La lettre d'Option Droit & Affaires

DEAL DE LA SEMAINE

Petit Bateau dans l’escarcelle de l’Américain Regent

Publié le 10 septembre 2025 à 16h32

Pierre-Anthony Canovas    Temps de lecture 5 minutes

Le fonds d’investissement californien va reprendre au groupe tricolore Rocher la marque d’habillement iconique Petit Bateau. L’opération, dans l’attente du feu vert de l’Autorité de la concurrence, doit être conclue avant la fin de l’année.

Après la marque de lingerie Dim, c’est au tour de l’iconique Petit Bateau de tomber dans les mains de Regent. Au terme d’un processus compétitif, le fonds d’investissement de Beverly Hills, créé en 2013, a réussi à convaincre le groupe breton de cosmétiques Rocher (Yves Rocher, Arbonne, etc.), qui possédait la marque de vêtements pour enfants depuis 1988 et avait annoncé son souhait en début d’année de se concentrer sur son cœur de métier, de le choisir pour des négociations exclusives. L’acheteur, qui a également repris par le passé la marque de chaussures suisse Bally, et de lingerie canadienne La Senza, a assuré maintenir le site historique de Troyes de Petit Bateau. L’opération reste soumise à la consultation des instances représentatives du personnel de Petit Bateau et de Rocher. Déjà, la fédération textile de la CGT a indiqué appeler les responsables politiques à intervenir rapidement afin qu’un accord de transition, d’une durée minimale de sept ans, soit signé. « Il serait tout à fait pertinent que l’accord contraigne le fonds Regent à investir à Troyes », poursuit le groupement, qui précise que « ce n’est qu’à ces conditions que le syndicat CGT de Petit Bateau envisagerait de ne pas s’opposer à la vente ». Le feu vert de l’Autorité de la concurrence est également attendu, pour un closing espéré d’ici décembre. L’opération intervient alors que Petit Bateau, qui compte plus de 2 400 salariés, 370 points de vente et 760 détaillants, a connu une période difficile après la crise du Covid et le début du conflit russo-ukrainien. La marque a enregistré un chiffre d’affaires de 179 millions d’euros et des pertes de 9,4 millions l’année passée, contre 190 millions d’euros et un résultat net négatif de 7 millions lors de l’exercice 2021. Regent est conseillé par Weil, Gotshal & Manges avec Céline Domenget-Morin et Alexandre Duguay, associés, Yan Boistay, en corporate ; Benjamin Pique et Jérôme Rueda, en droit fiscal ; Martin Ellie, en droit de la concurrence ; et Marc Lordonnois, associé, en réglementaire. Le groupe Rocher est épaulé par August Debouzy avec Julien Aucomte, associé, Audrey Thomas et Elina Alfarmini, en corporate ; Virginie Devos, associée, en droit social ; Alexandra Berg-Moussa, associée, Aurélien Micheli, counsel, Thibaut Amourette, pour les aspects contractuels ; et Olivier Attias, associé, Noureen Nhari, en réglementaire et conformité ; ainsi que par Eight Advisory Avocats pour les due diligences avec Guillaume Rembry, associé, Guillaume Exerjean, en droit fiscal.

Le conseil de Regent : Céline Domenget-Morin, associée chez Weil

Au terme du processus compétitif, pourquoi Regent a-t-il été choisi ?

Le projet de cession de Petit Bateau par le groupe Yves Rocher s’inscrit dans un contexte de recentrage stratégique de ce dernier. Alors que le secteur de l’habillement pour enfants est globalement en décroissance, le vendeur a été très vigilant sur le choix du repreneur dans le cadre du processus compétitif. Outre le prix proposé, nous pensons que notre client Regent a été sélectionné parce qu’il s’inscrivait dans cette volonté de continuité et d’accompagnement de l’entreprise dans la durée, fort d’une solide expérience de reprise d’entreprises françaises et européennes, telles que DIM et Bally.

Quels ont été les défis du deal ?

L’opération présente essentiellement deux défis pour l’acquéreur et ses conseils. Tout d’abord, elle a nécessité un accompagnement particulier de notre client, un investisseur étranger, pour le sensibiliser aux spécificités et pratiques de marché françaises et aux attentes du cédant. Par ailleurs, nous sommes confrontés aux problématiques de détourage d’un sous-ensemble d’un groupe industriel. Il s’agit de l’identification des liens financiers, juridiques et commerciaux avec le groupe cédant, puis l’évaluation des besoins du groupe de la cible à court terme et, ensuite la définition d’un plan de transition adapté.

Comment l’opération est-elle structurée et financée ?

La structure envisagée est assez classique, l’acquisition sera effectuée par une société holding contrôlée par Regent et financée en fonds propres.

Quels sont les feux verts réglementaires attendus ? Craignez-vous l’instauration de garde-fous ?

Une fois le processus d’information-consultation des instances représentatives du personnel mené à son terme, le projet d’acquisition sera conditionné à l’autorisation de l’Autorité de la concurrence française au titre du contrôle des concentrations. Nous n’anticipons pas de difficultés particulières.

Le contexte politique et économique actuel est-il propice au rachat d’entreprises tricolores ?

Les difficultés traversées par le marché de la distribution textile, et notamment l’habillement pour enfants, ne sont pas nouvelles. Nous avons vu des marques, dont la production était réalisée en Asie, rachetées par des acteurs asiatiques qui ont ensuite quitté la France. Ce n’est pas le cas ici : nous avons un acheteur qui a réalisé plusieurs acquisitions stratégiques en Europe et s’inscrit dans le développement de ses marques sur le long terme. L’instabilité politique et économique n’est jamais propice aux investissements étrangers, mais la France reste un pays attractif par la qualité de ses entreprises.


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