La lettre d'Option Droit & Affaires

La Décision de la semaine

Sept enseignes du retail se partagent les actifs de Bata

Publié le 20 avril 2016 à 15h19

Coralie Bach

Bata cesse son activité en France. Placée en redressement judiciaire depuis le 4 février 2016, la marque, qui avait été reprise à la barre en 2015 par ABC Chaussures, voit ses actifs vendus à un consortium d’entreprises de retail.

Le tribunal de commerce de Nanterre a en effet validé le 14 avril dernier l’offre présentée par Courir France, Etam Développement, La Chaise Longue, Un Jour Ailleurs, Armand Thiery, Okaïdi et Yves Rocher France. Dans le détail, le consortium apporte plus de 8 millions d’euros pour racheter 49 magasins sur les 72 existants, en vue de les exploiter sous leur propre marque. L’ensemble du personnel de ces boutiques est repris, soit 266 salariés sur les 358 que comptait la société. Un plan de reclassement interne et externe va également être proposé à une centaine de collaborateurs. L’offre du consortium a ainsi été privilégiée à celle du groupe de mode espagnol Yorga, et à celle de Vivarte, qui s’était associé au site d’e-commerce Spartoo et à la chaîne britannique de sportswear JD Sports. Certains candidats s’étaient déjà manifestés début 2015, lors du précédent plan de redressement judiciaire. C’était alors le dirigeant de Bata France, François Le Ménahèze, qui avait repris l’activité, tandis que Courir et Etam avaient déjà acquis plusieurs fonds de commerce. L’enseigne de chaussures à petit prix, dont le passif s’élève à 24 millions d’euros, n’a finalement pas réussi à se rétablir, victime d’une forte baisse de fréquentation. L’administrateur judiciaire était Maître Francisque Gay et le mandataire judiciaire Maître Christophe Basse. La société ABC Chaussures était accompagnée par VHL Avocats avec Virginie Hug de Larauze, associée. De Pardieu Brocas Maffei a conseillé les bailleurs avec Joanna Gumpelson, associée, et Alexis Rapp. Les sociétés Courir France, La Chaise Longue et UJA étaient assistées par Darrois Villey Maillot Brochier avec François Kopf, associé, Mathieu Della Vittoria et Colin Marvaud, la société Etam Développement par Hadengue & Associés avec François Dupuy, associé, et Benjamin Bayi, la société Armand Thiery par FieldFisher avec Bruno Paccioni, associé, et Lucile Mériguet, la société Okaïdi par DS Avocats avec Martine Zervudacki et Jean-Charles Gancia, associés, et Christian Pascoët, pré-associé, Yves Rocher France par Squire Patton Boggs avec Alexandre Le Ninivin.

Le conseil de Courir France, La Chaise Longue et Un Jour Ailleurs : François Kopf, associé chez Darrois Villey Maillot Brochier

La reprise des actifs de Bata France a été assez disputée. Comment expliquer ces marques d’intérêt alors même que le secteur du retail connaît une conjoncture difficile ?

Les marques d’intérêt pour ce dossier ont effectivement été nombreuses. Cette concurrence s’explique par la qualité des actifs ; les fonds de commerce bénéficient souvent d’un très bon emplacement où peuvent être conduites d’autres activités que la chaussure.

Quels étaient les atouts de l’offre du consortium par rapport à celles de Vivarte et Yorga ?

Courir et Etam, qui avaient déjà travaillé ensemble en 2015 lors du premier plan de redressement judiciaire, ont su fédérer d’autres repreneurs pour présenter une offre cohérente et la plus large possible. Toutefois, la compétition était réelle, car les offres étaient assez équivalentes en termes de préservation d’emplois. Le consortium s’est démarqué en proposant un prix plus élevé pour les fonds de commerce, auxquels s’ajoutent le rachat des stocks et le financement d’un plan de sauvegarde de l’emploi. En outre, les groupes repreneurs bénéficient d’une bonne santé financière, gage de pérennité de la reprise. Enfin, ils ont su convaincre de leur capacité d’intégration des équipes. Courir et Etam, qui ont déjà repris du personnel de Bata l’année dernière, ont connu ainsi un turn-over inférieur à celui du secteur dans des situations similaires. Des plans de formation sont également prévus afin de permettre aux salariés de s’adapter à l’activité de leur nouvel employeur.

Quelles étaient les spécificités juridiques de cette opération ?

La particularité principale était la mise en place du consortium. Il a fallu faire avancer l’ensemble des acteurs au même rythme, tant sur les questions de valorisation que de périmètre. La répartition des fonds entre les repreneurs était aussi un enjeu crucial, certains emplacements pouvant intéresser plusieurs sociétés. Mais les discussions ont pu aboutir grâce à une volonté commune de présenter le meilleur projet de reprise possible.

Quel regard portez-vous sur le marché du restructuring aujourd’hui ?

Le marché est assez judiciaire, contrairement aux années précédentes où de nombreux dossiers se sont traités en amiable. Une explication tient au fait que beaucoup de LBO ont été restructurés et que certains secteurs d’activité comme le retail ou le parapétrolier font face à des conditions de marché très dégradées. Nous voyons également des opérations de restructuration intragroupe, liées à la sortie de filiales en difficulté.


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