La consolidation du marché du private equity est enclenchée. Taille critique insuffisante, mono-stratégie risquée et augmentation des coûts de gestion conduisent nombre de fonds à se rapprocher.
« Les limited partners (LP) choisissent de plus en plus où mettre leurs investissements et ont le choix du roi. Nous allons vers une sélection naturelle où les moins performants – peut-être le troisième ou le quatrième quartile, en tout cas la queue de peloton – auront beaucoup de mal à lever des montants significatifs. Les premiers de la classe cherchent, quant à eux, à s’adosser à des partenaires puissants, notamment pour accélérer leur croissance », explique David Darmon, directeur général et membre du directoire de Wendel. Une aubaine pour la société d’investissement cotée en quête de leaders de taille significative pour se déployer sur le créneau de la gestion d’actifs privés pour compte de tiers multi-métiers. Le groupe familial est d’ores et déjà en passe de finaliser le rachat du gérant européen IK Partners. Une transaction sur laquelle a travaillé Vincent Ponsonnaille, associé chez Kirkland & Ellis, désigné par ses pairs avocat de l’année de cette édition.
Effectivement, les temps sont plus durs pour les fonds. L’euphorie post-Covid a laissé place à un ralentissement sensible du marché du private equity depuis le début de l’année 2023, en particulier en matière de transactions LBO de taille importante. En cause notamment, les problématiques de financement et de levées de fonds dans un contexte d’instabilité économique et géopolitique. « C’est probablement la première fois de ma carrière que je vois se multiplier des deals à la vente qui n’ont pas abouti, faute d’offre au prix attendu ou même faute d’acquéreur. Et nous ne parlons pas seulement d’actifs sinistrés, mais aussi d’actifs qui, il y a quelques années, voire quelques mois, auraient eu beaucoup de succès », pointe Olivier Aubouin, associé chez Mayer Brown. Pour François Prioux, managing director de DC Advisory, qui a notamment conseillé CVC dans le cinquième LBO de l’éditeur lyonnais de solutions logicielles Sogelink, rare deal finalisé en upper mid-market, « dans le contexte actuel, les sorties sont limitées aux très beaux actifs suscitant encore l’appétit des fonds à des multiples de valorisation qui restent élevés ». Opter pour un fonds de continuation devient alors une voie de sortie alternative pour les actionnaires financiers de beaux actifs, comme l’a fait le Britannique Charterhouse avec le fournisseur de solutions télécoms Sagemcom en structurant un GP-led, un nouveau véhicule auquel de nouveaux LP ont souscrit. « Les fonds de continuation se démocratisent dans le mid-market mais ils sont à manier avec précaution car seules les très belles entreprises ayant encore une histoire de croissance à mener avec leurs actionnaires actuels sont éligibles », estime Guillaume Piette, managing partner du conseil M&A Financière de Courcelles.
Dans le contexte actuel, fort compliqué, certains secteurs arrivent néanmoins à tirer leur épingle du jeu comme la santé, le tourisme, le luxe ou encore la transition énergétique. Les opérations de build-up ont aussi tout particulièrement animé le marché. « Lorsque les coûts de financement augmentent et que les leviers baissent, la création de valeur pour les fonds de private equity repose davantage sur la conduite de stratégies de build-up », explique François Lacoste, responsable de l’activité private debt de la société d’investissement Eurazeo (lire p.10 à 12). En tout cas, dans bon nombre de cas de figure, les problématiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) se sont invitées dans les discussions, et peuvent même y mettre un terme. Perte de valeur et d’attractivité ou risque de ne pas pouvoir revendre, certains secteurs peuvent faire peur aux investisseurs, comme le note dans notre table ronde Baudouin d’Hérouville, partner, head of midcap de la société d’investissement Initiative & Finance, pour qui « l’explosion des deals qui ne vont pas jusqu’au bout pour des raisons ESG » serait largement sous-estimée. L’obligation de publier des informations sur la durabilité a toutefois vu son champ élargi à de nouvelles entreprises depuis le 1er janvier dans le cadre de la taxonomie européenne. De quoi éclairer encore un peu mieux les investisseurs.