La lettre d'Option Droit & Affaires

FOCUS

La frilosité du marché boursier transparaît dans la nature des offres publiques

Publié le 12 février 2025 à 17h52

Charles Ansabère    Temps de lecture 5 minutes

Bien que plus nombreuses en 2024, les offres ciblant les sociétés françaises cotées dissimulent mal les états d’âme des initiateurs. Elles cherchent souvent à réorganiser le capital a minima.

Olivier Guignon

La confirmation est tombée lundi 3 février. Réagissant à des commentaires évoqués dans la presse, BWGI, l’actionnaire brésilien de référence de Verallia depuis 2019, a indiqué qu’il étudie la possibilité d’initier une offre publique sur les titres qu’il ne possède pas encore du fabricant d’emballages en verre, sans intention de le retirer de la cote. Une déclaration qui donnera bientôt lieu à la réunion du conseil d’administration de l’industriel tricolore, afin d’examiner les conditions de l’offre (fixée à 30 euros par action, soit à peine plus que le cours de clôture précédant l’annonce).

Si elle se fait, cette opération ne surprendra pas véritablement les observateurs des offres initiées sur les places boursières, tant elle s’inscrit dans le prolongement de celles de l’an dernier. Avec sa proposition, BWGI entend « offrir de la liquidité aux actionnaires de Verallia […] et continuer de soutenir sa stratégie et son équipe de direction ». Une finalité en phase avec ce que relèvent les études publiées ces derniers jours. L’an dernier, nous avons dénombré neuf offres publiques de rachat suivies d’un retrait obligatoire (OPRA-RO), soit presque le quart des offres présentées en France. Il n’y en a jamais eu autant, relève Olivier Guignon, associé-gérant de la banque d’affaires Alantra – qui vient de dévoiler son treizième baromètre annuel. Si l’on y ajoute les trois offres publiques de rachat d’actions (OPRA), on atteint presque 30 % du total. »

Nombre d’offres en hausse

Julie Madjour

« En 2024, un nombre important d’offres émanaient des actionnaires de référence ou des sociétés elles-mêmes, observe Julie Madjour, associée du cabinet d’audit et de conseil EY – dont la seizième édition de l’observatoire des offres publiques est parue début février. Dans plus de 70 % des cas, cela a abouti à un retrait de cote. Il faut y voir une volonté de reprise de contrôle de la part des dirigeants, qui estiment que leur actif est solide mais probablement sous-évalué en Bourse. »

Il est d’autant plus intéressant de relever cette tendance que, l’an dernier, le nombre des opérations conduites dans l’Hexagone s’est inscrit à la hausse. La trentaine d’offres comptabilisées est même « supérieure à la moyenne enregistrée sur 10 ans », souligne Julie Madjour. Un dynamisme qui aurait donc pu être interprété comme un signal positif, s’il ne traduisait souvent la déception de ceux qui étaient venus sur les places financières pour dénicher les capitaux utiles à leur développement. « La Bourse remplit de plus en plus difficilement son objectif qui est de permettre de trouver des financements, surtout quand il existe un mouvement baissier. Par voie de conséquence, le coût lié aux obligations des sociétés cotées devient un vrai sujet, au point de créer souvent l’effet contraire à celui recherché au moment de l’introduction », analyse Olivier Guignon.

« En volume, il y a probablement eu un effet rattrapage des offres publiques, après une année 2023 marquée par un fort attentisme en raison du retour de l’inflation et de la hausse des taux d’intérêt, décrypte Julie Madjour. Cela étant, les tailles d’opération sont restées relativement restreintes en 2024. Quant aux primes proposées, elles sont revenues à des niveaux normatifs tout en étant disparates : de façon inhabituelle, nous avons relevé six décotes, dans le cas de sociétés en difficulté financière. » Rien de très enthousiasmant, somme toute. D’autant que, dans le même temps, les IPO ont atteint un point bas, avec seulement quatre dossiers.

Pas d’inversion de tendance en 2025

De l’avis unanime des observateurs, le contexte politico-économique français est à blâmer. Avec le fort degré d’incertitude des derniers mois, l’exposition aux marchés boursiers et à leur volatilité fait l’effet d’une épée de Damoclès. Cela s’avère d’autant plus évident qu’il n’est pas possible d’incriminer l’un des obstacles majeurs que rencontrent habituellement les sociétés cotées : les fonds activistes se sont faits plus discrets l’an passé. « Ils sont moins présents sur le mid-market, alors que ce segment a fait l’objet d’un accroissement des offres publiques, relève Olivier Guignon. Mais peut-être ont-ils aussi fait face à la problématique de retourner de l’argent à leurs souscripteurs ? »

Et comme l’environnement général n’a pas fondamentalement évolué depuis début janvier, l’année 2025 ne devrait pas se traduire par une inversion de tendance. En continuant de mal valoriser les entreprises, la Bourse risque bien d’avoir du mal à se défaire de sa mauvaise réputation. D’ailleurs, un signe ne trompe pas : les fonds de private equity, pourtant dans l’obligation de plus en plus pressante de dénouer leurs investissements, sont davantage enclins à opter pour des solutions alternatives – comme les fonds de continuation, complexes mais très à la mode (ODA du 24 janvier 2025).


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