains cabinets, très actifs, craignent même une surchauffe du marché. « La situation me rappelle les années 1999-2000 avec la bulle Internet, évoque même un associé officiant dans une structure de premier plan. Un petit grain de sable économique ou politique pourrait enrailler la machine de manière très significative. » D’autant que se profile notamment l’élection présidentielle au printemps 2022 et qu’un changement de locataire à l’Elysée pourrait rebattre les cartes. « Il y a toujours une baisse d’activité ou un statut quo en période électorale », pointe un autre avocat. Réponse au printemps prochain.
Une méthodologie transparente pour l’établissement des classements
Notre méthodologie est le garant de la qualité de nos classements. Nous respectons un ensemble de procédures pour établir des classements reproduisant fidèlement l’état du marché des cabinets d’avocats d’affaires.
C’est avec cette seule méthodologie que l’équipe éditoriale d’Option Droit & Affaires construit la légitimité et l’impartialité de ses classements. Aucune interférence avec d’autres services du groupe Option Finance ne saurait être envisagée.
La méthodologie d’Option Droit & Affaires se décompose de la manière suivante :
- 1. envoi de questionnaires auprès des cabinets d’avocats,
- 2. entretien avec les équipes spécialisées d’avocats,
- 3. enquête auprès des directions juridiques et des clients,
- 4. vérification des classements par le Cercle Montesquieu.
Envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats
Dans un premier temps, l’envoi des questionnaires aux cabinets d’avocats spécialisés en la matière, nous permet de réunir les informations à jour les plus précises possibles.
Entretien avec les équipes spécialisées d’avocats
Notre équipe éditoriale contacte chaque équipe spécialisée d’avocats afin d’approfondir les questionnaires pour une information complète et nécessaire à l’établissement de classements objectifs. Chaque entretien est organisé pour les seuls besoins du classement et demeure confidentiel.
Vérification des informations auprès des clients
Nous accordons une attention toute particulière aux informations collectées auprès des clients des cabinets d’avocats. Nous entrons donc en contact avec eux pour obtenir leur avis, confidentiel, sur le travail du cabinet avec lequel ils ont collaboré.
Nous veillons également à recueillir un maximum d’informations objectives sur leur vision du marché des avocats.
Vérification des classements par le Cercle Montesquieu
Le Cercle Montesquieu apporte son soutien à l’élaboration des classements d’Option Droit & Affaires afin de reproduire le plus fidèlement l’état du marché. Après l’enquête effectuée par la rédaction, plusieurs directeurs juridiques du Cercle Montesquieu se réunissent pour vérifier la bonne méthodologie de l’enquête et confronter leurs points de vue sur
les classements réalisés. Avec ce partenariat, Option Droit & Affaires met au service des directions juridiques un outil leur permettant de bénéficier d’une source d’informations résolument fiable et indépendante concernant les cabinets d’avocats.
Pour cette édition, nous remercions tout particulièrement Damien Catoir, directeur juridique adjoint d’Atos et Bénédicte Wautelet, directrice juridique du groupe Le Figaro et vice-présidente du Cercle Montesquieu, pour leur précieuse collaboration.
Classements
Nos classements couvrent la période du 1er juin 2020 au 1er juin 2021. Les cabinets d’avocats d’affaires sont classés de
5 étoiles à 1 étoile, 5 étoiles représentant les meilleurs cabinets dans leur domaine de spécialité. Au sein d’une même catégorie, les cabinets sont classés par ordre alphabétique.
Les critères pris en compte pour l’établissement des classements sont :
• Innovation juridique apportée au dossier et assistance au client
• Compétences techniques :
– Qualité de la prestation délivrée
– Diligence
– Implication de l’équipe auprès du client
• Nombre de dossiers traités et croissance de l’activité
• Taille des dossiers traités
• Type de clientèle (fonds d’investissement, banques d’affaires, entreprises…)
• Taille et autonomie de l’équipe