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Deal de la semaine

Beaumanoir en passe de s’offrir Caroll

Publié le 23 juin 2021 à 15h46    Mis à jour le 23 juin 2021 à 17h40

Chloé Enkaoua

Le groupe français Beaumanoir, propriétaire des marques Cache Cache, Bréal, Morgan, Bonobo ou encore Vib’s, s’apprête à mettre la main sur l’enseigne de vêtements féminins Caroll.

Le spécialiste breton du prêt-à-porter est en effet entré en négociations exclusives avec Vivarte (ex-Groupe André), l’un des leaders européens du textile et de la chaussure, auprès duquel il avait déjà racheté les 366 magasins de la chaîne La Halle en juillet dernier. Suite à un processus d’enchères, une promesse d’achat a ainsi été signée en vue de cette nouvelle acquisition, qui devrait être réalisée d’ici septembre prochain. Par la suite, le groupe au milliard d’euros de chiffre d’affaires entend continuer à faire rayonner la marque Caroll en France et à l’international. De son côté, à l’issue de l’opération, Vivarte ne comptera plus qu’une seule marque dans son portefeuille : l’enseigne de chaussures Minelli, qu’il compte également céder. Au cours des dernières années, suite à des difficultés, le groupe d’entreprises tricolore a en effet déjà vendu successivement des marques telles que San Marina, Cosmoparis, Besson Chaussures, Naf Naf, André, Pataugas ou encore Kookaï, parfois dans le cadre de procédures de conciliation. Au gré des cessions, Vivarte a donc réduit progressivement à la fois ses prestations logistiques et ses effectifs, en vue de se délester à terme complètement de ses services centraux avant un démantèlement. Créée en 1963, la marque Caroll est une filiale de Vivarte depuis 1988. Présente dans 12 pays, elle s’appuie sur un réseau de 470 points de vente et de 1 200 salariés. L’enseigne a réalisé sur l’exercice décalé 2019-2020 un chiffre d’affaires de 172 millions d’euros. Beaumanoir a été conseillé par Santoni & Associés avec Marc Santoni, associé, et Soleine Gautier en corporate/M&A ; ainsi que par Vogel & Vogel avec Joseph Vogel, associé, Laurence Boudailliez et Charles Héran sur les aspects concurrence. Gibson Dunn a assisté Vivarte avec Bertrand Delaunay, associé, Clarisse Bouchetemblé, of counsel, et Adrien Levallois en corporate, et Jérôme Delaurière, associé, en fiscal.

Le conseil de Vivarte : Bertrand Delaunay, associé chez Gibson Dunn

Qu’est-ce qui a motivé la vente de Caroll International par Vivarte ?

Cette cession intervient dans le cadre du processus de vente des différentes marques détenues par le groupe Vivarte, profitables ou connaissant des difficultés, qui a débuté il y a quelques années. Avec l’épisode des gilets jaunes, des grèves successives puis la crise sanitaire, le monde du retail a en effet beaucoup souffert, en particulier dans le domaine du vêtement et de la chaussure. Par ailleurs, les consommateurs changent petit à petit leurs habitudes d’achat ; sur le segment de l’entrée de gamme, par exemple, on voit apparaître la concurrence de la seconde main, notamment avec Vinted. Le marché est donc en train d’évoluer, et c’est dans ce contexte que Vivarte avait choisi de se recentrer sur quelques enseignes clés, dont La Halle. La majeure partie des actifs de cette dernière a toutefois aussi été cédée en 2020 au groupe Beaumanoir dans le cadre d’un redressement judiciaire. L’étape suivante était la cession de Caroll International. A l’issue d’un processus concurrentiel, Vivarte a choisi d’accorder une exclusivité à Beaumanoir, qui a émis une promesse d’achat portant sur l’intégralité du périmètre de Caroll en France et à l’international. Lorsque l’opération sera réalisée, il ne restera plus dans le giron de Vivarte que la marque de chaussures Minelli, dont le processus de vente est également en cours.

Comment s’est déroulée l’opération ?

Caroll International étant une marque profitable, c’est une cession « in bonis » classique qui a été envisagée, sans procédure de mandat ad hoc ou de conciliation comme cela a pu être le cas précédemment pour d’autres enseignes du groupe. Le processus d’enchères a été conduit par la banque d’affaires Rothschild, avec une implication très importante des équipes internes de Vivarte et, notamment, de sa secrétaire générale, Isabelle Gaillard. Plusieurs candidats étaient sur les rangs et intéressés par Caroll. Cela a engendré jusqu’à la fin beaucoup de tension compétitive et de discussions actives qui, au regard d’un certain nombre de paramètres, ont finalement amené Vivarte à porter son choix sur l’offre de Beaumanoir.

Quelles sont les principales complexités et particularités que vous avez pu rencontrer lors du processus de vente ?

Je dirais la gestion des services transitoires post-opération. Le groupe Vivarte étant actuellement en train de réduire ses services centraux, des prestations transitoires seront à fournir à la fois par Vivarte à l’acquéreur et par l’acquéreur à Vivarte. Ce n’est pas toujours le cas, et c’est une vraie spécificité compte tenu du contexte.


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