Abondance de liquidités de la part des investisseurs, quête d’actifs de qualité, valorisation en forte hausse, processus très compétitifs, tel est le tableau 2021 du marché du private equity. Après une année 2020 en demi-teinte en raison de la crise de la Covid-19, le secteur fait preuve d’un fort dynamisme.
Une vingt-troisième licorne tricolore
La French tech est loin d’être en reste. Le cap symbolique des 10 milliards d’euros de levées a été dépassé. L’écosystème tech français, qui dénombre plus de 20 000 start-up, vient d’enregistrer sa vingt-troisième licorne avec la fintech Lydia, positionnée sur le segment du paiement entre particuliers. Cette dernière a bouclé un tour de table de 100 millions de dollars, permettant ainsi de la valoriser à plus d’un milliard de dollars. Car contre toute attente, la période actuelle, pourtant bousculée par la pandémie, affiche de belles réussites. Nicolas Julia, CEO de Sorare, qui est devenue en 2021 la start-up tricolore la plus valorisée de l’histoire de la French tech, à 4,3 milliards d’euros, estime même que « de manière générale en France et en Europe, il est plus facile de lever des fonds en 2021 que cela ne l’était en 2015, et plus encore qu’en 2010. Il y a davantage de fonds disponibles ». « Quelque part, la pandémie a forcé les investisseurs à suivre leurs start-up », ajoute l’entrepreneur qui a cofondé la plateforme de fantasy football (voir interview p. 6 à 8).
L’unitranche a le vent en poupe
Autre élément notable de l’année écoulée, le recours accru à l’unitranche. Cette source de financement a le vent en poupe, boostée par la période troublée. « Les fonds de dette privée ont profité de la fermeture du marché bancaire en 2020 pour gagner de nouvelles parts de marché », analyse Philippe Charbonnier, managing director debt advisory chez Natixis Partners. Son principal atout : sa simplicité, note Guillaume Chinardet, senior managing director et chairman du comité d’investissement private debt grâce à « une seule dette remboursable in fine fournie par un seul acteur qui apporte 100 % du montant et conserve le papier ». « Faire appel à un fonds de dette permet à la fois plus d’agilité et de rapidité d’exécution sur les process très compétitifs, notamment en cas de préemptive, mais offre aussi une grande souplesse pendant toute la vie du deal pour financer les croissances externes ou pour ajuster la documentation juridique », ajoute le spécialiste. En Europe, le capital levé par les fonds de dette privée a été multiplié par neuf entre 2010 et 2020, selon le bureau d’études Preqin. Les fonds sous gestion ont quintuplé, atteignant les 180 milliards d’euros fin 2020, dont 32 milliards pour la France (voir article p. 14-15).
Même si les liquidités sont là et l’appétit des fonds également, les investisseurs tiennent à prêter une attention grandissante en particulier aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ceux-ci sont désormais perçus comme « fortement contributeurs de création de valeur », selon la dernière étude Private Equity Responsible Investment de PwC. Jean-Marc Le Roux, associé chez Bain, estime qu’« il faut voir l’ESG comme une opportunité, et non pas seulement comme un facteur de risque ». « Les fonds, présents plusieurs années au capital de leurs participations, ont saisi le bien-fondé de se pencher sur ces questions de long terme », analyse Sylvain Lambert, coresponsable du département développement durable de PwC France et Maghreb (lire article p. 10 à 12).
Le séisme du 13 juillet
Mais si l’euphorie du marché du private equity a fait vivre une année exceptionnelle – à plus d’un titre – à nombre de cabinets d’affaires, elle ne leur fait pas oublier le séisme qui a secoué la profession le 13 juillet dernier, date de trois décisions du Conseil d’Etat qui remettent en question la relative stabilité juridique autour des management packages. Une situation qui pourrait pousser les managers à aller « franchir la frontière », craint le député LREM Philippe Latombe, à l’origine d’un amendement déposé dans le cadre du vote de la loi de finances 2022. « Deux pays amis sont aujourd’hui très favorables à cette évasion : la Belgique et le Luxembourg, près de notre territoire. Il y a aussi le Portugal qui, depuis quelques mois, décide de se mettre dans la concurrence fiscale. » Les praticiens du droit français seront donc plus que jamais à l’affût dans les prochains mois d’un éclaircissement jurisprudentiel, ou encore mieux d’une position législative claire, sur ce sujet hautement sensible.