La start-up Doctrine, détenue par un fonds américain et qui fournit des services de recherches juridiques basées sur des algorithmes et de l’intelligence artificielle, s’empare de son concurrent tricolore Predictice, pour un montant qui avoisinerait les 20 millions d’euros. Désormais, le « Google du droit » revendique 25 000 clients et 230 salariés dans quatre pays.
A la veille de ses dix ans d’existence, Doctrine s’agrandit. La plateforme d’information juridique à destination des professionnels du droit rachète sa concurrente Predictice, spécialisée dans les logiciels et bases de données juridiques alimentés par l’intelligence artificielle et née, comme elle, en 2016. La transaction serait d’environ 20 millions d’euros. Il s’agit de la quatrième acquisition en deux ans pour Doctrine qui avait accueilli en tant qu’actionnaire majoritaire le fonds américain Summit Partners aux côtés de Peugeot Invest il y a deux ans (ODA du 12 avril 2023) et s’est emparé cette même année des sociétés tricolores Legaltile et Jobexit. La première rassemble l’information légale et financière des entreprises tandis que la seconde est positionnée dans l’automatisation du calcul des indemnités de rupture de contrat de travail. Doctrine a également racheté l’éditeur juridique allemand Dejure à l’été 2025. De son côté, Predictice avait accueilli à son capital le fonds Swen Capital Partners, Matmut Innovation, fonds dédié du groupe mutualiste ainsi que BNP Paribas Développement à l’occasion d’un tour de table de cinq millions d’euros en 2019. Avec cette nouvelle acquisition, Doctrine revendique aujourd’hui près de 230 salariés et 25 000 clients dans quatre pays (France, Allemagne, Italie, Luxembourg). Doctrine et son actionnaire sont épaulés par Latham & Watkins avec Gaëtan Gianasso et Simon Lange, associés, Jacek Urban et Alexandra Rodrigues, en corporate ; Xavier Renard, associé, Hugo Matricon, en droit fiscal ; Jean-Luc Juhan, associé, Jean Bergeron, en propriété intellectuelle et contrats commerciaux ; Matthias Rubner, associé, Cosma Scutiero, en droit social ; et Myria Saarinen, associée, Hana Ladhari, en protection des données. Doctrine est également conseillé par Karman Associés avec François Brocard, associé, en corporate M&A ; ainsi que par Eversheds Sutherland avec Manon Lamotte, associée, en droit social. Les actionnaires de Predictice sont accompagnés par Taylor Wessing avec Nicolas De Witt, associé, Sarah Erena et Loïc Douguet, en corporate M&A.
Le conseil de Doctrine et Summit Partners : Gaëtan Gianasso, associé chez Latham & Watkins
Quelles sont les spécificités du deal ?
A l’occasion de l’acquisition de Predictice, ses actionnaires financiers – Swen Capital Partners, Matmut Innovation et BNP Paribas Développement – sortent intégralement tandis que les fondateurs, qui étaient majoritaires, cèdent leurs parts de façon différée. Doctrine prend le contrôle opérationnel de la société, mais n’acquerra l’intégralité des titres que dans un an, au terme d’une période de transition. Deux des fondateurs de Predictice réinvestissent par ailleurs un ticket marginal au sein de Doctrine. A l’instar d’un nombre croissant d’opérations, notamment lorsqu’une entreprise passe de fondateurs à un groupe soutenu par un fonds, une assurance de garantie d’actifs et de passifs (GAP) est mise en place et protège l’acheteur contre la découverte potentielle d’éléments défavorables. Ce mécanisme ne perturbe pas le processus de vente et offre une certaine forme de protection, sans qu’une relation conflictuelle ne naisse entre les parties.
Comment l’opération est-elle financée et structurée ?
L’opération, réalisée dans un délai particulièrement court durant l’été, a été pour partie financée par de la dette. Cette nouvelle ligne de financement a permis, d’une part, de rembourser un prêt de type « vendor loan », contracté lors de l’acquisition de Doctrine par Summit Partners en 2023, et, d’autre part, de financer l’acquisition de Predictice. Le financement complémentaire a été assuré par les fonds propres de l’acquéreur. En ce qui concerne la structuration de l’opération, celle-ci a été effectuée au niveau du groupe Forseti, qui est la dénomination sociale de Doctrine.
Vous attendez-vous à une consolidation du secteur ?
Doctrine a réalisé plusieurs acquisitions ces dernières années et participe à la consolidation du secteur dans les juridictions dans lesquelles elle opère, que cela soit en France, en Italie, en Allemagne ou au Luxembourg. Plus largement, comme pour beaucoup de nouvelles technologies, activités, ou même business, de nombreuses entreprises se positionnent sur un créneau mais seules les meilleures l’emportent à la fin, entraînant une consolidation progressive des secteurs au fil des années. Enfin, concernant l’utilisation des outils d’intelligence artificielle par les professionnels du droit, de nombreuses structures se sont formées et utilisent déjà ces technologies, et des progrès restent encore à accomplir.