Le néo-assureur Alan a opéré un nouveau tour de table de 183 millions d’euros en série E.
La transaction a été menée par Teachers Venture Growth, fonds de pension des enseignants de l’Ontario et une demi-douzaine d’investisseurs historiques parmi lesquels le fonds souverain de Singapour Temasek, Index, Coatue, Ribbit Capital, Dragoneer, Lakestar ou encore Exor, le fonds de la famille Agnelli. Cette nouvelle levée de fonds intervient seulement un an après la précédente en série D, pour un montant de 185 millions d’euros. La jeune start-up, créée en 2015, qui accède désormais au cercle très restreint des licornes, souhaite poursuivre une politique de recrutement massive avec l’arrivée de 1 000 collaborateurs cette année. Elle vise notamment l’augmentation de son portefeuille clients pour atteindre les 3 millions en 2025, versus 300 000 actuellement. Alan revendique un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros en 2021, et compte 500 salariés. Orrick a conseillé Alan avec Benjamin Cichostepski, associé, Abdelkrim Nassiri et Mayeul Lelievre, en corporate. Goodwin a accompagné OTPP (Ontario Teachers' Pension Plan) avec Benjamin Garçon, associé, Louis Taslé d’Héliand et Thomas Léry, en corporate. Gide a représenté Temasek avec David-James Sebag, associé, et Julien Negroni, en M&A-corporate. Le cabinet américain Gunderson Dettmer est également intervenu aux côtés de Dragoneer.
Le conseil d’Alan : Benjamin Cichostepski, associé chez Orrick
Quelles ont été les particularités juridiques de ce tour de table en série E ?
Nous accompagnons Alan depuis sa série A, il y a cinq ans. Pour cette nouvelle levée de fonds, nous avons poursuivi le regroupement des différentes classes d’actions de préférence à l’intérieur de « super majorités » afin de limiter les démultiplications de votes – et de vetos – pour toutes les décisions affectant les actions de manière uniforme. C’est une approche de rationalisation très pragmatique face à l’inflation des processus corporate propres à chaque classe d’actions, qui s’empilent levée après levée et sont contre-productifs quant à la bonne réalisation des opérations de financements equity à des niveaux de maturités aussi aboutis. La mise en place des actions à droit de vote multiple au profit des fondateurs, afin de leur permettre de conserver un poids politique renforcé, a été confortée. Cela s’inscrit dans cette conception de conserver à la société son caractère « Founder driven » qui est créateur de valeur pour l’ensemble de la table de capitalisation. Il s’agit de la reproduction, en France, et en tenant compte de nos contraintes juridiques locales – les conventions de votes générales étant prohibées –, d’une pratique couramment admise aux Etats-Unis et au Royaume-Uni à des niveaux de maturité en séries B et plus. Ces opérations consistent pour les investisseurs à se dessaisir, au profit du management, de leurs droits de vote sur les sujets autres que ceux touchant aux droits financiers de leurs actions. Sur un plan pratique, cela permet au management de disposer d’un niveau accru de flexibilité sur les aspects stratégiques ou opérationnels de l’entreprise, sans porter préjudice aux aspects capitalistiques et financiers.
Avez-vous rencontré des problématiques particulières ?
En raison de la détention de titres d’intéressement par de nombreux collaborateurs du fait de la politique « d’incentive » volontariste d’Alan, nous avons été confrontés, comme de nombreux acteurs de taille importante, à un process assez lourd. Il a fallu gérer la multiplication des assemblées « spéciales » au niveau corporate, ainsi que l’encadrement contractuel, la bonne réalisation de l’opération pouvant dépendre du bon vouloir de quelques-uns de signer ou non le nouveau mini-pacte d’actionnaires. Ce processus n’est plus adapté à ce type d’opération qui requiert rapidité et efficacité, indépendamment des montants en jeu. Il s’agit à la fois de sécuriser les investisseurs, qui souhaitent opérer rapidement, mais aussi la société et les dirigeants qui doivent continuer à gérer leur opérationnel et pour lesquels des process longs et aléatoires sont, par nature, inadaptés. Les tours dits « de growth » sont encore plus exposés aux fluctuations de cours des sociétés cotées tech qui donnent la tendance sur la profondeur des liquidités de sortie pouvant être attendues, comme ce premier semestre 2022 le démontre. Or, la dernière chose qu’une société souhaite, c’est de devoir rediscuter la valorisation du fait d’événements conjoncturels globaux. Alan doit par ailleurs faire face à une double contrainte, règlementaire, d’une part, étant soumise au contrôle de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) sur l’évolution de son capital, et corporate, d’autre part, étant une société anonyme, ce qui a eu un impact sur le process.